mercredi 2 mai 2018

La saison des échantillons


Année après année, le constat d'une météo capricieuse autour du 1er mai est presque systématique. Devant un bon millier de spectateurs hier à Aire-sur-l'Adour, le soleil qui vint pointer son nez était inespéré.
Avec cette novillada, c'était un avant-goût de ce à quoi peut ressembler la saison française 2018. Corridas et novilladas-concours, corridas de competencia, défis ganaderos... Beaucoup de courses annoncées avec des échantillons d'élevages. Déjà qu'avec un lot complet de six toros ou novillos, il est délicat d'avoir une vision d'ensemble sur une ganadería, cela l'est encore plus avec seulement un ou deux exemplaires. C'est flatteur pour les élevages qui sortent un ou deux bons éléments, et terrible pour ceux qui sortent mal.
Hier, à la fin de la novillada, le ganadero portugais João Folque de Mendoça et son mayoral Joaquim Isidro dos Santos, sont venus récupérer le prix à la meilleure ganadería.. En corridas, les toros de Palha offrent un panel de comportements très variés. En novilladas, et c'est moins fréquent de les voir, ils sont souvent mobiles, encastés et intéressants. On se souvient d'ailleurs que les arènes de Vauvert avaient programmé des novilladas de Palha pendant plusieurs saisons d'affilée, avec à chaque fois de la régularité et des succès. Les deux Palha d'hier, de petits gabarits, âgés de trois ans tout juste, ont donné beaucoup d'intérêt de par leurs caractéristiques. Les Raso de Portillo ont été compliqués, et les María Cascón faibles et nobles. Une novillada variée.
Le contexte était particulier, puisqu'après le combat du troisième novillo, la musique des Arsouillos interpréta le pasodoble Iván Fandiño en mémoire du matador. Émouvant, et cela serait encore plus saisissant en faisant comme le Zortziko à Azpeitia et Deba, et en lançant cette musique au moment où l'arrastre est encore en piste et s'arrête, et où tous les acteurs sortent sur le sable montera en main.
On a remarqué hier, les débuts comme subalterne, dans la cuadrilla de Dorian Canton, du torero montois Mathieu Guillon. Car l'affiche était recomposée, au lieu d'un mano a mano entre Maxime Solera, toujours convalescent et insuffisamment remis, et El Adoureño, deux novilleros furent ajoutés : Baptiste Cissé et Dorian Canton.
Ces trois novilleros du Sud-Ouest eurent donc à affronter des novillos d'élevages différents, et qui dans l'ensemble n'offrirent pas de tiers de piques pour le souvenir. Deux oreilles furent généreusement accordées par le président Marc Amestoy, et elles sont contestables quand on voit les deux conclusions avec l'épée en question. Et il est bon de rappeler que le tour de piste n'est pas une récompense anodine et péjorative pour un torero ou un novillero. Elle existe, et elle vaut même parfois plus que des oreilles.
El Adoureño, fortement secoué par le premier novillo de Raso de Portillo, distrait et qui protestait en gardant la tête haute dans la muleta, affronta ensuite un Cascón faible et noble. Il toréa sans génie, avec les mêmes enchaînements et approximations. Par exemple un farol avec la muleta, ce qui est original pour commencer une série, mais la suite n'a pas de continuité et d'impact. Détails pueblerinos, quelques sifflets lors d'un desplante en fin de faena, et maladresse lors du quite face au sixième novillo, de Palha. El Adoureño devrait pourtant être dans une année de maîtrise. Il a remporté l'an passé le Zapato de Oro à Arnedo, et ce n'est pas rien. Ce qui signifie que ce garçon est capable de bien mieux, et n'a pas du tout trouvé le déclic pour l'heure dans cette saison. Pour le moment les cartouches s'épuisent une à une : Arles, Mugron, Madrid, Aire... Une réaction semble impérative. Les opportunités ne manquent pas mais ne seront pas éternelles. Dès dimanche, c'est à la Maestranza qu'El Adoureño devra se ressaisir.
On a vu chez Baptiste Cissé beaucoup de volonté de bien faire et un esprit novillero. Il eut l'élégance de partager un quite en duo avec Dorian Canton face au deuxième, de María Cascón. Un novillo faible et noble, qui s'éteignit et se retrancha bien trop vite, après un début de faena relâché de la part du novillero landais. Cissé alla accueillir le cinquième de Palha avec une portagayola. C'était un novillo très noble, presque un bonbon, que Cissé cita de loin, et toréa avec application, avant d'enchaîner sur du toreo de proximité. L'adversaire permettait une faena de deux oreilles, et c'est là que l'on vit que Baptiste Cissé était encore un novillero neuf, qui a assez peu toréé en piquée jusqu'à présent, et possède encore une marge de progression. Un trophée pour les efforts et malgré des aciers qui firent défaut.
Dorian Canton est la grande révélation de ce début de saison, et il l'a encore été à Aire, car son sang-froid a été des plus étonnants face à l'opposition la plus difficile de l'après-midi.
Son premier Raso de Portillo, maléfique, se défendit face au cheval, avec des coups de tête, ce qui laissait déjà présager un comportement incertain. Un novillo dur, qui serra le novillero aussi bien à la cape qu'à la muleta. L'accrochage était inévitable, mais après cela, Dorian Canton ne se découragea pas et termina sa faena sans gilet.
Le sixième de Palha, un manso con casta, sortit seul des deux premières piques, puis s'alluma et s'employa à la troisième. Canton commença par trois courageuses passes changées dans le dos, alors que le comportement du novillo déconseillait de telles choses. Le Palha eut beaucoup de gaz, de mobilité, et des charges vibrantes. Une épée tombée au quatrième essai délivra une oreille généreuse. Mais Dorian Canton se fit passer ce novillo de Palha près, très près, lors d'une faena avec de l'intensité, et plus de coeur que de technique. Mais c'est aussi cela la novillada.

Florent

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