mercredi 26 septembre 2018

Les grilles d'Arganda


Arganda del Rey se situe à une vingtaine de kilomètres à l'Est de Madrid. On peut s'y rendre en bus, ou même en métro, puisqu'il existe une ligne directe depuis la gare d'Atocha. Mais le plus simple et le plus rapide reste tout de même la voiture. On peut d'ailleurs se garer près du début du parcours de l'encierro, où les offrandes florales des peñas locales en honneur de la Virgen de la Soledad sont impressionnantes.
Le camion des novillos est là, et le parcours d'encierro dressé. Tout au bout, la plaza de la Constitución, transformée en arène, possède quatre tribunes, dont l'une d'entre elles, côté église, compte près de trente rangs !
En bas, il y a des grilles, et la piste a des airs de cour de récréation géante, entièrement axée sur le toro. Les grilles, elles, sont faites pour être franchies... Lors des capeas du matin et du soir, on rentre, on sort, on cherche le refuge, mais les nombreux mouvements frôlent parfois la bousculade. Ils peuvent même être plus dangereux que les toros. L'important, c'est de s'abriter à temps.
Même tôt le matin, l'ambiance d'Arganda est incroyable, avec des arènes bondées, et la musique à fond. Un truc à voir, à découvrir.
Le rectangle de sable, pour sa part, est assez grand, avec des pentes dangereuses à certains endroits. Pour les cuadrillas qui y toréent la novillada du soir, c'est à la fois un cauchemar et un casse-tête. On ressort des arènes d'Arganda avec des images inédites, de subalternes ou de novilleros qui escaladent les grilles, pour échapper aux cornes, après avoir posé les banderilles ou porté l'estocade.
Une stupéfiante tradition de la capea du soir consiste à faire sortir en piste le sobrero qui n'a pas été utilisé lors de la novillada ! C'est ainsi qu'en ouverture, le lundi 3 septembre un peu après 21 heures, déboulait sur le sable un imposant novillo de Dolores Aguirre.
Côté mairie, il y a une statue en hommage aux recortadores, car Arganda est considérée comme leur "berceau". D'ailleurs, cette année, il y avait une particularité sur l'affiche des novilladas, avec la présence du novillero Rubén Fernández, dit "Cuatio", d'Arganda del Rey. Soutenu par le public, il était auparavant recortador, et même champion d'Espagne à plusieurs reprises dans ce domaine, avant de se consacrer au toreo. Drôle d'histoire et curieuse arène.

Florent

mardi 25 septembre 2018

Zestoa, la médiévale


En arrivant à Zestoa ce dimanche 9 septembre, le décor avait quelque peu changé par rapport à l'an passé. Une grue dans l'angle de la place, et le clocher de l'église en travaux.
José Manuel, aficionado assidu de Zestoa, racontait qu'en décembre 2017, un soir, un terrible orage de grêle s'était abattu sur la commune alors que les gens étaient tranquillement dehors. Tous cherchèrent le refuge dans le bar situé sur la place, ou à proximité. Une fois la tempête calmée, en ressortant, ils purent constater que le clocher avait été explosé... par un éclair.
Pas de panique, l'an prochain, il sera réparé.
Zestoa, ou Cestona en espagnol, à trente bonnes minutes de la frontière, est un village en plein coeur du Pays Basque, tout près d'Azpeitia, et qui comme sa voisine Deba, donne des novilladas sans picadors sur sa place principale.
Deux novilladas par an et une forte identité. Ici, on a même voté pour le maintien ou non de la tradition taurine. Des élus hostiles à la tauromachie proposèrent un référendum, et figurez-vous que très majoritairement, les administrés se prononcèrent pour la continuité !
La tradition taurine à Zestoa est très ancienne, puisqu'elle remonte à 1666. En 2016, les fêtes avaient accueilli un paseo de plus, pour fêter les 350 ans.
Ces arènes, où l'on peut faire rentrer à peu près 600 personnes au maximum, ont un charme fou.
Une place ancienne, des balcons, et cette piste comme un long couloir en pente. La veille, la première novillada s'était célébrée à guichets fermés.
Ce dimanche, le temps se dégrada au fil de la journée, et il pleuvait au moment où le novillero sans picadors Borja Collado, de Valencia, le sobresaliente Alejandro Contreras, et les trois subalternes Rafael Cañada, Asier Campos et Alexis Ducasse, firent le paseo.
Il n'y a que deux erales lors des novilladas de Zestoa, et les courses sont très rapides. Une fois terminées, on lâche dans l'arène six novillos ou vaches provenant d'élevages de la région pour des jeux d'esquive.
La novillada fut mouvementée, car Borja Collado n'estoqua aucun des deux erales d'Adolfo Rodríguez Montesinos. Le premier le blessa à la cuisse en milieu de faena. C'est son camarade d'école taurine, Alejandro Contreras, qui finalement, eut à affronter et estoquer les deux pensionnaires encastés de l'élevage de Montesinos, aux pelages gris.
Le mieux pour assister aux courses de Zestoa est d'arriver tôt, et de tenter de se mettre debout, derrière les barrières, du côté du bar Koiote. On peut apprécier aussi l'entrée en piste de l'orchestre municipal, qui joue magistralement "Amparito Roca", le pasodoble attitré du village.


