jeudi 26 juillet 2018

Mont-de-Marsan, Chacón, Dolores Aguirre...


Dimanche dernier, c'était la clôture des fêtes de la Madeleine, avec des toros de Dolores Aguirre. L'occasion pour les arènes du Plumaçon de renouer avec une corrida complète de cet élevage, puisque la dernière remontait à 1996.
Elle ne fut pas à la hauteur des espérances et livra même un sentiment global de déception.
Période 15 juillet / 15 août, c'est aussi là que l'on retrouve dans les grandes arènes françaises le "grand public", ce qui n'a rien de péjoratif. C'est factuel, il y a des personnes qui dans cette période, ou à peu près, voient leur quatre ou cinq corridas annuelles. Un public occasionnel, avec parfois des réactions étranges.
L'habitude du tout-Domecq ou presque provoque parfois des protestations en décalage avec la réalité d'une corrida. Cela n'a d'ailleurs rien de nouveau.
Entrait en piste pour ouvrir l'après-midi le toro Burgalés, numéro 28, seul toro colorado du lot de Dolores Aguirre. Charpenté, sérieux, bien armé. Une entrée en douceur sur le sable montois, fuyant tout ce qui se présentait face à lui. Et c'est d'ailleurs l'attitude de beaucoup de toros de cet élevage ou de cette origine Atanasio Fernández / Conde de la Corte. Des toros qui prennent la fuite quand ils entrent en piste, avant de se révéler ou non par la suite.
Dans tous les cas, sans aucune anomalie physique, alors que face à ce comportement qui n'est qu'une caractéristique de début de combat, certains sifflent, s'impatientent, tapent dans les mains. Et le pire, c'est qu'avec des réactions de ce type, des toros ont déjà été renvoyés aux corrales et remplacés par le passé.
Burgalés, numéro 28, fort heureusement, est resté en piste, et ce fut le toro le plus intéressant de l'après-midi. Deux premiers contacts au cheval en prenant la fuite, puis deux autres en s'employant.
Un toro exigeant, parfaitement compris d'entrée de jeu par Octavio Chacón, et qui se réveilla encore plus aux banderilles.
Sacrée saison que celle du matador de Prado del Rey, dans la province de Cádiz, qui aime les costumes aux broderies noires, et qui se hisse depuis un certain temps maintenant au niveau des plus grands lidiadors.
A la cape déjà, dans la façon d'être attentif à tous les combats, et dans celle de s'adapter aux toros.
La charge de Burgalés, il sut la capter et dessiner de superbes séries de la main droite. A gauche, ce fut plus compliqué, car le toro était bien plus court de charge et conservait des caractéristiques de manso. A cause d'une estocade en deux temps, Chacón perdit probablement un trophée acquis.
On dit parfois, et ce sont des clichés, que dans les corridas dures, il est difficile de voir toréer avec style... Mais force est de constater que pas mal de toreros, dont Octavio Chacón, sont en mesure d'apporter la preuve du contraire. Comme en témoignent des images en tête, et des photos.

Florent

(Image de Philippe Wargnier : Octavio Chacón face à Burgalés de Dolores Aguirre, le 22 juillet à Mont-de-Marsan)

