dimanche 12 mars 2017

Make tauromaquia great again ?

"Fusilero" de José Vázquez, le premier toro gracié de l'année 2017 en Europe, ce samedi après-midi à Illescas (Tolède). Mais surtout une image qui en dit long...
Cette photo parue sur le site Mundotoro montre des gradins dont l'attention est détournée du toro auquel on vient d'accorder l'indulto. On devine ces spectateurs, dans leur majorité, aux yeux rivés sur José María Manzanares qui vient de finir sa faena, mais qui n'ont pas de réel engouement pour le petit toro encore en piste. Comme un tableau de peintre que l'on pourrait intituler "Les gens s'en foutent".
L'indulto en tauromachie (dans la théorie, pas dans les faits de ces dernières années...) est pourtant quelque chose de mystique et d'idyllique. Un toro rare, exceptionnel, que l'on n'est pas sûr de revoir dans sa vie d'aficionado.
Mais sur cette photo là, il n'y a absolument rien de rare. Le public semble bien plus passionné par ce que vient de faire Manzanares que par le comportement du toro gracié. D'ailleurs, sur les chroniques déjà parues, on ne sait même pas ce qu'a donné ce "Fusilero" au moment de la pique, ni même s'il a vraiment été brave.
Comble de la décadence, en callejón, deux badauds agitent la main comme s'ils appelaient une vachette d'Intervilles. Alors que ce toro gracié devrait être un modèle de toro brave, de toro de combat, pas un faire-valoir que l'on galvaude de cette façon.
A l'affiche, il y avait la réapparition pour un jour du sévillan Pepe Luis Vázquez, avec Morante de la Puebla et José María Manzanares. Un cartel pour faire joli, des arènes pleines, le succès médiatique assuré. Mais au-delà du fait de remplir les arènes et d'obtenir l'équilibre économique, il serait quand même dommage de ne pas approfondir les choses.
Dans le cas contraire, ce sont les non-événements comme cet indulto qui fleurissent...

Florent

mercredi 1 mars 2017

Le jour de gloire de Denis Loré (Rétro 97)

C'est Alain Montcouquiol, sauf erreur, qui avait un jour évoqué la difficulté d'être torero dans sa propre ville. Au-delà du chauvinisme, de tout parti pris, il y a aussi le risque de l'indifférence. Être là les autres jours de l'année, pendant que les vedettes naviguent de feria en feria. Et affronter les regards fourbes ou moqueurs en cas de fiasco, en attendant la prochaine opportunité. C'est une épreuve de toréer dans sa ville.
À Nîmes, il y a comme une fadeur dans les dernières cuvées des ferias. Peu de variété dans les élevages pour commencer, et souvent les mêmes têtes d'affiche. Mais tout n'incombe pas forcément à l'organisateur Simon Casas.
Il y a quelque chose qui manque depuis de longues saisons du côté de la cité gardoise : un torero local. Sans faire injure aux autres toreros français qui peuvent être amenés à se produire dans l'amphithéâtre romain, Nîmes est la ville taurine de France qui aurait le plus besoin de se trouver son ou ses nouveaux toreros. Historiquement, Nîmes connaît d'exceptionnels souvenirs en la matière. L'historique 14 mai 1989 pour ne citer que celui-là.L'absence de représentant local dans les corridas nîmoises influe peut-être en partie sur les baisses de fréquentation enregistrées aux arènes, ainsi que sur la difficulté à renouveler en masse l'afición locale.
Pour cette raison, un gars du coin, un torero de Nîmes, programmé le dimanche après-midi des fêtes de Pentecôte, quand même, cela aiderait et serait du meilleur effet.
La fierté de toréer dans ses arènes, aller au-delà de ses capacités, et se surpasser.
Denis Loré, le dimanche 18 mai 1997. Denis Loré, torero nîmois, qui n'a pas toujours été accompagné par la chance dans sa carrière. Novillero prometteur, qui coupa même tous les trophées un jour de la feria des Vendanges 1989. Mais il eut également à subir de graves coups de corne. Et aussi à affronter la tempête après l'affaire de Saint-Sever 1992 pour laquelle il fut condamné. Une grosse connerie – heureusement pardonnée depuis – qui aurait pu plomber sa carrière, et pas seulement la sienne.
Mais les obstacles ont été surmontés. La malchance aussi, celle qui faisait dire à son entourage qu'un chat noir le poursuivait où qu'il aille, que ce soit au tirage au sort ou en piste.
18 mai 1997 donc, un dimanche de Pentecôte, une ganadería prestigieuse, les toros portugais de Palha, et ce torero local, Denis Loré. Les deux autres hommes à l'affiche étaient Antonio Borrero "Chamaco" et Antonio Ferrera.
Face au premier toro, "Gravato", numéro 95, brave au cheval, encasté et mobile, Denis Loré ne perd pas les papiers et se montre à la hauteur du rendez-vous. Deux oreilles, et tour de piste au brave toro de Palha.
Les arènes sont pleines, et Antonio Ferrera est beaucoup moins chanceux que Loré, puisqu'il est sérieusement blessé en accueillant à genoux le sixième toro de Palha. C'est Denis Loré qui le récupère, l'affronte avec cran, obtient là-encore deux oreilles, se taille la part du lion et s'offre une magnifique sortie en triomphe. Loré recevra plus tard le prix au triomphateur de la feria, tandis que le lot de Palha sera considéré comme le meilleur de la saison 1997 par l'ANDA (Association Nationale des Aficionados Français).
Dix ans plus tard, après bien d'autres blessures, Denis Loré fera ses adieux dans ses arènes, pour la feria des Vendanges 2007. Une corrida émouvante, et une sortie en triomphe avec José Tomás et Joselito Adame. L'au revoir à Denis Loré, torero tellement capable d'assurer même face aux toros les plus durs. Et ce souvenir d'un torero dans sa plénitude, honoré dans sa ville, et partageant son triomphe avec des arènes pleines.
Depuis, Nîmes attend toujours que l'un des siens émerge ou sorte de l'ombre, et ouvre cette grande porte qui les soirs de Pentecôte donne sur des rues noires de monde.

Florent