Florent

lundi 24 septembre 2018

Viva El Cid


Il y a des choses comme ça que l'on garde précieusement, quelque part, dans un placard ou au fond d'un tiroir. Cette photo de Manuel Jesús "El Cid" illustre un article de la fin de l'année 2002 paru dans le journal Sud-Ouest. Le cliché, signé Jean-Daniel Chopin, date de la même année. Et en le regardant, il y a quelque chose d'indescriptible. Une émotion sur un visage, le temps qui s'arrête littéralement.
El Cid, ce jour-là à Bayonne, allait couper deux oreilles et la queue à un toro de Victorino Martín. Un moment marquant.
Alors cette photo, forcément, elle transmet et dégage beaucoup de puissance. Un titre juste au-dessus : "Les clameurs se sont tues".
A cette époque-là, El Cid avait tout juste deux ans d'alternative, puisqu'il la prit tardivement en l'an 2000 après une longue carrière de novillero.
Il en était au début de sa grande épopée qui allait le mener vers les sommets du toreo.
Manuel Jesús "El Cid" est un torero à part. Carrière atypique. Des corridas dures, d'autres beaucoup moins, et en fait, un peu de tout si l'on résume. Du tout-terrain.
En 2018, et à l'âge de quarante-quatre ans, El Cid est un torero que plus personne n'attend, et qui à première vue ne semble plus rien avoir à dire dans l'arène. Il faut dire que souvent, dans les derniers grands rendez-vous, il ne s'est jamais passé grand-chose.
Pourtant, dans des arènes secondaires, au moins deux fois cette année – certainement davantage... –, on a pu avoir l'impression de le retrouver sous son meilleur jour. A Osuna au mois de mai, déjà, avec une grande faena à un toro de Miura.
Et l'autre jour à Santoña, dans le Nord de l'Espagne. Une corrida sérieuse de Victorino Martín pour l'arène en question, brave au cheval, encastée, exigeante.
Ce qui est beau est la plupart du temps inattendu, et cela l'était totalement. Un toro de Victorino Martín, et El Cid qui s'avance, déploie la muleta, l'embarque à la seule force de son poignet gauche, le conduit, avec beaucoup de temple. Deux séries. Cette façon de commencer la passe, de la prolonger, puis de la terminer tout en douceur. Inexplicable. Une claque. Et la classe, oui, beaucoup de classe. Des passages que l'on garde en mémoire.

