dimanche 23 décembre 2018

Sébastien et Jean-Baptiste


Elle est belle cette image du journal Midi Libre. On y voit Juan Bautista et Sébastien Castella, presque symétriques, pour un même quite, alors qu'ils étaient novilleros. C'était un mano a mano.
Plus tard, il y en eut bien d'autres des "mano a mano" entre ces deux-là, en tant que matadors. Mais celui-ci est probablement le plus emblématique, car il s'agit du premier.
Depuis, Juan Bautista et Sébastien Castella ont mené leur carrière parallèlement, chacun de leur côté, en toréant tout de même ensemble à de nombreuses reprises. Presque vingt ans plus tard, on ne peut d'ailleurs pas parler de la carrière de l'un sans évoquer celle de l'autre. Indissociables.
Dans l'histoire de la tauromachie française, ils sont arrivés après Nimeño, et après une génération de toreros des corridas dures : Richard Milian, Stéphane Fernández Meca et Denis Loré. Ces derniers avaient partagé la même affiche le jour des adieux de Milian, en 2001 à Floirac.
Il ne viendrait en tout cas à personne l'idée de comparer ces trois générations, années 80, années 90 et années 2000. Des époques différentes, et les toros aussi.
Cette année, le jour de la corrida goyesque d'Arles dont il est l'organisateur, Jean-Baptiste Jalabert a annoncé la fin de sa carrière. Certes, il va encore toréer une corrida l'an prochain, mais ce sera la toute dernière.
Son parcours a des allures de prouesse, car quand il était novillero, il passait juste après El Juli, très en vogue à l'époque. Dans ce contexte, il était difficile de se faire une place et de se démarquer.
Comme Sébastien Castella, il débuta très jeune dans le toreo. Juan Bautista connut vite un grand succès, avec sa sortie en triomphe comme novillero en 1999 à Madrid. Avant de prendre l'alternative à Arles la même année, et d'enchaîner un grand nombre de corridas et de succès.
Pourtant, il décida sur un coup de tête d'arrêter sa carrière en plein pendant la saison 2003... et pour revenir presque deux ans plus tard.
Depuis, le torero arlésien incarne une forme presque imparable de régularité, avec énormément de technique, et une épée redoutable. Pour Sébastien Castella, on retient surtout le courage, le stoïcisme, et certainement davantage d'émotion dans son toreo. Alors que chez Juan Bautista, l'émotion, elle, est plus contenue.
Des styles différents, mais beaucoup de succès en commun. Jamais deux matadors français n'avaient par ailleurs autant toréé qu'eux.
Avec une particularité surprenante dans la carrière de Juan Bautista, celle d'avoir été épargné par les cornes des toros. Sauf une fois, en toute fin de carrière, puisqu'il reçut son tout premier coup de corne au mois de septembre 2018 à Logroño par un toro de Victorino Martín.
Depuis quelques années maintenant, Juan Bautista est empresario des arènes d'Arles, après que son père Luc Jalabert lui ait passé le relais. Pas encore 40 ans, toujours en activité dans l'arène, et déjà d'énormes responsabilités dans l'organisation. À Arles, mais pas seulement, et sûrement aussi dans d'autres arènes à l'avenir.
Juan Bautista et Sébastien Castella ont un palmarès enviable à Madrid. Trois grandes portes, dont une comme novillero, pour Juan Bautista. Et cinq pour Sébastien Castella, qui pour sa part est devenu un torero de Madrid il y a maintenant près de dix ans. C'est l'arène où on l'a vu le mieux toréer.
Pour Juan Bautista, si on a toujours pu remarquer sa régularité et sa technique, un aspect froid lui a parfois été reproché. Mais avec émotion cette fois, certainement l'une de ses plus grandes faenas eut lieu l'an dernier à Mont-de-Marsan. C'est la corrida de La Quinta à laquelle aurait dû participer le regretté Iván Fandiño. Ce jour-là, devant un toro qui n'était pourtant pas d'une immense bravoure, Jean-Baptiste Jalabert a déployé un toreo relâché, zen, et en plénitude. Une faena incroyable, et deux oreilles et la queue. Un triomphe parmi tant d'autres dans sa carrière, mais en impact et en émotion, celui-là était vraiment marquant.
Comme reste en mémoire cette novillada matinale du 15 août 1999 à Béziers. Sous un soleil de plomb. Un quite des deux novilleros face au dernier Juan Pedro Domecq. Un présage pour le futur, comme s'il était déjà écrit qu'ils allaient faire carrière. C'était il y a pratiquement vingt ans.
Ce matin-là, Juan Bautista et Sébastien Castella avaient coupé trois oreilles chacun. Comme si le destin n'avait pas voulu les départager.