mercredi 18 juillet 2018

Images de Céret


On perd parfois de vue, à cause de l'habitude, l'image véhiculée par Céret dans le monde taurin. Il arrive même que des personnes qui n'y sont jamais allées vous la rappelle. Céret devrait être une petite arène, ce qu'elle est par la taille, mais en réputation, elle a une dimension et une projection qu'il arrive même de ne pas imaginer.
Et pour cela les raisons sont multiples. C'est une arène à part, catalane qui plus est, avec une longue histoire, des toros de première catégorie, une musique, la fidélité d'un public, et l'aspect associatif dans l'organisation des corridas. Plus simplement, c'est la continuité qui a forgé cette image de Céret. Des corridas sérieuses dans une si petite arène, comme l'a encore récemment illustré la corrida de Juan Luis Fraile de dimanche.
Céret, avec Vic-Fezensac, sont par ailleurs les deux arènes de la planète taurine où les attentes en matière de tiers de piques sont les plus fortes. Énormes même, avec un très haut niveau d'exigence. Et de ce fait, ce qui peut sembler décevant pour Céret ne le serait pas forcément dans une autre arène.
C'était le cas samedi avec les toros portugais de São Torcato. Une aubaine que de présenter cet élevage en France. Car cela devient de plus en plus rare de découvrir de nouvelles ganaderías. Six toros, bas de charpentes, diversement armés, de peu d'intensité en dix-sept rencontres au cheval, et aux comportements variés. Cela reste un échantillon, une découverte, et l'on ne peut juger du niveau de l'élevage avec une corrida seulement. Il y eut tout de même des éléments intéressants dans ce lot, donnant envie de revoir les São Torcato en d'autres circonstances. Une corrida qui pose des questions, donne matière à réflexion, comme l'a été celle-ci, est toujours intéressante. Ce n'est pas toujours le cas ailleurs et pendant le reste de la saison.
Fernando Robleño a semblé loin de cette force qui semblait le transfigurer il y a six ou sept ans. Il est tombé sur un premier toro très noble, et un second largement armé, mansote, mais noble aussi. Il faut dire que dans l'ensemble, les toros de São Torcato ont eu cette caractéristique.
C'est Javier Cortés qui est sorti triomphateur de cette corrida. Le deuxième toro (avec le sixième), a été le plus intéressant du lot. Un toro bas, armé large, manso, qui alla au cheval pour quatre rencontres, et se réveilla aux banderilles en donnant beaucoup de danger. Un adversaire vif et exigeant que Javier Cortés sut capter, grâce à son toreo classique, avec la muleta basse et puissante. Il y eut une série gauchère sensationnelle et beaucoup d'émotion. Un torero sachant dominer son sujet, et donner beaucoup de relief à base de maîtrise et de sérénité. Il coupa une oreille indiscutable après une entière au second essai, l'audace du recibir n'ayant pas fonctionné en première intention. Face au cinquième, lourd, plus gras que charpenté, arrêté et manquant de caste, Javier Cortés toréa très bien avec la cape, et montra encore l'étendue de son potentiel. Un torero qui compte.
Comme il y eut un peu de tout dans ce lot de São Torcato, on vit aussi un toro faible et éteint, en troisième position, même s'il avait auparavant été le plus brave à la pique.
Enfin, le sixième São Torcato, charpenté et rugueux, rappela un peu ce que pouvaient être les toros portugais. Un toro exigeant, tardant à charger, mais qui avait le mufle au sol lorsqu'il venait dans la muleta. Juan Leal, très courageux, fut averti d'entrée, puis une autre fois encore. Dans un numéro de funambule, il aura raccourci trop vite les distances, et se retrouva sur les cornes lors de deux accrochages impressionnants, avec la muleta puis au moment d'estoquer. Il semble posséder encore une marge de progression dans son toreo, et doit évoluer.
Le lendemain, la novillada matinale vit finalement quatre exemplaires de Raso de Portillo, inégaux, et deux de María Cascón, lourds et mansos. Angel Jiménez, conseillé de la barrière par Luis Vilches, put se laisser aller à un toreo esthétique et relâché devant un très noble Raso de Portillo, devant lequel il fut en difficultés avec l'épée.
Chez Aquilino Girón, on a vu énormément de courage, de volonté et d'envie. Un véritable novillero. Des estocades très engagées. Une oreille et vuelta à Céret, ce n'est pas rien. On lui souhaite de toute coeur d'avoir un agenda plus garni qu'il ne l'est actuellement.
Curro Durán, lui, eut très peu d'options face à deux novillos arrêtés. Il remplaçait Maxime Solera, le novillero français qui avait connu un grand succès l'an passé à Céret. Le silence qu'avaient imposé en 2017 ses deux réceptions à genoux face au toril était encore dans les esprits.
Car que l'on considère Céret de par sa grande dureté ou de par sa catégorie, on ne peut nier qu'elle est aussi un tremplin pour ganaderías et toreros.


