mardi 28 novembre 2017

La gloire des inespérés (Rétro 2017)

Côte à côte, Iván Fandiño et Paco Ureña, l'un en gris plomb et or, et l'autre en bleu nuit et or, à l'été 2016 aux arènes de Saint-Gilles. Ils observent, à cet instant-là, un quite de Thomas Joubert.
Une histoire de quite... comme quelques mois plus tard, pour la corrida du 17 juin 2017 à Aire-sur-l'Adour. C'est à la cape, devant un toro qui n'était pas le sien, que le drame s'est tramé pour Iván Fandiño.
Juin, en tauromachie, cela reste tout de même le début de saison. Et c'est ainsi qu'une absence a grandement de quoi se faire sentir jusqu'au bout de la temporada.
Alors, on se prend parfois à des réflexions et à des considérations teintées d'absurde. A chercher, chez ceux qui restent, des caractéristiques que possédaient ceux qui sont partis.
Il y a, chez Paco Ureña, des vertus qui étaient celles d'Iván Fandiño. Parmi les matadors en activité, il est peut-être même celui qui en possède le plus.
Plein de paramètres, pourtant, semblent séparer et opposer ces deux toreros. Fandiño était du Pays Basque, Ureña de la province de Murcie. Le concept de Fandiño était basé sur la puissance, alors qu'il y a plus de finesse chez Ureña. L'impact physique de Fandiño, d'ailleurs, avec son visage fermé et concentré, se faisait davantage sentir dans la bataille, tandis que Paco Ureña lui démontre plutôt une forme de fragilité derrière une mine triste.
Mais ces deux-là ont aussi tellement de similitudes, et pas des moindres. Car ils ont fait partie de ces toreros dont l'unanimité s'est un jour portée vers eux en affirmant qu'ils allaient s'égarer. De ceux qui au mieux toréeront l'an prochain deux corridas, une dans leur village et la seconde dans le village d'à côté. Des hommes aux figures de futurs toreros retirés, auxquels on ne croit absolument pas. Des toreros avec qui personne, il y a quelques années, n'aurait osé prendre un selfie à leurs côtés. Des toreros que l'on aurait regardé passer à la sortie d'une arène, condamnés par l'indifférence d'un "silence et silence".
A bien regarder les débuts de carrière de Fandiño et d'Ureña, il y avait davantage de chances de croire que ces deux-là n'y parviendraient jamais, plutôt que l'inverse.
Comme point commun, Iván Fandiño et Paco Ureña ont toréé leur première corrida en France dans la même arène : Vergèze. Ce qui en dit long, car c'est une petite plaza où les toreros à l'agenda fourni n'ont jamais été tentés d'aller. Mais il faut se rappeler que Fandiño et Ureña, eux, sont passés par là.
Et ils ont déjoué les terribles pronostics, qui les laissaient dans l'indifférence, alors que l'on avait réservé le présage de gloire aux seuls esthètes.
Ils ont émergé et obtenu de beaux triomphes. Et oui, chez Fandiño, il y avait quelque chose qui touchait plus profondément que chez d'autres toreros. Un courage hors du commun, un don total de soi-même, et une exceptionnelle façon de se surpasser, qui le menèrent lors de la San Isidro 2014 à aller chercher une grande porte en estoquant sans leurre un toro de Parladé.
Chez Paco Ureña aussi, il y a ces caractéristiques-là, l'abandon du corps, et le seuil maximal du courage franchi. Madrid, automne 2015, des toros d'Adolfo Martín, et des cornes passant au plus près de la chair.
On a encore retrouvé cette force cet été, à Bayonne, lors de la corrida d'El Freixo. Avec pour Paco Ureña une détermination et un sens du placement qui rappelaient les plus grandes heures d'Iván Fandiño. Sauf que ce jour-là, il n'en restait plus qu'un seul des deux.

Florent

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