Florent

mercredi 19 décembre 2018

Miraculé


L'histoire a vocation à se répéter. Toujours différemment, mais avec parfois bien des similitudes.
Dans les arènes, les graves coups de corne sont des faits qui marquent une saison. Ils sont le prix de l'engagement des toreros et de leur dur métier.
Cet automne, l'équipe médicale des arènes de Bayonne a été honorée à de multiples reprises pour avoir sauvé Thomas Joubert après une gravissime blessure lors de la corrida de Robert Margé du 1er septembre.
C'est souvent ainsi. Un après-midi d'été, ensoleillé, qui bascule. L'impression d'un ciel qui s'obscurcit. La blessure est grave, très grave. Comme celle de Thomas Joubert à Bayonne, la plaza de toros la plus à l'Ouest sur la carte de France.
En remontant dans les archives, on remarque des fois que certaines histoires ont été oubliées, alors qu'elles mériteraient d'être plus souvent évoquées.
En 1998, il y a vingt ans, la France avait été championne du monde pour la première fois. Et dans le même été, un autre matador avait reçu un très grave coup de corne dans une arène française. Cette fois, dans celle située la plus à l'Est.
Ces images de Daniel Chicot, parues à l'époque dans la revue Barrera Sol, accompagnent la chronique de la corrida qui a eu lieu dans les arènes romaines de Fréjus le 14 juillet 1998.
Le torero, c'est Conrado Gil Belmonte, né en 1976 à Algeciras. Une semaine avant Fréjus, il prenait une alternative de luxe dans les arènes de sa ville, avec Curro Romero et José Ortega Cano face à des toros de Jandilla.
À Fréjus, le destin l'envoie face à des toros portugais de José Pedrosa, qui s'ils n'ont pas des gabarits impressionnants, possèdent des pointes redoutables. Il partage ce jour-là l'affiche avec Stéphane Fernández Meca et Alberto de la Peña. C'est la corrida de sa présentation en France.
Gil Belmonte affronte en troisième position "Octogono" de José Pedrosa. Le drame survint en début de faena. Le toro le souleva, et lui porta un coup de corne à la cuisse gauche.
Inerte, les yeux révulsés, Gil Belmonte est emporté pratiquement sans pouls à l'infirmerie. Il s'agit d'un coup de corne de trois trajectoires, provoquant une immédiate et forte hémorragie, affectant la veine fémorale, et arrachant la veine safène. A l'infirmerie, l'équipe du docteur Christian Derbuel, d'un immense sang-froid, sauve le torero. Gil Belmonte restera dix jours à l'hôpital, dont trois en réanimation. Une terrible blessure, qui avait marqué la saison française 98.
La belle histoire, c'est que Gil Belmonte poursuivit sa carrière ensuite. Il retourna à Fréjus pile un an plus tard, le 14 juillet 1999, pour combattre une corrida de Peralta, et dédia son premier toro à l'équipe médicale qui l'avait ramené à la vie.
Entre temps, en octobre 1998, au cours d'un festival organisé dans les mêmes arènes de Fréjus, le docteur Derbuel avait affronté un novillo de François André, recevant à l'occasion une alternative symbolique des mains de Stéphane Fernández Meca et Curro Díaz. Le docteur Derbuel avait toréé avec une muleta appartenant à Gil Belmonte.
Bien des années plus tard, dans l'ouvrage "Pourquoi ils vont voir des corridas", Christian Derbuel évoquait sa passion pour les toros, et revenait forcément sur le coup de corne reçu par l'infortuné Gil Belmonte à Fréjus. "De ces terribles moments, je me souviens tout particulièrement de la main du matador agrippée à mon bras. De seconde en seconde, je percevais la force de sa main décliner".
Et de poursuivre, un peu plus loin, sur le pourquoi de cette passion. "En tauromachie, la mort et l'inconnue sont les deux invitées permanentes. Comme en médecine. Cela explique peut-être pourquoi beaucoup de médecins vont régulièrement aux arènes".

Florent

mercredi 28 novembre 2018

César Valencia


Peut-être faudra-t-il un jour songer, quelque part dans la France des toros, à ériger un monument en hommage aux toreros Sud-Américains. Tous, sans distinction, venus se jouer la peau dans nos arènes. De diverses générations, et dans bien des cas, avec peu de moyens... voire même pas un sou en poche. L'histoire récente de la tauromachie est jalonnée d'exemples de toreros d'outre-Atlantique venus briller ici.
De César Girón en passant par Morenito de Maracay, jusqu'à Manolo Vanegas, pour les plus récents. Plein de toreros, célèbres ou anonymes.
De la jeune génération, on a pu en voir beaucoup, du Pérou, de Colombie, du Venezuela, etc.
Récemment, j'écrivais qu'il était dur pour les novilleros de devoir affronter des novilladas fort respectables, d'un grand sérieux, avec dignité, et en connaissant parfois même le succès, pour au final une répercussion bien trop faible. Il y a forcément, dans le lot, des jeunes Sud-Américains.
Et parmi eux, il y a César Valencia, torero vénézuélien.
À dix-sept ans à peine, à l'été 2012 aux arènes de Mont-de-Marsan, pour la novillada des fêtes de Saint-Perdon, il procurait une forte impression en coupant quatre oreilles à une course de Baltasar Ibán. Mais il ne s'arrêta pas là, et confirma les années suivantes.
En 2013, Miura à Hagetmau (une oreille), Valdellán à Vic (une oreille), Cebada Gago à Carcassonne (quatre oreilles).
En 2014, deux oreilles à un novillo de Guardiola à Parentis, alors que cela faisait pratiquement dix ans qu'aucun novillero n'avait ouvert la grande porte de ces arènes. Il toréa de nouveau à Vic cette année-là, face aux Barcial, et fit le paseo dans d'autres arènes devant des courses réputées sérieuses.
Début 2015, il prit l'alternative chez lui au Venezuela. Et avec cran, et une expérience toute récente en tant que matador, il ne se défila pas au moment d'affronter les corridas les plus redoutables.
Valdellán à Vic-Fezensac, à peine trois mois après l'alternative. Une faena avec beaucoup de technique et du sérieux, et une autre périlleuse face au grand Cubano, qui l'envoya à l'infirmerie. Néanmoins, César Valencia fut à chaque fois récompensé d'une oreille lors de cette corrida et la blessure ne le découragea pas pour la suite.
Car quelques semaines plus tard, alors qu'il n'avait pas encore fêté son vingtième anniversaire, il avait à en découdre à Céret avec une imposante corrida de Juan Luis Fraile. Ce jour-là, il laissa une grande impression, et passa tout près d'un superbe triomphe à cause de l'épée.
Puis il toréa à Orthez face à une corrida de Valdellán où il se montra encore sous un grand jour et coupa un trophée.
En 2016, au printemps, à Aignan, devant des toros de Marqués de Albaserrada, il offrit de nouveau toute la panoplie précédemment démontrée : fraîcheur, sérieux, envie, immense courage, et la "garra", cette griffe qui motive pour s'accrocher au succès dans n'importe quelles conditions. Deux oreilles, et sortie en triomphe.
Il entra ensuite au cartel à Vic par la voie de la substitution, à la dernière minute, d'Alberto Lamelas. Malheureusement, ce jour-là, les choses ne se passèrent pas très bien, et il fut sérieusement blessé par le dernier toro de Valdellán. Sa dernière corrida en France à ce jour, avant que son nom ne disparaisse brutalement des affiches.
Depuis, il n'a toréé qu'une seule fois en Europe, une corrida au mois de janvier 2017, à Ajalvir.
Injuste oubli pour un jeune matador de 23 ans, qui a encore des choses à dire dans l'arène et doit être relancé. Car il faut se souvenir de ce qu'il a fait, de son mérite, de sa sincérité. Et si l'an prochain ou même à l'avenir, des organisateurs venaient à lui faire une place sur leurs affiches, ce serait légitime, comme un juste retour des choses.

