mardi 7 novembre 2017

Brigadier chef (Rétro 2017)

De moins en moins de grandes arènes entretiennent un lien privilégié et habituel avec une ganadería. Dax si, avec Pedraza de Yeltes, et l'enthousiasme qui existe avant chacune de ces rencontres est bien réel. On ne va pas s'en plaindre.
Au 14 août, jour des Pedrazas, le début de feria de Dax était, paraît-il jusqu'alors, morose. Le matin, ce fut une noyade dans le triomphalisme avec les noblissimes erales de Guadaira : quatre erales, trois vueltas, sept oreilles, et multiples sorties en triomphe. Il y avait là une forme d'aliénation, et c'est dommage, car vu la forte affluence pour une non piquée, les choses auraient mérité de se dérouler un peu plus sérieusement.
Et l'après-midi, c'était comme prévu la corrida de Pedraza de Yeltes, pour la quatrième année d'affilée. La sensation des deux premières, 2014 et 2015, est encore tellement forte que l'on a toujours du mal à les départager.
Pedraza de Yeltes, c'est certainement le Domecq le plus exigeant pour le torero, et le plus passionnant pour l'aficionado a los toros.
Les pensionnaires de cet élevage combattus le 14 août à Dax n'ont pas dérogé à la règle. Rafaelillo et Daniel Luque ont connu le succès, le premier face à "Bello", un toro brave et encasté, et le second devant une opposition située en-deçà de ce qui plaît chez Pedraza.
Les toros du jour, corpulents, n'ont pas été suffisamment mis en valeur à cette occasion, et leur potentiel n'a pas été complètement exprimé à la pique, loin de là même. Et c'est dommage, car il y avait, encore une fois, plusieurs grands toros.
Comme le sixième, Brigadier, matricule 10, de pelage colorado comme le sont beaucoup de toros dans cet élevage. 630 kilos et bientôt cinq ans.
Brigadier, en piste, c'est lui qui commande. Une première pique prise avec bravoure et puissance, en soulevant la cavalerie, puis une deuxième également avec bravoure. Et là, juste après, c'est l'incompréhension, car la présidence change de tiers.
Dans le flottement, le picador est finalement maintenu en piste, et la troisième rencontre se produit, avec une pique de tienta. Une pique qui pourtant, conformément à son nom, devrait seulement être utilisée en tienta. Brigadier est placé loin, et charge encore avec bravoure, c'est vraiment un très grand toro.
Un toro qui dès ce moment-là méritait déjà les honneurs du tour de piste, même si de manière frustrante, on remarque qu'on aurait pu le laisser briller encore. Et puis, il ne faut jamais sanctionner les qualités d'un toro du fait des décisions ou errances de ceux qui sont en charge du déroulement de la corrida.
Un brave Pedraza donc, dans la lignée des "Miralto", "Resistente", et autres toros illustres de la maison combattus dans la même plaza. Román, qui était chargé de l'affronter, passa totalement à côté du sujet. Personne ne s'en souviendra, et cela n'aura pour lui aucune incidence dans sa carrière, car le lendemain, il ouvrait la grande porte de Las Ventas.
Mais reste en mémoire le combat de ce brave toro sur le sable dacquois l'un des plus beaux soirs de l'été. Comme une bronca, l'orage attendit sagement la fin de soirée pour éclater.

Florent

(Photo de Niko Darracq : Brigadier, numéro 10, de Pedraza de Yeltes)

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