Florent

mardi 17 juillet 2018

Des toros et des hommes

Une autre finale, et forcément des souvenirs en pagaille. J'entendais mon grand-père ce soir de 1998, avec 2 buts à 0 au compteur contre le Brésil et seulement quelques minutes qui restaient à jouer. Sans savourer quoi que ce soit, juste attendre et tenir. Avec quelque part dans la tête, le souvenir de la demi-finale contre la RFA en 82. Celle que les anciens auraient tant aimé gagner. Cette fameuse nuit de Séville, qui paraissait triomphale pour l'équipe de France, comme un aboutissement... mais fut cruelle en réalité. Les allemands étaient revenus au score et l'avaient emporté. Rétrospectivement, un truc semble s'être arrêté ce soir-là pour beaucoup. Un rêve cassé, et l'impossibilité la plus totale de revenir en arrière. A Séville en plus, ville taurine par excellence, ce qui rend inévitable le parallèle entre toros et ballon rond.
Mais en 98, la France était parvenue à l'emporter nettement et pour la plus grande joie collective. Ce jour-là déjà, il y avait une corrida à Céret. Mais c'était différent, et c'était il y a vingt ans.
Ce dimanche, l'équipe de France est allée planter quatre buts à la Croatie, pour broder une deuxième étoile sur le maillot, et cela, ce n'est ni une anecdote ni un fantasme. Et il impossible d'en faire abstraction. Quel bonheur, pour ceux qui savent l'apprécier. Pourquoi bouder son plaisir ?
La corrida de Céret, elle, avait débuté une heure après le coup d'envoi, et elle fut fort intéressante. Les toros de Juan Luis Fraile, inégaux en bravoure et en combativité au premier tiers, ont tout de même totalisé 21 rencontres au cheval. Une corrida sérieuse, âpre, bien dans la tradition de l'arène. Et en face, trois toreros courageux. Nos toreros. Car il ne faut pas se tromper, il n'y a plus de nationalité sur ce terrain-là. Il y en a parfois avant les paseos ou lors des tours de piste, avec l'appartenance à une commune, à une région ou à un pays. Mais dans l'arène, face au toro, aussi sérieux soit-il, le torero est torero avant d'être d'une quelconque nationalité.
Le premier d'entre eux, dimanche, c'était Octavio Chacón, qui dut d'abord batailler face à un toro dur, compliqué et réservé, devant lequel il réalisa une bonne lidia.
Puis vint le quatrième, Sortijero, numéro 9, un toro âgé de cinq ans, sérieux, charpenté, armé. Un toro avec beaucoup d'allant à la pique, si bien que Chacón décida de le mettre en valeur et d'exprimer tout ce qu'il avait. Le toro venait très bien quand le picador Santiago Pérez le sollicitait, mais poussa assez peu une fois dans le matelas. Chacón demanda de lui-même une cinquième rencontre au regatón.
Il y a une part de fantasme aussi en tauromachie : imaginer des choses, peut-être parfois plus belles que dans la réalité, comme imaginer des toros plus braves qu'ils ne le sont. Ce Sortijero venait avec une superbe charge à la pique, comme un authentique toro de combat, et le public ovationna la scène comme si dans la continuité le toro avait aussi propulsé l'équipage sur une longue distance. Ce qui ne fut pas le cas. Mais il faut également savoir se contenter de ce qu'offrent les combats en piste. La réalité.
Octavio Chacón débuta sa faena par le bas, et l'on se rendit compte que cela allait être un combat dur. Une faena de lidiador, essentiellement droitière, avec un toro fougueux, de caste dure, qui se retournait vite, et cherchait l'homme. Sur la corne gauche, c'était encore plus périlleux. Un combat sous tension. Dans un terrain risqué, Chacón porta une épée engagée, alors que le toro avait démarré un instant auparavant pour décocher un coup de tête. Le Fraile tint debout avant de tomber. Mouchoir bleu pour le toro, et oreille pour le matador. Une décision judicieuse de la part de Francis Manent, qui préside des corridas à Céret depuis près de cinquante ans et en sait quelque chose en matière de références et de critères. Une partie du public se mit à conspuer, de façon totalement injuste, Octavio Chacón avant et pendant son tour de piste. Lui qui avait mis en valeur ce toro avant de partir à la bataille. On en revient à cette histoire de fantasmes. Ils ont imaginé que ce toro était toréable comme bien d'autres. Alors qu'il avait un côté indomptable, ce qui implique que malgré toute votre bonne volonté, il y aura une part d'imperfection face à lui. Un combat passionnant entre ce toro de Fraile et Octavio Chacón, qu'il convenait d'apprécier à sa juste valeur.
C'était la deuxième corrida en 2018 de Joselillo (la première était en janvier...), et l'on remarque comme à chaque fois sa ténacité. Il connut des difficultés à l'épée devant son premier toro, arrêté. C'est d'ailleurs à la fin de ce combat que le sort du Mondial venait de se sceller. Au cinquième Fraile, encasté, exigeant, puis progressivement éteint, Joselillo est allé chercher des muletazos valeureux comme il sait le faire.
On admira aussi le grand courage de Gómez del Pilar, qui fit une faena de séries courtes devant un premier adversaire encasté et qui se retournait vite. Au sixième, le matador alla s'agenouiller au centre de la piste pour une portagayola très risquée. Le toro de Fraile, redoutablement armé, hésita longtemps, et Gómez del Pilar ne bougea pas. Engagé, flamboyant avec la cape, le torero eut même l'originalité d'exécuter une zapopina pour remettre en suerte le toro à la pique. Ce tout dernier toro de Fraile, alors que le soleil commençait à se coucher, était manso et difficile.
Dans le football, toutes proportions gardées, on dit que le danger ou la menace guettent jusqu'au bout. Dans les toros aussi. Car leurs cornes ignorent les humeurs, les rumeurs, les titres de champions et la fête. Gómez del Pilar s'est joué la peau, et s'est engagé en prenant des risques. Tout au bout du combat, au second passage avec l'épée, il fut violemment pris. Un sacré accrochage, mais dans la foulée l'envie de revenir, pour vaincre.
Que la fête en dehors du cercle de sable batte son plein ou s'estompe, face aux toros durs, on aura toujours des toreros valeureux, sachant maîtriser l'euphorie, en allant au plus près se mesurer au danger. Et comme par magie, le faire oublier.