Florent

(Images de Philippe Latour, Alexandre Blanco, Vuelta a los Toros et Terres Taurines)

jeudi 22 novembre 2018

Toro mystère


À chaque fin de saison, et parce que les moyens technologiques de l'époque le permettent, c'est l'occasion de découvrir ou de revoir plein de clichés de toros que l'on a pu voir au cours de l'année écoulée. En piste, aux corrales, ou dans leur milieu naturel.
Dans un lot de toros, ce n'est d'ailleurs pas toujours celui que l'on avait remarqué au préalable qui s'est ensuite détaché en piste.
Mais un très beau toro, ne serait-ce que sur une photo, on l'imagine quelques semaines ou mois plus tard. Son entrée en piste, et l'enthousiasme qu'il pourrait soulever.
L'hiver dernier, cet exemplaire de l'élevage de Juan Luis Fraile, Garbancito, numéro 8, faisait déjà forte impression en photos. Et ce fut certainement encore plus pour ses visiteurs. Un toro à la silhouette élancée, à la fin de l'hiver, et avec un berceau de cornes impressionnant. En imaginant aussi qu'il faudrait bien du courage à celui qui irait s'aventurer devant.
Vic-Fezensac et Céret semblaient être les arènes où il fallait être pour admirer ce toro. Et cela du fait d'un imbroglio. Vic-Fezensac dans le cadre d'une corrida-concours, et Céret pour une corrida complète de Juan Luis Fraile. Une situation complexe, où il semblerait que l'élevage ait dit oui aux deux plazas toristas les plus réputées de France. Deux arènes en porte-à-faux.
Pour l'aficionado, ce Garbancito faisait croître la curiosité. Et il faut dire que l'on était content, car il y a quelques saisons à peine, on ignorait même si l'élevage de Juan Luis Fraile allait de nouveau proposer un jour une corrida dans une arène.
Et puis, finalement, en 2015, à la grande surprise, deux corridas furent destinées à des arènes françaises, à Aire-sur-l'Adour puis à Céret.
Céret, où revenait cette année un lot complet de Juan Luis Fraile. Une corrida très sérieuse, typée, armée, dure et exigeante. C'est Sortijero, le numéro 9, un toro de cinq ans, qui a marqué l'après-midi sur le sable de l'arène catalane. Un combattant difficile, mais un sacré toro.
Et à Vic-Fezensac, il n'y eut pas de toro de Fraile pour la corrida-concours. Pas de numéro 8.
Au début du printemps, ce fameux Garbancito était retrouvé mort dans les pâturages par ses propriétaires. Ni Vic ni Céret. Un toro mystère.

