mardi 3 avril 2018

Outsiders devenus favoris


El Adoureño arrivait hier à Mugron en novillero mystérieux. C'était sa première novillada piquée dans le Sud-Ouest, bien des années après sa dernière apparition en sans picadors dans la même région. La rumeur avait fini l'an dernier par le présenter en "novillero puntero", car il faisait partie des trois ayant le plus toréé dans la catégorie. En 2017 d'ailleurs, il n'avait pas été engagé une seule fois dans le Sud-Ouest, et cette année, il est d'ores et déjà annoncé partout ou presque sous forme de compensation. Ce qui est un instrument à double tranchant, et une position pas forcément évidente à assumer.
Vainqueur du prestigieux Zapato de Oro à Arnedo, ce qui lui a permis d'engranger de nombreux contrats. De beaux costumes neufs aussi, celui de Mugron, celui d'Arles la veille, où d'après les échos cette sortie fut un échec. Une camionnette avec écrit "El ciclón francés", une comparaison extrêmement prématurée avec Juan José Padilla. Et aussi, une alternative déjà annoncée pour le mois de septembre à Dax avec Enrique Ponce et Alejandro Talavante. Tout cela fait beaucoup de pression.
Et hier, on a senti El Adoureño peut-être un peu apeuré par cette situation inespérée encore l'an dernier à la même époque.
C'est comme dans le sport en fait, quand un jeune commence à obtenir des résultats, avec de nombreux espoirs bâtis autour de lui, ce n'est pas évident d'être à la hauteur.
El Adoureño, face à deux novillos nobles, a fait preuve d'une tauromachie heurtée. Avec parfois des détails de vrai novillero, mais beaucoup d'approximations, ce qui est étonnant pour quelqu'un qui a beaucoup toréé l'an dernier. Une énorme rouste sur une bernadina sans épée face à son premier le mit groggy et sembla le sortir de la novillada. Aciers défaillants les deux fois, et navigation difficile pour l'Adoureño. Il paraissait déboussolé, mais garde l'avantage d'avoir sur l'agenda de nombreuses opportunités pour redresser la barre, ce qui est un luxe pour un novillero. A lui de ne pas passer à côté.
L'élevage navarrais de Pincha était lui aussi très attendu. Un lot inégalement présenté, avec certains novillos d'origine Gerardo Ortega et d'autres de Marqués de Domecq, les trois derniers exemplaires gachos, aux berceaux de cornes fermés, et les autres mieux armés. Ils eurent néanmoins, en règle générale, du fond et de l'intérêt dans les combats.
La novillada, elle, fut très longue, quasiment trois heures. Et on remarque la tendance des novilleros à allonger excessivement les faenas. Déjà le matin, pour la non piquée, on avait vu un novillero toréer jusqu'à la sonnerie du premier avis.
Les lidias des novillos de Pincha furent en général lamentables, la preuve avec l'image insolite du combat du premier bis, quand deux subalternes se percutèrent à la sortie d'une pose de banderilles. Insolite, mais cela aurait pu être terrible. La cuadrilla qui fonctionna le mieux fut celle de Dorian Canton.
Les piques, comme la lidia, furent médiocres et mal portées, même s'il est vrai que la configuration de la piste de Mugron est difficile.
On a remarqué lors de cette novillada qu'un torero comme Roca Rey, récent matador d'alternative, faisait déjà de nombreux émules, car on voit souvent repris ses enchaînements spectaculaires comme les passes changées dans le dos.
Celui qui eut le plus de torería aura été le madrilène Carlos Ochoa. Son premier Pincha se blessa irrémédiablement après une erreur d'un subalterne ayant fait dépasser sa cape du burladero. Le novillo de réserve du même élevage, fortement piqué à trois reprises, avant vuelta de campana, accusa le coup au dernier tiers. Face à ce novillo noble, les meilleurs passages de Carlos Ochoa furent donnés de la main gauche en fin de faena. Mais c'est surtout la bonne estocade qui lui permit de couper une oreille.
Le quatrième envoya lourdement la cavalerie au sol après une première rencontre sans mise en suerte. Il s'agissait d'un novillo manso et exigeant, mais qui venait bien et mettait la tête dans la muleta à condition de capter cette charge. Et Carlos Ochoa sut le faire, avec métier, élégance, au cours d'un travail méritoire de domination. Les aciers lui firent perdre le succès, puisqu'il pincha.
Par rapport à El Adoureño qui était la tête de série en méforme, le débutant Dorian Canton sembla beaucoup plus motivé, et commença par des largas à genoux. On doit lui reconnaître le mérite de s'être aligné dans cette novillada (Baptiste Cissé qui avait débuté en piquée l'an dernier dans la même arène, en étant digne, aurait pu lui aussi faire partie de l'affiche), car il ne sera même pas resté un an en novillada sans picadors.
Hier, la chance du débutant l'a accompagné puisqu'il toucha le meilleur lot. D'abord le troisième, bien armé, le plus sérieux de l'après-midi. Un novillo avec de la présence, de la noblesse, et qui aurait nécessité une muleta plus ferme et expérimentée. Canton s'en sortit assez bien eu égard à son statut, sans pour autant en profiter totalement.
Au sixième, accompagné par son public, il montra encore de l'envie, même si le travail aurait mérité davantage de distance et moins de répertoire encimista. Une estocade entière. Deux oreilles plébiscitées avec autant de générosité que ne peut en avoir une rencontre Tinder. Et le prix au triomphateur.
Mais pour les uns comme pour les autres, attention à ne pas s'enflammer, car si l'on promet monts et merveilles, et lendemains éblouissants, parfois, la réalité est terriblement plus compliquée.

Florent

1 commentaire:

  1. Concernant Adoureno, c est inquiétant pour son avenir ce qui s est passé à Arles le dimanche et le lundi à Mugron. Passer à coté d un novillo comme celui de Callet puis, dès le lendemain, être en échec face à ses 2 novillos alors qu il est le novillero numéro 1 en France et à quelques mois de l alternative, peut être vraisemblablement considéré comme la preuve que malgré ses succès en Espagne en 2017, le "système", comme on l'appelle (mais n 'oublions pas que derrière le système se cachent des hommes, souvent cupides),a sans doute tendance à s'emballer en lui proposant l' alternative en septembre. Mais l 'alternative n étant pas une fin en soi, à part pour quelques uns tel Casas qui s est coupé la coleta le jour même, que va t'il se passer après? Si c est pour rejoindre les rangs de ceux qui, n ayant pas de contrat, déçus, troquent l'or pour l'argent, voire s arrêtent définitivement, il semblerait plus raisonnable pour Adoureno d'attendre une saison de plus, afin de mieux s'affirmer, pour prendre, ou non, l'alternative. Patrick Sabatier 13300 Salon

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