samedi 4 août 2018

Corridas et papiers cadeaux


Autour des corridas annoncées sur les affiches, il faut toujours se méfier de l'emballage. Curieux papiers cadeaux. Cela devient fréquent de voir apparaître des descriptifs dits novateurs. Souvent des accompagnements musicaux, qui devraient le rester plutôt que d'être protagonistes. Ils sont là pour meubler, quand parfois viendrait à manquer l'essentiel. Musique ou autres ornements, il n'y a parfois qu'un pas entre corridas goyesques et grotesques.
En organisant une corrida de toros, t'essayes de ratisser large, et de vendre un truc qui puisse paraître un peu élitiste. Allons ! Et en musique s'il vous plaît. Tiens, cette mode, cela me fait penser à une scène de film avec les Inconnus. Quand Didier Bourdon singe connement mais de façon marrante un "Mais j'adore l'abstrait". En le prenant en dérision. Ce qui veut tout dire.
Et puis au fond, c'est vrai, cela fait un peu prétentieux de vouloir en rajouter autour de la corrida, enlever de la substance, aller vers des horizons casse-gueule avec des musiques inadaptées. Cela s'appelle le superficiel.
Pour autant, en tauromachie, cela ne veut pas dire que l'uniformité doit être de mise. La preuve, elles sont nombreuses les arènes possédant une identité propre, un caractère, non pas vendu à la dernière minute et à bon prix, mais parce qu'il s'est forgé au fil du temps, longuement, lentement. Et ça, c'est quand même autre chose.
Je pense à Azpeitia, dans la province de Guipúzcoa, dont la feria vient de se finir cette semaine. Un décor, une réputation, une histoire... même si l'on y va un peu fort avec la musique (il y en a même pendant les tiers de piques) et que le manque de rigueur dans les lidias en fait malheureusement une arène torista de deuxième division.
N'empêche qu'au-delà de toutes ces considérations, Azpeitia a énormément de charme. Mardi, c'était le rendez-vous pour les Cuadriphiles. Ah, quand c'est l'appel du toro qui potentiellement va donner de l'émotion dans l'arène, on retrouve les aficionados.
Le toro de Cuadri, qui ne ressemble à aucun autre, continuera à nous fasciner. Même si, hélas, l'irrégularité est là, et les déceptions aussi. Des toros lourds, imposants, diversement armés, avec pas mal de cornes abîmées, et arrêtés en général après souvent de mauvais tiers de piques. Le deuxième fut le meilleur du lot, et l'on aurait aimé que Pepe Moral, peut-être, lui donne davantage de distance, et le torée vraiment plutôt que d'accompagner sa charge.
Le lot de Cuadri de 2017 à Azpeitia, combattu par Paulita, Alberto Lamelas et Sebastián Ritter avait beaucoup plus d'intérêt.
A la mort du troisième toro, on pouvait observer le traditionnel Zortziko, mélodie funèbre basque en hommage au banderillero José Ventura Laca, né à Deba, et mort d'un coup de corne en 1841 à Azpeitia. Le ciel bas laissa tomber des gouttes au-dessus des arènes en fin de corrida, et l'on se retira sans vraiment avoir vibré. Des toros de Cuadri, on en a vu de tellement plus braves, encastés voire sauvages.
Une petite centaine de kilomètres sépare à vol d'oiseau Azpeitia au Pays Basque et Lodosa en Navarre. Ou comment passer du paysage vert au paysage ocre. Climats complètement différents malgré le peu de distance. On peut relier les deux communes par une vertigineuse route de montagne.
Une boucle, il y en a aussi sur le parcours de l'encierro de Lodosa, ce qui permet (en courant, bien entendu) de voir celui-ci à deux endroits différents, tout d'abord au départ des toros, puis au niveau de l'avenue principale. Dans ce village, aussi, beaucoup de cachet, de caractère. C'est l'élevage local de Pincha, propriété de José Antonio Baigorri, qui était à l'affiche de la novillada. Après avoir rapidement parcouru l'encierro matinal, les novillos de Pincha ont dans l'après-midi offert beaucoup de noblesse aux muletas de Javier Moreno "Lagartijo" et Alfonso Ortiz, qui ont coupé des oreilles généreuses mais n'ont pas vraiment donné dans le toreo fondamental.
L'envie de retourner dans les petites arènes du Pays Basque ou de Navarre est inépuisable. Là où même si tout est loin d'être parfait, il y a cette identité et ce parfum authentique qui vous attirent.

Florent

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