Florent

samedi 3 novembre 2018

Mehdi de Barriol


Au mois de septembre, quelques jours après avoir toréé sa seule corrida de l'année 2018, l'arlésien Mehdi Savalli a annoncé qu'il mettait un terme à sa carrière de matador de toros. Son seul paseo, ce fut à Boujan, face à quatre toros des frères Gallon, dont un qu'il piqua, banderilla, toréa et estoqua lui-même.
Il est curieux de voir que l'annonce de sa retraite (pour devenir banderillero) ait été expédiée bien trop souvent en deux ou trois lignes, alors que son parcours mérite bien plus d'attention.
Quand la France taurine le découvre, il n'a pas encore l'âge de porter le costume de lumières. C'était sur Canal Plus France, à l'époque où la chaîne cryptée diffusait des émissions consacrées à la corrida. On pouvait découvrir Mehdi, 11 ans, tout jeune élève de l'école taurine d'Arles, et résidant dans le quartier populaire de Barriol. En voyant sa détermination, et l'envie de se donner pleinement pour la tauromachie, sous les yeux inquiets de sa mère, il y avait de quoi se dire que forcément on le reverrait un jour, dans une arène et non plus sur un écran.
Et le jeune Mehdi qui s'entraînait au toreo au pied de l'immeuble, a persévéré.
Une carrière courte mais intense en novilladas avec picadors, avec 76 paseos en un an et demi, un chiffre qui serait impossible à atteindre aujourd'hui. Et des succès partout, en France, dans le Sud-Est comme dans le Sud-Ouest, et en Espagne bien entendu. Avec comme recette de cette réussite une envie débordante, la présence dans tous les tiers, et des banderilles spectaculaires. Un vrai novillero.
Et puis, aussi, il faut dire que le destin de Mehdi Savalli a été médiatisé à ce moment-là, parvenant à sortir hors du circuit fermé des aficionados, ce qui n'est pas si fréquent. On put voir de lui des reportages dans la presse écrite et même dans les journaux télévisés. Ce n'est pas rien.
Il faut rappeler aussi qu'il est issu de l'école taurine d'Arles, qui a fêté cette année ses trente ans, et a fait sortir depuis sa création plus de dix matadors d'alternative.
Souvent, en tauromachie, ceux qui réussissent en novilladas ont plus de mal à se faire une place à l'échelon supérieur. Ce n'est pas une nouveauté et les exemples sont nombreux.
Mehdi Savalli a pris l'alternative chez lui à Arles en septembre 2006. Des difficultés, il en eut au début de sa carrière de matador, en écoutant par exemple trois avis l'année suivante à Vic-Fezensac.
Dirigé vers les corridas dures, son plus haut fait d'armes, sûrement, ce furent les deux oreilles obtenues à Arles à un toro de Victorino Martín en 2009, pour ce qui était sa première corrida avec Denis Loré en tant qu'apoderado. Quelques semaines plus tard, il coupa les deux oreilles d'un toro de Miura à Istres.
Mais la concurrence dans ce créneau des corridas dures était sacrément rude, à une époque où il y avait sur le même tableau El Fundi, Juan José Padilla, Rafaelillo, Fernando Robleño, Javier Castaño, Alberto Aguilar, David Mora, etc...
Le milieu taurin ne lui a pas non plus fait de cadeau. Et l'on peut s'étonner qu'il n'ait toréé qu'une seule fois comme matador en Espagne durant toute sa carrière. Portes fermées, ce qui est quand même incroyable.
Mais par afición, quand les contrats se faisaient rares, Mehdi Savalli s'envolait pour le Pérou afin de toréer.
Aujourd'hui, il a décidé de devenir banderillero, et semble avoir les qualités pour cela. D'ailleurs, ces dernières années, on remarquait chez lui une attention dans la lidia, et un véritable compañerismo, cette solidarité pour tous les autres hommes en piste.
Son année faste, certainement, fut 2005, pour ses débuts avec picadors. En fin de saison, il coupa deux oreilles à un María Luisa Domínguez Pérez de Vargas à Algemesí.
Et quelques jours plus tard, il prenait part à la prestigieuse feria d'Arnedo, où figuraient aussi Paco Ureña, Alejandro Talavante, David Mora, Alberto Aguilar, Daniel Luque, Pepe Mora, Joselito Adame...
Mais c'est Mehdi Savalli, qui après avoir coupé quatre oreilles à une novillada de Fuente Ymbro, souleva le trophée du Zapato de Oro.
La tradition à Arnedo veut qu'après chaque course, à l'hôtel Virrey, les trois novilleros de l'après-midi soient invités pour la tertulia, ce qui se fait encore aujourd'hui. On m'a raconté récemment une anecdote sur ce soir-là de 2005.
Mehdi Savalli, pas encore vingt ans, était invité à la tertulia après son triomphe, mais connaissant seulement quelques mots d'espagnol. Son mentor Paquito Leal officiait à ses côtés comme traducteur. Mais, au moment de prendre la parole, il se leva, et dans un espagnol approximatif lança "Mi, dos cojones. Mi, nunca olvidaré Arnedo. Mi, quiero ser torero". Tout le monde avait compris, et les gens l'acclamèrent. Être torero, c'est quelque chose que Mehdi Savalli, qui est parti de loin, a accompli. Et il peut en être fier.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Mehdi Savalli dans le tunnel des arènes d'Arles, en 2016)