Florent

Riz et sanctuaires

J'ai adoré Calasparra. Tout d'abord la route pour s'y rendre, d'une feria à une autre, de Villaseca de la Sagra à Calasparra. Cette route qui vous fait traverser en diagonale La Mancha, et où l'on peut commencer par une halte à Consuegra, au pied de ses célèbres moulins. Vent léger et frais d'un matin de septembre, horizon désert, pas un touriste : quel pied.
Mais depuis Consuegra, il reste encore 300 bons kilomètres avant d'arriver dans la région de Murcie. Alcázar de San Juan, Tomelloso, Villarrobledo, Albacete, puis Hellín... si l'on continue tout droit, on va à Murcie. Peu après les panneaux d'entrée dans la région, il faut tourner à droite pour aller à Calasparra. Si le paysage est montagneux, l'air et la végétation font tout de suite deviner la proximité de la Méditerranée.
Juste à l'entrée de Calasparra, on peut aller faire un tour au sanctuaire de la Virgen de la Esperanza. Un sanctuaire troglodyte et fascinant. Du haut du sanctuaire, c'est un panorama sur les rizières de Calasparra, qui font la notoriété de la ville.
Les novilladas à Calasparra ne sont qu'à 18h30, et laissent le temps d'errer dans les environs. Jusqu'à Caravaca de la Cruz par exemple, où se trouve une arène, qui n'a pas donné de toros depuis 2015, mais possède une splendide et unique façade rouge, de style "Néomudéjar". Caravaca de la Cruz est située tout près de Cehegín, le fief du vaillant Pepín Liria.
Retour à Calasparra, où hormis celui de la Virgen de la Esperanza, l'autre sanctuaire est la plaza de toros dite "La Caverina". Très coquette, avec du charme, datant de la fin du XIXème siècle, grande pour une arène de novilladas, aux gradins très verticaux, et avec assez peu d'escaliers y menant.
Côté soleil, pour celui qui n'était pas au courant, figure l'inscription "Riz de Calasparra, le meilleur du monde, avec dénomination d'origine".
La feria du riz de Calasparra, qui a toujours lieu du 3 au 8 septembre, est la plus longue d'Espagne en matière de novilladas avec picadors, car il y en a six d'affilée. On pourrait aussi évoquer Algemesí (région de Valencia), mais cette dernière propose des courses avec quatre novillos seulement.
En entrant dans les arènes, les peñas locales distribuent des fascicules intéressants sur la course du jour, dont les novillos ont toujours préalablement couru l'encierro dans les rues le matin.
Le public de Calasparra est à la fois chaleureux, attentif et exigeant. Venu en nombre (bien plus de trois quarts d'arène), le jeudi 6 septembre, il invita les trois novilleros à saluer à l'issue du paseo. Curro Márquez, Maxime Solera et Cristóbal Reyes allaient donc affronter six exemplaires de Prieto de la Cal, avec tous des pelages clairs, devant une forte affluence.
La veille au soir, alors que se terminait à peine la novillada de Dolores Aguirre qu'il toréait à Villaseca de la Sagra, Maxime Solera passait à l'infirmerie afin de faire une évaluation de son genou qui lui cause bien des problèmes depuis le début de saison. A ce moment-là, son entourage faisait grise mine et semblait avoir fait une croix sur les trois novilladas qui restaient à toréer en 2018. Saison terminée, le bulletin du médecin est prêt, et il sera envoyé dès que possible aux organisateurs de Calasparra.
Bien plus tard dans la soirée, finalement, Maxime Solera décida de se rendre à Calasparra, d'honorer ses derniers contrats, et d'aller au bout de l'effort.
Coup de pouce du destin, puisque moins de 24 heures plus tard, il s'offrira une sortie en triomphe des arènes de Calasparra.
La novillada de Prieto de la Cal était bien présentée, et elle fut variée en comportements, avec toujours de l'intérêt. Lidiador, courageux, allant deux fois s'agenouiller face au toril, Maxime Solera a pris l'avantage dès le combat de son premier novillo, face auquel il réalisa une faena vibrante, avec de très bons passages de la main droite comme de la gauche. Face au second, plus arrêté et moins évident, il fut encore très sérieux dans le combat et décrocha un autre trophée après une grande estocade. Son picador Gabin Rehabi avait auparavant été fortement ovationné du fait d'un excellent tiers de piques.
On était là devant le véritable esprit de la novillada, avec des défis, car voyant Solera triompher, Cristóbal Reyes alla lui aussi a portagayola face au dernier Prieto de la Cal, tentant le tout pour le tout. Beaucoup de détermination, mais malheureusement sans résultat à la clé.
Le novillero qui avait ouvert l'après-midi, Curro Márquez, accusa pour sa part énormément de manque de métier et de pratique, et connut une vraie galère.
Quand s'achèvent les novilladas aux arènes de Calasparra, il fait toujours nuit car les neuf heures du soir ont déjà retenti. Cette sortie tardive est entre autres due à la "merienda" après le combat du troisième novillo, où la course s'interrompt, pendant vingt minutes, et où le public ouvre le contenu de sa glacière ou bien se rend au bar situé en haut des gradins.
Des six novilladas de la feria de Calasparra 2018, et sur dix-huit novilleros, deux sont sortis en triomphe. Adrien Salenc face aux Valdellán, et Maxime Solera face aux Prieto de la Cal. Deux français. Certes, il n'y a pas de drapeaux sur les habits des toreros, ni même en piste face au toro, mais cela donne espoir. Comme un joli symbole.

