mercredi 18 juillet 2018

Images de Céret


On perd parfois de vue, à cause de l'habitude, l'image véhiculée par Céret dans le monde taurin. Il arrive même que des personnes qui n'y sont jamais allées vous la rappelle. Céret devrait être une petite arène, ce qu'elle est par la taille, mais en réputation, elle a une dimension et une projection qu'il arrive même de ne pas imaginer.
Et pour cela les raisons sont multiples. C'est une arène à part, catalane qui plus est, avec une longue histoire, des toros de première catégorie, une musique, la fidélité d'un public, et l'aspect associatif dans l'organisation des corridas. Plus simplement, c'est la continuité qui a forgé cette image de Céret. Des corridas sérieuses dans une si petite arène, comme l'a encore récemment illustré la corrida de Juan Luis Fraile de dimanche.
Céret, avec Vic-Fezensac, sont par ailleurs les deux arènes de la planète taurine où les attentes en matière de tiers de piques sont les plus fortes. Énormes même, avec un très haut niveau d'exigence. Et de ce fait, ce qui peut sembler décevant pour Céret ne le serait pas forcément dans une autre arène.
C'était le cas samedi avec les toros portugais de São Torcato. Une aubaine que de présenter cet élevage en France. Car cela devient de plus en plus rare de découvrir de nouvelles ganaderías. Six toros, bas de charpentes, diversement armés, de peu d'intensité en dix-sept rencontres au cheval, et aux comportements variés. Cela reste un échantillon, une découverte, et l'on ne peut juger du niveau de l'élevage avec une corrida seulement. Il y eut tout de même des éléments intéressants dans ce lot, donnant envie de revoir les São Torcato en d'autres circonstances. Une corrida qui pose des questions, donne matière à réflexion, comme l'a été celle-ci, est toujours intéressante. Ce n'est pas toujours le cas ailleurs et pendant le reste de la saison.
Fernando Robleño a semblé loin de cette force qui semblait le transfigurer il y a six ou sept ans. Il est tombé sur un premier toro très noble, et un second largement armé, mansote, mais noble aussi. Il faut dire que dans l'ensemble, les toros de São Torcato ont eu cette caractéristique.
C'est Javier Cortés qui est sorti triomphateur de cette corrida. Le deuxième toro (avec le sixième), a été le plus intéressant du lot. Un toro bas, armé large, manso, qui alla au cheval pour quatre rencontres, et se réveilla aux banderilles en donnant beaucoup de danger. Un adversaire vif et exigeant que Javier Cortés sut capter, grâce à son toreo classique, avec la muleta basse et puissante. Il y eut une série gauchère sensationnelle et beaucoup d'émotion. Un torero sachant dominer son sujet, et donner beaucoup de relief à base de maîtrise et de sérénité. Il coupa une oreille indiscutable après une entière au second essai, l'audace du recibir n'ayant pas fonctionné en première intention. Face au cinquième, lourd, plus gras que charpenté, arrêté et manquant de caste, Javier Cortés toréa très bien avec la cape, et montra encore l'étendue de son potentiel. Un torero qui compte.
Comme il y eut un peu de tout dans ce lot de São Torcato, on vit aussi un toro faible et éteint, en troisième position, même s'il avait auparavant été le plus brave à la pique.
Enfin, le sixième São Torcato, charpenté et rugueux, rappela un peu ce que pouvaient être les toros portugais. Un toro exigeant, tardant à charger, mais qui avait le mufle au sol lorsqu'il venait dans la muleta. Juan Leal, très courageux, fut averti d'entrée, puis une autre fois encore. Dans un numéro de funambule, il aura raccourci trop vite les distances, et se retrouva sur les cornes lors de deux accrochages impressionnants, avec la muleta puis au moment d'estoquer. Il semble posséder encore une marge de progression dans son toreo, et doit évoluer.
Le lendemain, la novillada matinale vit finalement quatre exemplaires de Raso de Portillo, inégaux, et deux de María Cascón, lourds et mansos. Angel Jiménez, conseillé de la barrière par Luis Vilches, put se laisser aller à un toreo esthétique et relâché devant un très noble Raso de Portillo, devant lequel il fut en difficultés avec l'épée.
Chez Aquilino Girón, on a vu énormément de courage, de volonté et d'envie. Un véritable novillero. Des estocades très engagées. Une oreille et vuelta à Céret, ce n'est pas rien. On lui souhaite de toute coeur d'avoir un agenda plus garni qu'il ne l'est actuellement.
Curro Durán, lui, eut très peu d'options face à deux novillos arrêtés. Il remplaçait Maxime Solera, le novillero français qui avait connu un grand succès l'an passé à Céret. Le silence qu'avaient imposé en 2017 ses deux réceptions à genoux face au toril était encore dans les esprits.
Car que l'on considère Céret de par sa grande dureté ou de par sa catégorie, on ne peut nier qu'elle est aussi un tremplin pour ganaderías et toreros.


Florent

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