mardi 23 octobre 2018

Goyesques

Si l'on demandait à une personne ne se passionnant pas pour la tauromachie de citer des arènes d'Espagne, l'une des premières sur la liste serait celle de Ronda. Si c'est loin d'être la plus grande en capacité, elle est à la fois l'une des plus anciennes et bénéficie d'une très grande notoriété.
Et il est vrai qu'entrer dans la plaza de Ronda, s'arrêter de longues minutes sur ses vieilles pierres, cela fait quelque chose.
Célèbre dans la continuité, car la date de sa corrida goyesque, en septembre, est inscrite et perpétuée depuis longtemps dans le calendrier. Pourtant, c'est à Saragosse qu'eut lieu la toute première corrida goyesque, en 1927. Les évocations du peintre, né à Fuendetodos, au Sud de Saragosse, sont nombreuses dans la ville, avec notamment une statue près de la basilique du Pilar.
Les corridas goyesques qui sont encore organisées aujourd'hui s'éloignent parfois complètement de leur objet initial : rendre hommage à Goya. Mais il faut admettre la réussite de certaines d'entre elles. À Ronda, et à Arles aussi, entre autres, car c'est un grand succès au niveau des guichets.
Mais une goyesque est devenue davantage un événement social qu'une corrida. Là où le public se précipite, où le décor est privilégié aux toros, et où parfois, voire même souvent, c'est un peu surfait avouons-le.
Pourtant, en regardant les clichés d'Antonio Ordóñez dans ses arènes de Ronda, pour sa corrida goyesque, il y a quelque chose de puissant qui se dégage. Une véritable identité.
Les goyesques d'aujourd'hui, même si les décors peuvent être novateurs et spectaculaires, possèdent généralement un contenu qui est déjà attendu. Des toreros vedettes, des toros pas trop dérangeants, beaucoup de générosité, de la musique avec plus ou moins de bon goût, et bien sûr des trophées et du triomphalisme. Et ce n'est pas récent.
La formule ne changera certainement pas, car elle attire du monde et c'est souvent une valeur sûre pour plusieurs arènes.
Mais parce qu'elles sont censées évoquer Goya et son époque, il y a de quoi se dire que les goyesques de maintenant ne font que la moitié du chemin. Il y a des choses qui ne collent pas.
Certes, les différentes interprétations des corridas goyesques peuvent être intéressantes.
Mais cela pourrait être l'occasion d'une corrida complètement différente. Des vedettes et leurs cuadrillas à l'affiche, face à des toros d'élevages réputés difficiles, âgés, invendus de l'année précédente, flirtant avec les six ans.
Des tiers de piques à l'opposé des courses que les vedettes affrontent habituellement à longueur de saison. Des toros difficilement toréables. Des sauts à la garrocha de la part de subalternes pour commencer les combats. Des faenas courtes, très courtes, entre zéro et dix passes. Puis lever l'épée, et passer au toro suivant.
Un surprenant décor, des toros durs, des combats courts. Et l'occasion pour ceux qui écrivent sur le sujet d'affirmer qu'ils ont enfin au travers d'une corrida goyesque vécu un après-midi d'un autre âge.

Florent

samedi 20 octobre 2018

La Isla Mínima


C'est dans ce fabuleux décor que les personnages de Don Salluste et Blaze, respectivement incarnés par Louis de Funès et Yves Montand, furent enfermés dans l'arène et malmenés par un toro, après avoir livré une mythique bataille d'assiettes volantes. C'était dans le film "La Folie des grandeurs", sorti sur les écrans en 1971. Il y a bientôt cinquante ans !
Plus récemment aussi, il y eut un thriller espagnol, avec pour nom "La Isla Mínima" et tourné dans les environs.
La Isla Mínima del Guadalquivir, c'est une propriété magnifique située entre Séville et le Parc national de Doñana, avec des marécages tout autour.
Il y a peu de temps encore, des toros étaient élevés sur ces terres, et porteurs de deux fers différents : Herederos de José María Escobar et Mauricio Soler Escobar. L'élevage de José María Escobar avait par ailleurs la particularité d'être le seul avec celui de Miura à posséder deux devises différentes : une pour Madrid, et une pour la province.
En arrivant à La Isla Mínima ce jour-là, il était surprenant de croiser le mayoral habillé comme pour les grands rendez-vous, comme si ce jour-là l'écusson de la maison allait faire un combattre un lot dans une arène importante. Tenant son cheval par la bride, en fait, le mayoral s'était ainsi vêtu dans l'attente d'un groupe de touristes qui allait plus tard arriver et visiter la propriété. Pour le folklore.
Avec un fort et incomparable accent andalou, le mayoral expliquait qu'il n'y avait plus de toros dorénavant en ces lieux. Mais il évoquait tout de même la novillada de Céret en 2012 et la corrida de Vic-Fezensac en 2013, où il s'était rendu à chaque fois.
Cinq ans plus tard, plus une corne. Seulement des vestiges et des souvenirs, entre les murs de ce qui est certainement l'une des plus belles fincas d'Espagne.

