lundi 24 septembre 2018

Riz et sanctuaires

J'ai adoré Calasparra. Tout d'abord la route pour s'y rendre, d'une feria à une autre, de Villaseca de la Sagra à Calasparra. Cette route qui vous fait traverser en diagonale La Mancha, et où l'on peut commencer par une halte à Consuegra, au pied de ses célèbres moulins. Vent léger et frais d'un matin de septembre, horizon désert, pas un touriste : quel pied.
Mais depuis Consuegra, il reste encore 300 bons kilomètres avant d'arriver dans la région de Murcie. Alcázar de San Juan, Tomelloso, Villarrobledo, Albacete, puis Hellín... si l'on continue tout droit, on va à Murcie. Peu après les panneaux d'entrée dans la région, il faut tourner à droite pour aller à Calasparra. Si le paysage est montagneux, l'air et la végétation font tout de suite deviner la proximité de la Méditerranée.
Juste à l'entrée de Calasparra, on peut aller faire un tour au sanctuaire de la Virgen de la Esperanza. Un sanctuaire troglodyte et fascinant. Du haut du sanctuaire, c'est un panorama sur les rizières de Calasparra, qui font la notoriété de la ville.
Les novilladas à Calasparra ne sont qu'à 18h30, et laissent le temps d'errer dans les environs. Jusqu'à Caravaca de la Cruz par exemple, où se trouve une arène, qui n'a pas donné de toros depuis 2015, mais possède une splendide et unique façade rouge, de style "Néomudéjar". Caravaca de la Cruz est située tout près de Cehegín, le fief du vaillant Pepín Liria.
Retour à Calasparra, où hormis celui de la Virgen de la Esperanza, l'autre sanctuaire est la plaza de toros dite "La Caverina". Très coquette, avec du charme, datant de la fin du XIXème siècle, grande pour une arène de novilladas, aux gradins très verticaux, et avec assez peu d'escaliers y menant.
Côté soleil, pour celui qui n'était pas au courant, figure l'inscription "Riz de Calasparra, le meilleur du monde, avec dénomination d'origine".
La feria du riz de Calasparra, qui a toujours lieu du 3 au 8 septembre, est la plus longue d'Espagne en matière de novilladas avec picadors, car il y en a six d'affilée. On pourrait aussi évoquer Algemesí (région de Valencia), mais cette dernière propose des courses avec quatre novillos seulement.
En entrant dans les arènes, les peñas locales distribuent des fascicules intéressants sur la course du jour, dont les novillos ont toujours préalablement couru l'encierro dans les rues le matin.
Le public de Calasparra est à la fois chaleureux, attentif et exigeant. Venu en nombre (bien plus de trois quarts d'arène), le jeudi 6 septembre, il invita les trois novilleros à saluer à l'issue du paseo. Curro Márquez, Maxime Solera et Cristóbal Reyes allaient donc affronter six exemplaires de Prieto de la Cal, avec tous des pelages clairs, devant une forte affluence.
La veille au soir, alors que se terminait à peine la novillada de Dolores Aguirre qu'il toréait à Villaseca de la Sagra, Maxime Solera passait à l'infirmerie afin de faire une évaluation de son genou qui lui cause bien des problèmes depuis le début de saison. A ce moment-là, son entourage faisait grise mine et semblait avoir fait une croix sur les trois novilladas qui restaient à toréer en 2018. Saison terminée, le bulletin du médecin est prêt, et il sera envoyé dès que possible aux organisateurs de Calasparra.
Bien plus tard dans la soirée, finalement, Maxime Solera décida de se rendre à Calasparra, d'honorer ses derniers contrats, et d'aller au bout de l'effort.
Coup de pouce du destin, puisque moins de 24 heures plus tard, il s'offrira une sortie en triomphe des arènes de Calasparra.
La novillada de Prieto de la Cal était bien présentée, et elle fut variée en comportements, avec toujours de l'intérêt. Lidiador, courageux, allant deux fois s'agenouiller face au toril, Maxime Solera a pris l'avantage dès le combat de son premier novillo, face auquel il réalisa une faena vibrante, avec de très bons passages de la main droite comme de la gauche. Face au second, plus arrêté et moins évident, il fut encore très sérieux dans le combat et décrocha un autre trophée après une grande estocade. Son picador Gabin Rehabi avait auparavant été fortement ovationné du fait d'un excellent tiers de piques.
On était là devant le véritable esprit de la novillada, avec des défis, car voyant Solera triompher, Cristóbal Reyes alla lui aussi a portagayola face au dernier Prieto de la Cal, tentant le tout pour le tout. Beaucoup de détermination, mais malheureusement sans résultat à la clé.
Le novillero qui avait ouvert l'après-midi, Curro Márquez, accusa pour sa part énormément de manque de métier et de pratique, et connut une vraie galère.
Quand s'achèvent les novilladas aux arènes de Calasparra, il fait toujours nuit car les neuf heures du soir ont déjà retenti. Cette sortie tardive est entre autres due à la "merienda" après le combat du troisième novillo, où la course s'interrompt, pendant vingt minutes, et où le public ouvre le contenu de sa glacière ou bien se rend au bar situé en haut des gradins.
Des six novilladas de la feria de Calasparra 2018, et sur dix-huit novilleros, deux sont sortis en triomphe. Adrien Salenc face aux Valdellán, et Maxime Solera face aux Prieto de la Cal. Deux français. Certes, il n'y a pas de drapeaux sur les habits des toreros, ni même en piste face au toro, mais cela donne espoir. Comme un joli symbole.

Florent

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