Florent

(Image de Philippe Gil Mir : Octavio Chacón face à "Sortijero" de Juan Luis Fraile)

mercredi 4 juillet 2018

Pas comme nous...


On assiste, de nombreuses fois par an, à des démonstrations en piste de ce don qu'ont les toreros de se surpasser. Ce stoïcisme, cette manière si spécifique d'oublier l'adversité, comme si de rien n'était. L'inverse de la vie normale, du moindre bobo domestique qui implique soupes de dolipranes, camomilles et verveines.
Enrique Guillén, dernier matador à avoir pris l'alternative à Barcelone, est l'apoderado du français Maxime Solera. Après avoir arrêté sa carrière, il s'est mis à consacrer son temps aux jeunes toreros catalans et d'ailleurs, pour désormais toujours jouer à l'extérieur, car les corridas en Catalogne n'existent plus. Enrique Guillén avait toréé en 2007 à Boujan-sur-Libron, dans autre une arène démontable, beaucoup plus rudimentaire que ce que l'on connaît en matière de plazas portatives. Ce jour-là, son premier novillo avait quitté la piste, pour se retrouver au beau milieu des spectateurs. Soirée dramatique, un aficionado de Béziers, encorné, n'avait pas survécu à l'opération à l'hôpital. Cette histoire, peu médiatisée à l'époque, aurait certainement conduit à un gros foutoir aujourd'hui au niveau des infos et de la rubrique faits divers. Toutefois, il y avait eu un jugement et des condamnations pour manquement aux obligations de sécurité. Heureusement, cette histoire n'a pas mis fin à la tauromachie à Boujan, mais cela aurait pu être le cas par les temps qui courent.
Enrique Guillén raconte, de cet après-midi médiéval, qu'il avait été obligé d'estoquer le novillo hors de l'arène, sur un terrain de sport. Et quand ce fut chose faite, en revenant vers les arènes, secouées par le chaos, lui et sa cuadrilla furent ovationnés, comme les héros qui reviennent au village après la bataille.
Ce week-end, la bataille était importante pour Maxime Solera, son protégé. Un rendez-vous double, samedi et dimanche, avec Hoyo de la Gitana et Raso de Portillo. Ses deux premières novilladas de l'année, car il dut renoncer aux précédentes à cause d'une blessure et d'une longue convalescence. Avant que ne commence cette feria de Boujan, on pouvait se demander, et après tout, si ces longs mois avaient apporté des doutes ? Emporté la fraîcheur ? Tout ce que l'on peut redouter dans la carrière d'un jeune torero confronté à une situation difficile. En plus, la tâche n'était pas des moindres, avec des élevages dont beaucoup de matadors n'envisageraient même pas d'en combattre un lot.
L'entrée en matière de Maxime Solera ne laissa aucune place au doute. Au centre de la piste, face au toril, les pieds cloués au sol, pour des tafalleras, puis des gaoneras, faisant passer le novillo très près du corps. Sur la dernière, le novillo crocheta Maxime Solera avec la patte, avant de le reprendre de manière terrible. Un accrochage qui laissera des contusions sur tout le corps, mais le novillero restera en piste, pour mener le combat à bien jusqu'à sa fin. Après un long passage à l'infirmerie et un ordre de passage changé, il revint affronter son second adversaire en sixième position. La novillada de Hoyo de la Gitana – un élevage que l'on voit peu à l'heure actuelle –, charpentée, peu armée, a manqué de puissance et de continuité. Les six novillos, bravitos en quinze rencontres au cheval, se sont généralement éteints. Certains nobles, d'autres très vites arrêtés. Et face au sixième, on vit le sérieux et la volonté de fer de Maxime Solera, dès l'accueil à la cape, et dans une tauromachie l'emmenant fouler des terrains risqués. Oreille méritée pour conclure l'après-midi.