Florent

jeudi 18 octobre 2018

Prieto de la Cal aux reflets d'or


Souvent, quand ils foulent le sable des arènes, les superbes toros de Prieto de la Cal ont fait un long voyage. Pour s'en assurer, il faut aller jusque là-bas, tout près de Huelva, entre les villages de Niebla et San Juan del Puerto. La propriété dite de "La Ruiza" est située à cet endroit-là. Ah oui ! Effectivement, cela fait bien loin des arènes où est prisé cet élevage. Car on est en Andalousie, à l'Ouest, vers le Portugal. Et pourtant, il est rarissime de voir le nom de Prieto de la Cal à l'affiche d'une grande arène de la région. Souvent, ces toros-là sont combattus ailleurs, loin, très loin.
Le long de la route, on devine les toros à leurs silhouettes multicolores. De l'autre côté, la propriété est bordée par le Río Tinto, une rivière à la couleur si particulière, que l'on peut notamment apprécier au pied du pont romain de Niebla.
Les Prieto de la Cal, en fait, sont prisés par une petite parcelle de l'afición. Tout le monde, pourtant, connaît ce nom dans le monde de la tauromachie. Mais beaucoup préfèrent l'ignorer, voire pire, le dénigrer. Il y a quelques années, un site taurin des plus fréquentés avait écrit, à propos d'une course de Prieto : "Jolis pour la photo... et pour l'abattoir". Cela montre un peu le niveau.
Et pourtant, cette année, les Prieto de la Cal ont vraiment fait une très belle saison. Loin des grandes arènes, loin de la France aussi, où ils venaient régulièrement au cours des saisons précédentes.
Le toro de Prieto de la Cal fascine de par son aspect, et plus largement de par sa variété, en robes et en comportements. Toro ancestral auquel on s'attache et que l'on aime suivre, comme se plaît à les suivre leur patron, Don Tomás Prieto de la Cal, qui a commencé très jeune l'aventure de ganadero.
L'entrée en piste d'un toro de Prieto de la Cal peut procurer à elle seule quelque chose d'extraordinaire. Comme c'est beau un Prieto...
Mais au-delà de leur aspect extérieur, on doit remarquer que leur saison écoulée a été un succès.
Si les deux lots destinés aux corridas ont par pur hasard été combattus le même jour, 15 août, à Roa de Duero (province de Burgos) et Tafalla (Navarre), celui de Tafalla a donné satisfaction, avec plusieurs toros combatifs à la pique et encastés. Il y avait un peu de tout dans ce lot, mais avec des choses fort intéressantes. Le matador Joselillo avait touché le plus suave d'entre eux, ce qui lui permit de dessiner une bonne faena, relâchée, avec de beaux passages de la main gauche.
Le matin, déjà, dans les rues de Tafalla, les Prieto de la Cal avaient offert un encierro mouvementé et spectaculaire. Ce sont eux qui remportèrent le prix mis en jeu dans cette feria, tout comme à Pedrajas de San Esteban (province de Valladolid) une semaine plus tard, dans le cadre d'une feria de novilladas.
À cet échelon, la saison 2018 de l'élevage a même été plus que complète car il y eut un lot de novillos intéressant à Lodosa, toujours en Navarre. Et puis, bien sûr, au mois de septembre, la course de Calasparra, qui est l'une des plus importantes ferias de novilladas. Un lot avec six exemplaires aux pelages clairs, et offrant un après-midi passionnant de bout en bout.
La saison se termina quelques semaines plus tard, à Saragosse, une grande arène cette fois, avec un toro destiné à une corrida-concours. Un toro de belle apparence, mais qui était largement dépassé en qualité par plusieurs congénères combattus le 15 août à Tafalla.
Les toros de Prieto de la Cal, souvent, sont destinés à des arènes secondaires, loin de la fureur des grandes ferias. Mais il ne faut pas les perdre de vue. Ils ont une histoire, un caractère, et plein de couleurs.

Florent

mercredi 17 octobre 2018

Le col d'Ares


Pour s'y rendre, c'est à Céret que commence l'ascension et la route de montagne. Céret que l'on connaît, et où l'on aime chaque année se rendre au mois de juillet. Les paysages sont jolis, à Amélie-les-Bains, Arles-sur-Tech, Prats-de-Mollo, tout cela du côté du département des Pyrénées-Orientales.

Puis l'arrivée au col d'Ares, à 1.500 mètres d'altitude, un lieu historique à bien des égards, parfois tragiques. De là, on a une vue imprenable sur le Canigou.
Le col d'Ares marque la frontière, et à peine quelques kilomètres après se situe le village de Camprodon. Au calme, loin de toutes les actualités, des secousses du débat sur la Catalogne, ou sur la tauromachie que beaucoup dans cette région disent ne pas voir en peinture. Et pourtant, s'il n'y a plus de corridas, des courses de taureaux, que l'on appelle ici "correbous", dans le Sud de la Catalogne, il y en a encore plein.
À Camprodon, le maître des lieux, c'est Andrés Moreno, ancien matador de la fin des années 70 et des années 80.
En ces lieux retirés, il possède un petit élevage au nom de ses filles, Alicia et Verónica.
Andrés Moreno est sincère sur le type du toro qu'il recherche, et sa démarche dénote. La génétique, les origines, il s'en fout ! Il a par ailleurs du Coquilla, du Buendía, du Domecq... et n'hésite pas à les mélanger. Ce qui lui plaît, c'est un toro au gabarit modeste, vif, agressif, mobile. Cela lui rappelle certainement l'époque de ses débuts dans l'arène, où ce genre d'animal existait davantage qu'aujourd'hui.
À ma grande surprise, la première visite près des bêtes... se fit à pied. Avec le relief et de nombreux arbres, il y a de quoi avoir une petite sécurité que n'offrirait pas un campo en plaine. Puis en 4X4 ensuite, au milieu de cet endroit improbable, incroyable. Des toros, dans les Pyrénées, à 1.500 mètres d'altitude, dans une région hostile à la corrida. Et puis, il y a la proximité de cet ancien torero avec ses bêtes.
Au retour, la route à emprunter est différente de celle de l'aller. De nuit, passer par Olot et Figueres est bien plus commode. Le temps de repenser aux mille anecdotes d'Andrés Moreno. Parmi elles, une novillada d'été dans les années 70 à Céret. Ce jour-là, il toréait avec Morenito de Maracay, que le public était venu voir. Dans une putain d'ambiance, avant même que ne commence la course, il raconte que les gens scandaient "Maracay ! Maracay !".
Qu'il soit sur le devant de la scène, vedette, artiste, ou spécialiste des corridas dures, pour Andrés Moreno, ce qui est primordial chez un torero, ce sont les attributs. Un torero sans courage, dit-il, cela n'a jamais existé.