Florent

jeudi 20 septembre 2018

Les arènes du port


Depuis le printemps, j'ai dû changer une vingtaine de fois l'itinéraire de ce petit périple. Le samedi 8 septembre, j'avais prévu d'aller à Béjar, dans la province de Salamanque, qui est l'une des deux plus vieilles arènes d'Espagne et donne toujours une corrida à cette date.
Mais l'annonce à Béjar d'un lot de toros de Vellosino, aussi beau soit l'édifice, avait de quoi refroidir les ardeurs.
En ajoutant à cela que le motel correspondant était modifiable, et que Santoña pour sa part dévoila une affiche avec six toros de Victorino Martín pour El Cid, Juan del Alamo et Saúl Jiménez Fortes, le changement paraissait évident et inéluctable. Béjar, ce sera pour une autre fois.
Santoña, au Nord donc, dans la région de Cantabrie, donne également une corrida chaque 8 septembre, dans le cadre des fêtes de la Virgen del Puerto.
Un véritable régal que de découvrir cette petite ville et ses arènes. Paysage océanique et montagneux à la fois. La plaza de toros qui date de 1907 est au bord de l'eau, à l'entrée du chenal, et pourrait très bien être l'emplacement d'un phare ou d'une capitainerie.
Santoña est située au bout d'une presqu'île que l'on rejoint en traversant un parc naturel. Pour se garer en ce jour de fête, ce n'est pas évident car le territoire de la commune est vraiment petit.
Près des arènes, la promenade en bord de mer rappelle l'Histoire tragique et tumultueuse de l'Espagne. L'avenue qui y mène ainsi qu'un monument imposant sont à la gloire de Luis Carrerro Blanco, amiral né à Santoña, et président du gouvernement sous Franco. Il fut tué par un commando de l'ETA en 1973 à Madrid.
Outre les considérations historiques, Santoña est une cité fort agréable, du fait de son emplacement, et ce paysage est vraiment fabuleux. Aller aux arènes comme si l'on allait prendre un bateau, ou bien à la criée ou à la pêche à pied. Le littoral m'a rappelé celui de La Rochelle et ce qu'aurait (utopiquement) pu être une arène dans cette ville. Au bord de l'eau aussi.
A Santoña, incontournables sont les anchois, produit local par excellence, car il existe plus d'une cinquantaine de conserveries dédiées. Il convient d'en consommer et d'en ramener.
Il faudra revenir aussi un plus tard sur cette corrida fort intéressante de Victorino Martín qui fut proposée ce jour-là.
Les arènes sont assez grandes (environ 5.000 places), et les entrées réalisées sont plus que respectables, car il y avait cette année un quasi-plein malgré les places les moins onéreuses à 45 euros le jour de la corrida.
Avant le paseo, sur les gradins, des jeunes de Santoña scandèrent des "Viva la Virgen del Puerto", à l'occasion de ces fêtes où elle était célébrée, sur terre et sur l'eau.
Une très belle plaza, où la tradition taurine doit absolument être perpétuée. Assis sur les gradins soleil, on peut apercevoir en face au travers d'une porte les navires passer.
Le 8 septembre, Santoña donne très envie d'aller voir des toros en bord de mer...

