dimanche 21 janvier 2018

Bordeaux vaut bien une arène

C'est cette semaine, précisément le mercredi 24 janvier, que va être inaugurée la fameuse Arena de l'agglomération bordelaise. Rive droite, sur la commune de Floirac. Rien à voir avec les toros, dira-t-on, à l'heure d'aborder le sujet.
Et pourtant, après de nombreux projets d'espaces couverts et polyvalents établis depuis le début des années 80, c'est le premier à aboutir. Sans toros à l'horizon.
Ironie du sort, l'architecte de cette Arena est Rudy Ricciotti, aficionado, qui avait même eu la tâche de décorer les arènes d'Arles un jour de corrida goyesque en 2013 ! L'architecte n'y est bien évidemment pour rien si on ne lui a pas demandé de faire de configuration "plaza de toros" pour cette nouvelle enceinte bordelaise.
Étonnant aussi compte tenu de la ville, où l'emblématique maire, Alain Juppé, natif de Mont-de-Marsan, est amateur de corridas. On l'a déjà vu sur les gradins au Plumaçon, à Floirac quand il y avait des corridas, et ailleurs.
Et puis, cette histoire d'enceintes que l'on appelle "Arenas", qu'il s'agisse de stades ou de salles, c'est un contresens à l'origine du terme ! L'arena, en latin, puis plus tard en espagnol, c'est le sable ! Alors que justement, tous ces lieux modernes en sont dénués, et n'ont pas le moindre grain de sable sur leurs surfaces.
En septembre 2006, quand s'arrêtèrent les corridas à Floirac et que Mehdi Savalli leva l'épée face au sixième toro de Mercedes Pérez-Tabernero, on n'imaginait pas un tel abandon à venir.
Ce qui jamais n'aurait dû être délaissé. Car il n'y a rien d'illégal dans la tauromachie à Bordeaux, la large jurisprudence et le concept de tradition taurine abonderaient même dans son sens.
Mais rien. Silence radio. Un "vivons heureux vivons caché" perdant. La peur de se montrer, sauf ailleurs. Certes, La Brède a le mérite d'exister à 15 kilomètres de là, et Captieux persiste au Sud du département. Mais à Bordeaux, ou dans sa toute proche agglomération, plus rien.
Dans une ville marquée par Goya, et où existe une "rue de la Course" – ce qui veut tout dire –, il n'y a plus de toros en 2018.
On ressent la timidité de l'afición bordelaise si elle devait un jour être amenée à renouer avec la tauromachie chez elle. La peur de déranger, de passer pour le viandard de service, alors que la corrida n'a rien à voir avec tout cela. Et puis personne n'est obligé d'y assister.
Au milieu des innombrables programmations culturelles, les courses de toros, pourtant, auraient leur place... et ne feraient certainement pas de mauvaises entrées quand on connaît le nombre d'aficionados dans cette ville et le potentiel aux alentours.
Alors on se prend à rêver, en divaguant, d'une arène portative sur cette gigantesque place des Quinconces, là même où Nimeño toréa en tant que becerrista dans sa jeunesse.
Aux Quinconces, ou ailleurs même, au coin d'une rue, d'un terrain où l'on pourrait ériger une plaza, à quelques pas des Boulevards ou d'un arrêt de tramway. Dans cette ville, voir défiler de nouveau des habits de lumières, ce serait chouette. Pas de soucis non plus pour le calendrier, puisque les dates traditionnelles des corridas à Bordeaux, au printemps et fin septembre, seraient toujours libres aujourd'hui, et n'impliqueraient pas de concurrence.
Là où certains évoquent des abattoirs à ciel ouvert, qui est une idée reçue et en vogue, d'autres pensent à la passion, aux cornes, à l'afición, à l'authenticité.
Dans cette ville aux multiples clubs taurins, on regrette encore cette Plaza de Goya, cette arène en fer, de Floirac, au pied des immeubles. Pas loin de là où un aficionado, Claude Mounic, avait, dans son jardin de Salleboeuf, au début des années 80, organisé des novilladas. Ce qui avait conduit à un long bras de fer avec la justice.
Bordeaux et les toros, c'est une histoire faite d'interruptions. Mais il reste l'envie, certainement utopique, quasiment impossible, de voir ressurgir une arène à proximité. Car il y a tout ce qu'il faut, la jurisprudence, l'afición, des ganaderías et des toreros disponibles.
Alors, penser que cette Arena sera un édifice sans toros, cela fait songer à tous ces souvenirs et à tous ces espoirs.
De celui qui prétendra que l'on ne peut guère grandir à Bordeaux, rêver de toros, d'arènes ou de lumières, qu'il sache que cette année, fêterait ses 54 ans – seulement – , un matador natif des bords de Garonne. Il s'appelait José Cubero "Yiyo".

Florent

(Photo d'archives : Le 15 mai 1949 aux arènes du Bouscat, avec la rejoneadora Conchita Cintrón au premier plan. Deux toros de Villamarta étaient prévus pour la cavalière, et six de Concha y Sierra pour Antonio Bienvenida, Manuel Navarro et Luis Sánchez dit "Diamante Negro". Cette corrida avait dû être arrêtée au troisième toro à cause de la pluie)

1 commentaire:

  1. Et c'est sous une pluie battante qu'eu lieu à Floirac, une des meilleures, sinon la meilleure, corridas.
    Cartel composé par Curro Vazquez, Julio Robles et Juan Mora : Inolvidable.

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