Florent










dimanche 14 octobre 2018

Aguilar


Hier à Illescas, dans la province de Tolède, Alberto Aguilar a enfilé pour la dernière fois un costume de lumières. Pas de tournée d'adieux pour lui, car c'était seulement la troisième corrida de sa saison 2018 en Europe, après Alès et Madrid au mois de mai.
Il est contraint d'arrêter sa carrière à cause des séquelles d'un coup de corne reçu il y a maintenant cinq ans en Colombie.
On aurait aimé le voir avec une dernière temporada un peu plus fournie, et il est vrai que les blessures ne l'ont pas épargné.
Point commun avec d'autres toreros, après un passage à vide, c'est en France qu'Alberto Aguilar a relancé sa carrière.
Pour lui, c'était il y a dix ans, à l'été 2008. Avec seulement deux cartouches, deux corridas sérieuses, une de Victorino Martín à Beaucaire et une de Jean-Louis Darré à Vic-Fezensac. Deux succès et deux sorties en triomphe. C'est son apoderado de l'époque, l'ancien matador français Stéphane Fernández Meca, qui est parvenu à le faire revenir de l'oubli.
Début 2009, pas de chance pour Alberto Aguilar, avec une blessure au genou qui lui bousilla complètement la saison, le laissant inactif jusqu'au mois de septembre.
Mais en 2010, enfin, et avec patience, sa carrière put prendre le rythme qu'elle méritait. Pas loin d'un grand chelem cette année-là en France dans les arènes toristas : grand triomphe devant les toros de Palha à Vic-Fezensac, tout près d'un immense succès à Céret face aux Escolar Gil (peut-être la meilleure faena en France de toute sa carrière face au toro "Cuidadoso", qu'il avait dédié à Jean-Jacques Baylac...), et combat épique avec un terrible toro de Prieto de la Cal à Saint-Martin-de-Crau.
Des succès, il y en eut bien d'autres plus tard, en France ou dans de grandes arènes espagnoles. Que ce soit Dax, Valencia ou Madrid...
Discrète saison d'adieux pour un torero que l'on a apprécié et qui a laissé de très grands souvenirs face aux corridas dites "dures".


Florent

mardi 9 octobre 2018

Le banc de Colmenar


En passant par là, un peu par hasard. Colmenar de Oreja, au Sud de la région de Madrid, quasiment à la limite avec la province de Tolède. À la découverte de cette typique place de village de Castille, sans pour autant s'attendre à y voir l'arène installée.
L'affiche, placardée sur les murs aux alentours, n'avait été publiée nulle par sur Internet. Pourtant, elle l'assurait : corrida à Colmenar de Oreja et sur cette place le samedi 8 septembre. Une façon de redécouvrir les cartels à l'ancienne, dans la rue. Ni sur un journal, ni sur les réseaux.
Le 8 septembre est l'un des jours plus taurins de l'année en Espagne avec le 15 août, et il y a plus que l'embarras du choix.
D'autres villes existent en Espagne portant le nom de Colmenar, dont la traduction signifie le rucher.
Dans cette arène de Colmenar de Oreja, montée sur la place, on peut apercevoir un banc en contre-piste.
Cela rappelle que dans de nombreuses arènes, en piste où en callejón, il y a des obstacles. Inamovibles, comme des fontaines, des bancs, des trottoirs, ou même des arbres.
En parlant de fontaines, il existe encore quelques places en Espagne où il y en a une au centre de la piste. Et d'anciens toreros ou maletillas diront à ce propos qu'elles leur ont sauvé la vie plus d'une fois pour échapper aux griffes et aux cornes de vieux toros roublards, dans les capeas. Salvatrices.
Le curieux banc, ici, doit faire office d'escabeau et permet de mieux voir. Plein de détails.
À m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi... Il est quand même plus sympa celui de Colmenar de Oreja.


Florent




lundi 8 octobre 2018

Figures de la tauromachie


Ce mois de septembre écoulé aura été particulier pour les toreros d'Arles. La retraite annoncée de Juan Bautista, après quasiment vingt ans d'alternative d'une carrière très fournie. Celle de Mehdi Savalli aussi, qui a décidé de devenir banderillero. Des adieux sur lesquels il faudra revenir.
Et le 1er septembre, aux arènes de Bayonne, Thomas Joubert frôlait le pire après avoir reçu un terrible coup de corne.
Rares sont les figures de la tauromachie, et il n'y a pas d'entité qui puisse décider d'un tel statut. Seulement le temps. Même si aujourd'hui, une figure de la tauromachie, on ne sait plus très bien à quoi cela correspond, ni même qui peut revendiquer l'être. Il n'empêche que ce rêve traverse toute une profession... qui se raccrochera toujours, même après de nombreuses années d'alternative, à l'éventualité de l'être.
Le 1er septembre à Bayonne, en voyant Thomas Joubert déployer sa cape devant le premier toro de Robert Margé, on aurait pu penser qu'il s'agissait d'une corrida de figures.
Attitude, personnalité, demi-véronique admirable, des chicuelinas en marchant lentement pour emmener le toro au cheval, un quite engagé mais stoïque, et un début de faena par statuaires. Cette capacité à rester calme et à bien toréer.
Mais ce n'était pas une corrida de vedettes, plutôt une corrida de l'opportunité, avec six jeunes matadors qui n'en ont pas tant que cela. Situations variables et parfois délicates des toreros à l'affiche.
Et puis, la corne dévie du tracé de la muleta, et vient se figer en haut de la cuisse. Vint alors le silence avant le murmure. Oui, c'est très grave.
On connaissait de Thomas Joubert cette façon de s'offrir face au toro, avec engagement et légèreté, et aussi beaucoup de pureté. Il mène une carrière aux opportunités bien trop rares. Et en le voyant sur une affiche, on se dit qu'on aimerait le voir plus souvent.
D'autres diront qu'il s'agit là du fantasme de deux ou trois suiveurs. Mais non, il y a vraiment chez Thomas Joubert une pureté et quelque chose à part. Des trucs qui ne s'expliquent pas, comme un titre "Raimbaud torero" de Zocato dans le journal Sud-Ouest en 2008, pour commenter les débuts avec picadors de Thomas Joubert dans les arènes gersoises de Riscle. Il s'annonçait alors "Tomasito".
Cette admirable façon de vouloir toréer relâché, les cornes des toros l'ont emportée plusieurs fois. A Millas et à Madrid en novillada, à Arles le jour de l'alternative, à Nîmes, à Bayonne... La malchance et le prix d'une certaine vision de la tauromachie.
Pourtant, pour sûr, il reviendra. On ne sait dans quelles circonstances, ni avec quelles opportunités, mais il reviendra, et il le faut.
Pour être figure de la tauromachie, il faut un sacré entourage, de la personnalité, de la maîtrise, de la force technique, de la régularité... mais surtout, beaucoup de chance.