Florent

mercredi 19 septembre 2018

Toros de pierre et toros de guerre


C'est la vallée du Tiétar, du nom d'une petite rivière qui coule en bonne partie dans la province d'Avila. Par là-bas, vers la source, trois régions sont voisines : Castilla-La-Mancha, Castilla-y-León et Comunidad de Madrid. En tauromachie, cette zone géographique est plus connue sous le nom de vallée de la terreur. Un nom éloquent pour qui s'intéresse aux toros. Synonyme de dureté, de sueur, de démesure et d'après-midi chaotiques. Et des noms de bleds qui vont avec : Cenicientos, Cadalso de los Vidrios, San Martín de Valdeiglesias, Sotillo de la Adrada, Casavieja, La Iglesuela, et bien d'autres.
Pourtant, quand on parcourt son relief prononcé un après-midi de fin d'été, cette région paraît si paisible. Entre Sotillo de la Adrada et El Tiemblo se tient un lieu célèbre qui appartient au territoire de la deuxième de ces deux communes. Ce sont les Toros de Guisando, des toros de pierre, que l'Homme a laissés il y a plus de 2.000 ans. Un endroit historique et source d'inspiration.
Dans la région, forcément, de nombreuses courses sont proposées en saison estivale. Et Sotillo de la Adrada, sur l'affiche de sa feria 2018, présentait une corrida sous forme de défi ganadero, et une novillada annoncée comme "terrorifique", dix-huit ans après la dernière venue de l'élevage de Benjamín Gómez à Sotillo.
Je me suis alors souvenu d'une discussion avec le grand et sympathique aficionado madrilène qu'était Joaquín Monfil, hélas trop tôt disparu, et qui au cours d'une soirée il y a sept ou huit ans, nous avait racontés ses souvenirs de la vallée de la terreur, un endroit qu'il connaissait bien. Parmi ceux-là, il y avait une novillada dantesque de Benjamín Gómez, qui élevait déjà un troupeau d'encaste Santa Coloma dans sa propriété à La Iglesuela. Il connaissait bien le ganadero également, et cette fameuse novillada évoquée avec son castillan chantant, je me demande si ce n'était pas celle-là, d'il y a dix-huit ans à Sotillo de la Adrada... Seul lui aurait pu nous le dire.
L'évocation de cette course, c'était la terreur, la panique, plusieurs fois la sonnerie des trois avis, et le chaos interrompu par la tombée de la nuit.
Vendredi 7 septembre 2018, arènes de Sotillo de la Adrada. Un endroit avec beaucoup de charme. Pas de callejón, mais de nombreux refuges le long de l'enceinte pour les toreros. Un lot volumineux, imposant, avec du trapío, mais pas à ce point "terrorifique" comme pouvait le laisser présager l'affiche. Lors du débarquement le midi dans les petits corrales des arènes, beaucoup de novillos tapèrent et s'abîmèrent les cornes. Il semble y avoir eu de la sélection dans le petit élevage de Benjamín Gómez entre l'époque de la novillada racontée par Joaquín Monfil et celle de l'autre jour.
Car cette course de Sotillo, elle fut vraiment d'un intérêt majeur. Mobile, très brave au cheval, encastée, exigeante, excellente même dans la muleta à condition de s'y mettre et de faire le moins d'erreurs possible. Le troisième novillo, Costurito, numéro 63, fut primé d'un tour de piste amplement mérité.
Seuls cinq novillos de l'intéressante devise de Benjamín Gómez, furent combattus. L'autre novillo appartenait également à un élevage du coin et d'encaste Santa Coloma : Víctor Huertas. C'était un novillo plus petit que ceux de Benjamín Gómez, mais vif et intéressant.
Les trois novilleros à l'affiche cet après-midi là étaient peu connus : José Cabrera, Javier Orozco et Juan Carlos Benítez. Parce qu'il démontra le plus d'envie et le plus de courage, et qu'il resta en piste malgré un énorme accrochage face au dernier, c'est Juan Carlos Benítez qui fut le plus en vue.
Le public, très festif côté soleil, célébra sa sortie en triomphe.
Le lendemain matin, le calme s'était de nouveau emparé de la région. Un endroit qui mérite que l'on s'y attarde. Un beau et grand lac juste après El Tiemblo, avant de prendre la route d'Avila et du Nord...

