mardi 12 décembre 2017

Céret de Robleño (Rétro 2017)

A l'heure où est annoncée une feria, on retrouve de plus en plus fréquemment l'expression "plaza talismán". Traduire par arène fétiche, ou porte bonheur. Une étiquette que l'on donne souvent à un torero vedette avec une arène précise, où généralement il a ses habitudes et récolte de nombreux trophées. Plaza talismán, après tout, c'est un symbole de régularité, et presque de garantie pour ceux qui l'annoncent.
Il est vrai que la publicité en tauromachie circule aujourd'hui en vase clos, réservée seulement à ceux qui connaissent le domaine. Alors, pour attirer du monde vers une arène, utiliser cette formule, qui serait une assurance de réussite, c'est peut-être devenu le meilleur sponsor.
Bien loin du circuit des vedettes, pourtant, l'expression prendrait encore plus de sens pour Fernando Robleño avec les arènes de Céret. Ce qui est là une toute autre affaire.
Fernando Robleño, qui en 2017, dans un sobre costume rouge et noir, quasiment pourpre, donnant des airs de torero ancien, faisait son vingtième paseo à Céret. Et bien au-delà de la statistique, c'est quand même quelque chose.
Qu'un torero puisse s'imposer ici, alors qu'on ne lui a jamais fait de cadeau depuis le début de sa carrière, et ce malgré des succès à Madrid et ailleurs. Ainsi, à Céret où il est habitué à estoquer des toros redoutables et aussi grands que lui, il était impressionnant de le voir entrer dans l'arène, en se disant que c'était ici son vingtième paseo.
Fernando Robleño est passé en quelques saisons à peine du statut de troisième matador au cartel à celui de chef de lidia régulier. En partie parce qu'il y a moins de toreros dans cette catégorie, et que les corridas toristas, sur la planète taurine, se font aussi un peu plus rares et moins répandues, quoi qu'on en dise. Il y a pourtant, en 2017, une génération de toreros parfaitement capables de s'illustrer dans ces corridas là.
De ces corridas dures qui usent et face auxquelles il n'est pas évident de mener une longue carrière. Robleño a débuté à Céret en l'an 2000, en sortant en triomphe après avoir coupé des oreilles à des toros du Curé de Valverde et de Rocío de la Cámara. Depuis, les autres élevages qu'il a pu affronter à Céret sont ceux de Miura, Escolar Gil, La Quinta, Hernández Pla, Cuadri, Adolfo Martín, Victorino Martín, Dolores Aguirre et Moreno de Silva. Avec bien sûr, on le devine, une préférence pour les toros d'Escolar.
Et cinq sorties en triomphe lors de Céret de Toros, ce qui là non plus n'est pas quelque chose d'anodin. 2000, 2002, 2003, 2010 et 2012.
Et même les fois où il n'y avait pas forcément d'oreilles, l'impression pouvait être forte. Ce fut le cas à de nombreuses reprises. En 2004 lors d'une baston avec un toro d'Hernández Pla dont le lot avait envoyé la moitié de l'effectif des picadors à l'infirmerie. En 2008 aussi, toujours face aux Hernández Pla, avec un Fernando Robleño au visage de guerrier, complètement ensanglanté après une estocade. En 2011, face aux toros d'Escolar, et cette fois-là une longue et incroyable série de naturelles.
Puis 2012, bien sûr, ce seul contre six Escolar Gil, et cette ultime estocade, face au sixième toro, en y laissant un bout de gilet sur la corne. C'était, ce 15 juillet 2012, peut-être le début de la plus belle semaine dans la carrière de Robleño. Une corrida en solitaire qui allait l'amener le samedi suivant à briller face à des toros de Veiga Teixeira à Orthez, et cela avant de retrouver le dimanche à Mont-de-Marsan une terrible course d'Escolar Gil. Ce jour-là, Robleño avait été héroïque.
On pourrait penser que depuis, la carrière de Fernando Robleño n'est pas sur une pente ascendante. Les contrats, peut-être, se font plus rares, mais le madrilène ne rate jamais son rendez-vous fétiche. Et c'est bien qu'un torero qui a tout de l'anti-vedette soit porté par le public d'une arène. Celui de Céret, le sien.

Florent

(Image de Louise de Zan : Fernando Robleño à Céret le 16 juillet 2017)

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