El Adoureño a obtenu un trophée, et il a été mieux que toutes les autres fois depuis le début de saison. Mais la marche vers son alternative de septembre à Dax semble encore extrêmement haute. Quant au biterrois Carlos Olsina, dont c'était seulement la troisième novillada piquée, il s'accrocha avec courage et un bagage technique restreint devant un lot compliqué et arrêté, mais avec toujours le désir de bien faire.
L'intermède entre les Hoyo de la Gitana et les Raso de Portillo fut la non piquée de Robert Margé du dimanche matin, où se révéla le nîmois Niño Julián, épatant de sens torero pour son très jeune âge, à la cape, aux banderilles et à la muleta.
Le soir, les Raso de Portillo, bien présentés et armés, ont été plus nobles que d'habitude. Braves en dix-huit rencontres au cheval, en poussant droit et fixement, ce qui n'est pas rien ! En comparant les sorties de cet élevage en corridas et en novilladas, on se dit que la place des Raso de Portillo est dans les secondes, et que c'est à cet échelon qu'il doit avancer.
Des novillos nobles pour la plupart, caractéristique aléatoire dans cet élevage, chose dont les novilleros devaient dès lors profiter.
Le premier d'entre eux, Alejandro Fermín, fut violemment pris par le quatrième Raso de Portillo, sur un cambio au centre de l'arène en commençant la faena. Le Raso de Portillo, aussi noble soit-il, n'est pas le genre de toro permettant ce geste. Heureusement, Alejandro Fermín retomba bien de cet accrochage vertigineux, et put continuer sa faena... bien trop inégale en intensité. Il avait auparavant fait, au novillo précédent, un joli quite.
Le deuxième novillero, c'était Maxime Solera, revenu contre l'avis des médecins. Et malgré ce mal physique et cette boiterie qui le handicapaient, il a été très courageux, hiératique, et lidiador. De son premier combat devant un novillo exigeant, on apprécia son honnêteté, cette façon d'être centré, et de citer les toros de face. Avec patience d'ailleurs, car le Raso de Portillo n'était pas évident. Une oreille lui fut accordée après une bonne estocade. Avec le cinquième, brave au cheval mais très arrêté ensuite, Maxime Solera tenta tout, avant de connaître des difficultés à l'épée. Mais il avait tenu à honorer cette double prestation, malgré la blessure, comme si de rien n'était. Un sacré geste. Un geste de torero.
Enfin, Cristóbal Reyes, assez peu vu en France jusqu'à présent, a montré une double facette. Avec des difficultés face au troisième, du fer d'El Quiñón, qu'il estoqua d'une grande épée en s'engageant pour de vrai. Et avec de la sérénité face au dernier, brave au cheval mais en s'employant surtout à la première rencontre, noble et mobile par la suite. A celui-là, Cristóbal Reyes, qui est de Jerez, laissa de très beaux gestes, surtout de la main gauche, avec des naturelles très inspirées. Vraiment une bonne impression de la part de ce jeune novillero qui obtint lui aussi un trophée, et qui mérite bien mieux que la seule novillada qui lui reste à combattre cette année en France.
Il en faut plus des novilladas, et surtout des novilladas comme celle-là. C'est primordial pour l'avenir. Et puis, contrairement aux idées reçues, qui voudraient que la tauromachie moderne soit plus facile pour absolument tous ses protagonistes, être novillero est en réalité quelque chose de très compliqué. Peu d'opportunités, moins de novilladas qu'avant, et une exigence du public qui en attend d'eux parfois autant voire plus que pour les matadors d'alternative.
Grand mérite à ceux qui aujourd'hui s'aventurent sur ce chemin. Et encore plus à ceux qui prennent les dures...

Florent

(Photo d'Alexandre Blanco : Maxime Solera face au premier novillo de Hoyo de la Gitana, le 30 juin à Boujan-sur-Libron)