Florent

mardi 18 septembre 2018

Ville sèche et fête sauvage


Villaseca de la Sagra, province de Tolède, un village de moins de 2.000 habitants. Là-bas, en traversant la rue, ce qu'il y a de plus probable de rencontrer... c'est un toro.
Les toros des encierros du matin, ou bien la monumentale statue qui siège en plein centre du village. Le toro dans toute sa splendeur, érigé sur un socle, et au berceau de cornes admirable.
On arrive à Villaseca de la Sagra comme dans un désert, car autour, l'horizon semble sec et infini, bien que la splendide Tolède soit à un quart d'heure de route à peine.
En 2012 sur les gradins des arènes de Céret, je rencontrai Josue Moreno, jeune aficionado de la province de Tolède. A l'époque, il faisait des recortes avant qu'une blessure ne stoppe son début de carrière, et toréait parfois dans les rues des villages, comme en atteste l'une de ces images où on peut l'apercevoir vêtu d'un maillot bleu et banc. A Villaseca, ce besoin d'adrénaline semble encore le traverser, puisqu'il n'hésite pas à faire des recortes aux toros sur la chaussée.
Mais surtout, Josue a des responsabilités à Villaseca de la Sagra. Cela faisait quelques années qu'il me disait de venir à tout prix voir cette feria de début septembre. A Villaseca, il aide beaucoup dans l'organisation, c'est lui le veedor qui se rend dans les élevages pour choisir les novilladas avec le maire (arènes en gestion directe), gère les corrales, et fait notamment office de "pastor" lors des encierros, en s'assurant avec un bâton du bon trajet aller-retour des novillos à combattre l'après-midi.
C'est une feria de cinq novilladas, et cette année, le choix était une fois de plus particulièrement alléchant pour l'aficionado : Dolores Aguirre, La Quinta, Baltasar Ibán, Cebada Gago et Monteviejo.
Il paraît incroyable qu'une aussi petite municipalité soit en possession d'une telle feria. Mais c'est un choix, car le maire Jesús Hijosa est très aficionado, et les toros sont réellement une politique locale.
Il y en a tout au long de l'année : un bolsín avec des novilleros sans picadors, la feria de novilladas, des encierros, des concours de recortadores, des colloques, des tertulias, etc.
Jesús Hijosa m'expliquait par ailleurs qu'il s'agissait de mettre en lumière la commune. Et cela, on peut dire que c'est particulièrement réussi. La feria attire chaque année plus de monde, et en 2018 l'une des novilladas alla même jusqu'à afficher le "no hay billetes".
Auparavant, il y avait une arène portative à Villaseca de la Sagra. La plaza actuelle, quant à elle, paraît aussi récente que neuve, puisqu'elle date de 2013. Elle est très équipée (infirmerie, corrales, patio de caballos, desolladero, chapelle, bars, etc...) avec même des gradins couverts.
Il y a deux encierros le matin. Le premier avec le lot de novillos à combattre l'après-midi, qui fait un aller-retour entre les arènes et le centre du village. Le second encierro, quelques minutes plus tard, est bien plus périlleux et coupe-gorge, car on lâche un à un trois toros (le premier jour trois Cebada Gago, et le suivant des toros d'élevages différents dont Sagrario Huertas) sur le parcours, les laissant ainsi pendant près de trente minutes. Il convient d'être vigilant, car il peut en arriver des deux côtés.
Le fait majeur dans un jour de feria, c'est bien évidemment la novillada à 18 heures 30. Elles sont très suivies, aussi bien aux arènes qu'à la télé, car la chaîne régionale Castilla-La-Mancha TV les retransmet en direct.
En ouverture, le mercredi 5 septembre, et devant un public plutôt dur et exigeant, c'était un lot fort et très sérieux de Dolores Aguirre qui était proposé. Il s'avéra manso, mobile et difficile. Les Aguirre prirent un total de 18 piques qui auraient dû être davantage, car le président commit l'erreur de changer les tiers alors que certains novillos n'étaient pas suffisamment piqués. La tâche ne fut pas évidente pour les novilleros Fernando Flores, Maxime Solera et Cristóbal Reyes. Le français Solera eut du mérite face à un lot âpre, tandis que Reyes aurait pu obtenir des trophées après de bonnes faenas devant les deux novillos qui affichaient le plus de possibilités. Mais il les perdit malheureusement à cause de l'épée.
Villaseca de la Sagra, en tout cas, a de quoi intriguer.