Florent

(Photo de Philippe Latour)

vendredi 5 octobre 2018

Zapato de Oro


"Y el diestro que ha triunfado, se lleva el Zapato de Oro", dit la fin du refrain du pasodoble "feria taurina de Arnedo", repris par le public à chaque fois que l'harmonie locale le joue, le plus souvent pendant des faenas.
Arnedo, en Rioja, est la feria de novilladas la plus célèbre de ces trente dernières années. Le novillero qui en est le triomphateur remporte donc le fameux trophée, qui vaut une petite fortune, car c'est un soulier en or massif. La spécialité d'Arnedo, c'est la fabrication de chaussures.
Jusqu'à la fin de l'année 2009, il y avait au bout du Paseo de la Constitución un petit bijou, une arène très coquette datant de 1903, et d'une capacité d'un peu moins de 2.000 places. Pendant la feria de fin septembre / début octobre, pour les fêtes de San Cosme y San Damián, énormément de toreros devenus ensuite célèbres y sont passés. Certains ont remporté le Zapato de Oro, tandis que d'autres non, car ce ne sont pas toujours les favoris qui y ont été consacrés.
Les premiers trophées du Zapato de Oro ont été remis au début des années 70, mais la forme actuelle de la feria remonte à 1979. Cette année-là, dans l'ancienne plaza, c'est Richard Milian qui avait gagné le trophée.
Malheureusement, de cette arène où l'on était à l'étroit mais où régnait une grande ambiance, il ne reste plus que deux portes. C'est un projet immobilier qui a remplacé l'arène, et qui par ailleurs, huit ans après, est encore en travaux. Vision d'une Espagne qui a connu la crise de plein fouet.
Cette arène abritait ainsi la plus célèbre des ferias de novilladas, aujourd'hui concurrencée – voire dépassée... – par d'autres qui font les choses bien et attirent chaque année de plus en plus de monde. Arnedo ne semble malheureusement plus un leader en la matière.
Au début de l'année 2010, les nouvelles arènes d'Arnedo ont été inaugurées avec une corrida au cartel fort : Julio Aparicio, José Tomás et Diego Urdiales face à des toros d'El Pilar. Des prix exorbitants ce jour-là, mais le plein assuré.
Les nouvelles arènes, d'une capacité de 6.000 places, modernes, avec une toiture amovible, sont certes plus spacieuses et plus commodes que les précédentes, mais beaucoup plus froides et sans ressemblance aucune.
D'ailleurs, une novillada faisant le plein dans l'ancienne plaza, ce serait aujourd'hui un tiers ou un quart d'arène.
Du fait de l'arrivée de la nouvelle arène, et bien que le format de feria soit identique avec cinq novilladas, Arnedo a complètement changé. Ce n'est plus la même identité, ni la même ambiance.
Il faut dire aussi qu'il y a maintenant moins de novilladas chaque saison, et que les novilleros qui viennent toréer à Arnedo ont moins de chance d'être en vue comme les stars de l'époque. Car il est rare aujourd'hui de trouver des figuras dans les novilladas.
Si désormais les entrées enregistrées aux arènes sont décevantes, Arnedo maintient toujours cette feria. Peut-être qu'un effort au niveau torista permettrait de faire venir davantage de monde. Cette année, c'est l'élevage de José Escolar Gil qui a obtenu les prix mis en jeu. Tandis que d'autres novilladas, comme celle de Casasola combattue le lundi, ont été des désastres. Avec un tiers de piques limité à sa plus simple expression.
C'est le portugais João Silva "Juanito" qui a remporté le Zapato de Oro, après avoir affronté le dimanche les novillos d'Escolar. Le mardi, face à un lot de Fernando Peña de peu de forces et aux comportements différents, les trois novilleros à l'affiche auraient également pu y prétendre : Rafael González, Francisco de Manuel et Manuel Diosleguarde.
Certes, le rayonnement d'Arnedo ne sera plus jamais le même qu'avant, comme si l'apogée était passée. Mais à voir cette feria de novilladas, et tous les événements qui y sont organisés au cours de la journée, en faisant par exemple découvrir la tauromachie aux enfants, on se dit qu'elle mérite d'être maintenue longtemps encore.


Florent