mardi 2 janvier 2018

Ferdinand aux yeux bleus

En tant qu'aficionado, on ne peut qu'avoir des sensations contradictoires en voyant le dessin animé Ferdinand. C'est un peu comme la chanson de Cabrel en 94. Car s'il devait exister un message, ce serait sans doute un peu le même. Sauf que là, le dessin animé est plus drôle, plus coloré, avec plus de gags, et davantage d'humour que le chanteur à la cabane au fond du jardin.
Ne soyons donc pas cons au point de sortir le crucifix et la gousse d'ail à la moindre évocation de ce film d'animation. Un film, qui par ailleurs, est un lifting d'une histoire qui existait déjà.
Fin 2017 et au tout début de cette année 2018, nous sommes de nombreux aficionados, je pense, à être allés voir ce dessin animé car le thème nous est éloquent.
Dans les avis émis depuis, on remarque une forte division d'opinions. Et cela s'explique, parce que chacun a un rapport différent à la tauromachie, et les moyens d'y venir et de s'y intéresser sont multiples. De même, on ne peut pas prédire l'afición pour qui que ce soit, même au sein d'une famille d'aficionados. C'est un exercice sociologique difficile voire impossible. On perçoit donc la corrida différemment.
Enfant, je me souviens que l'approche du toro que j'avais aurait pu être décrite par les mots de Zocato à propos d'un lot de Rocío de la Cámara à Vic : "Des aurochs qui distribuaient des coups de griffes en guise de cornes. Et des cornes, il y en avait partout, grandes, longues, acérées comme des dagues. A la pique, alors que l'on espérait un repos, parvint la guerre".
Des enfants de maintenant, peut-être, se passionneront pour la corrida avec comme première approche ce dessin animé. L'effet ou l'impact de celui-ci, on ne peut sincèrement pas l'évaluer. Mais puisque l'on y parle de corrida, cela peut animer l'esprit aussi bien dans un sens que dans l'autre.
Un film avec un curieux toro aux yeux bleus, et dont il paraît que l'objet est de pourfendre la tauromachie. Mais pourtant, il y a des choses que l'on relève et qui iraient plutôt dans le sens historique.
Bien que l'on n'aperçoive aucune vache dans le film, il existe des inimités dans le troupeau dont fait partie Ferdinand, et ceux-ci se battent entre beaux paysages, fleurs et multiples couleurs.
Beaucoup de choses contradictoires apparaissent aussi. Le toro y est montré sous un gabarit plus que respectable, même si les règles de la corrida sont modifiées. On a du mal quand même à y voir explicitement un procès. Les arènes sont pleines, et l'on pourrait même supposer que cela suscite un intérêt.
Car ce film dépend d'une chose, une seule : l'interprétation que l'on en fait. Et il est certain que des groupes voudront l'utiliser contre la corrida.
D'un autre côté, il est difficile en tant qu'aficionado d'élever la voix contre ce qui est une liberté de la création artistique. Et puis il faut savoir faire la part des choses. Entre réalité et fiction. Comme dans beaucoup d'autres dessins animés, ce n'est pas une nouveauté, les animaux parlent. Alors oui, forcément, lever l'épée sur un animal aux traits humains, c'est terrible et cela provoque de l'empathie. Mais ce n'est pas la réalité.
Au-delà de certaines représentations erronées, comme celui d'un torero faisant le paseo entre une haie d'honneur de ses picadors, on remarque tout de même le danger de l'animal, et à quel point il en impose.
Le torero, lui, apparaît dans ce film d'animation comme un beauf en puissance. Mais sa profession a malgré tout le mérite d'y paraître mystique et inaccessible.
Il faut absolument séparer réalité et fiction. Même si l'on voit des représentations réelles, Madrid en tant que capitale de la tauromachie, Ronda comme un village pittoresque, le campo comme un endroit enchanteur, et l'abattoir comme le difficile destin de beaucoup d'animaux. Car il y aurait beaucoup de choses à dire aussi sur les abattoirs.
Mais revenons-en au dessin animé, celui où un enfant d'ailleurs dort dans son lit au plus près de son imposant toro.
Dans un tout autre registre, Ferdinand rejoint au niveau cinématographique le récent Blancanieves comme film évoquant la tauromachie. On voit dans les deux des arènes pleines, là où les toros ignorent tout de leur sort.
Mais les soucis actuels de la tauromachie, ils se situent totalement hors écrans.
Ferdinand remodelé succède ainsi à d'autres dessins animés évoquant partiellement ou totalement le sujet de la corrida.
L'interprétation que l'on peut en faire est du ressort de chacun. Distinguer réalité et fiction. Pour les enfants, c'est le rôle des parents qui est le plus important. Éduquer, pour avoir un rapport à la société, à de nombreux sujets, dont à l'animal. Car un jour il faut bien grandir.
Mais l'on peut également apprécier la corrida et conserver un regard d'enfant.

Florent

1 commentaire:

  1. Je suis aficionado depuis longtemps, et pourtant j'ai dès la première écoute, toujours trouvée magnifique la chanson de Cabrel. Je ne l'ai jamais trouvée franchement anti corrida.
    Est-ce que ce monde est sérieux?
    Beñat

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