Florent

lundi 17 septembre 2018

Septembre


Quand tu la regardes d'ici, l'agitation qui existe en Espagne au mois de septembre rend curieux et a de quoi surprendre. Ici, c'est la rentrée des classes, où après le 15 août, l'essentiel de la saison est déjà achevé. Il reste des ferias, certes, mais la saison se termine très vite et les affiches deviennent rares.
Là-bas, dans cette Espagne en fête, tu peux voir des toros toute la journée.
Sur les douze mois de l'année, s'il y en a bien un qui est le plus taurin, c'est celui de septembre.
Et s'il ne devait en rester qu'un seul, cela devrait être celui-là.
Le toro est plus abouti à cette saison, il a passé l'été, c'est là qu'il est le mieux en morphologie, et en comportement aussi. En septembre, les chances de voir de beaux lots de toros ou de novillos sont plus importantes.
Les courses sont très nombreuses, et la liste quotidienne de corridas et de novilladas est impressionnante.
Certes, à la sortie des arènes, la nuit est souvent tombée, mais cette sensation de saison qui bat son plein est fort agréable.
Septembre, aussi, c'est le mois des blessures. Ou bien les toreros sont plus relâchés face aux toros, et se retrouvent en proie au danger, ou bien ils ont tout à jouer, désirant abattre leurs toutes dernières cartes sur le sable.
Sables d'arènes anciennes, et de places de villages où l'on monte scrupuleusement chaque année à la même date un édifice démontable.
Il y a de tout. Cela va des ferias réputées aux courses anonymes. Corridas, novilladas, ou même capeas.
Sur la place principale de la ville ou du village se dresse une arène. Là où toi-même, si l'envie et surtout le courage te prennent, tu peux également aller défier la corne assassine d'un toro de cinq, six ans ou plus. Avec une muleta, une cape, ou bien sans rien dans les mains.
Septembre, avec la profusion de courses, est propice aux découvertes.
Avec l'impression de générations soudées, jeunes et anciens, dans cette fête populaire. A des endroits très différents, géographiquement ou culturellement, mais toujours dans la même Espagne. Enlever cette fête et ces toros semble impensable tellement la chose est ancrée. Sans cela, l'Espagne aurait perdu son visage. Et en voyant tout cet engouement, il paraît difficile qu'un jour tout cela disparaisse...


Florent