mercredi 19 septembre 2018

Toros de pierre et toros de guerre


C'est la vallée du Tiétar, du nom d'une petite rivière qui coule en bonne partie dans la province d'Avila. Par là-bas, vers la source, trois régions sont voisines : Castilla-La-Mancha, Castilla-y-León et Comunidad de Madrid. En tauromachie, cette zone géographique est plus connue sous le nom de vallée de la terreur. Un nom éloquent pour qui s'intéresse aux toros. Synonyme de dureté, de sueur, de démesure et d'après-midi chaotiques. Et des noms de bleds qui vont avec : Cenicientos, Cadalso de los Vidrios, San Martín de Valdeiglesias, Sotillo de la Adrada, Casavieja, La Iglesuela, et bien d'autres.
Pourtant, quand on parcourt son relief prononcé un après-midi de fin d'été, cette région paraît si paisible. Entre Sotillo de la Adrada et El Tiemblo se tient un lieu célèbre qui appartient au territoire de la deuxième de ces deux communes. Ce sont les Toros de Guisando, des toros de pierre, que l'Homme a laissés il y a plus de 2.000 ans. Un endroit historique et source d'inspiration.
Dans la région, forcément, de nombreuses courses sont proposées en saison estivale. Et Sotillo de la Adrada, sur l'affiche de sa feria 2018, présentait une corrida sous forme de défi ganadero, et une novillada annoncée comme "terrorifique", dix-huit ans après la dernière venue de l'élevage de Benjamín Gómez à Sotillo.
Je me suis alors souvenu d'une discussion avec le grand et sympathique aficionado madrilène qu'était Joaquín Monfil, hélas trop tôt disparu, et qui au cours d'une soirée il y a sept ou huit ans, nous avait racontés ses souvenirs de la vallée de la terreur, un endroit qu'il connaissait bien. Parmi ceux-là, il y avait une novillada dantesque de Benjamín Gómez, qui élevait déjà un troupeau d'encaste Santa Coloma dans sa propriété à La Iglesuela. Il connaissait bien le ganadero également, et cette fameuse novillada évoquée avec son castillan chantant, je me demande si ce n'était pas celle-là, d'il y a dix-huit ans à Sotillo de la Adrada... Seul lui aurait pu nous le dire.
L'évocation de cette course, c'était la terreur, la panique, plusieurs fois la sonnerie des trois avis, et le chaos interrompu par la tombée de la nuit.
Vendredi 7 septembre 2018, arènes de Sotillo de la Adrada. Un endroit avec beaucoup de charme. Pas de callejón, mais de nombreux refuges le long de l'enceinte pour les toreros. Un lot volumineux, imposant, avec du trapío, mais pas à ce point "terrorifique" comme pouvait le laisser présager l'affiche. Lors du débarquement le midi dans les petits corrales des arènes, beaucoup de novillos tapèrent et s'abîmèrent les cornes. Il semble y avoir eu de la sélection dans le petit élevage de Benjamín Gómez entre l'époque de la novillada racontée par Joaquín Monfil et celle de l'autre jour.
Car cette course de Sotillo, elle fut vraiment d'un intérêt majeur. Mobile, très brave au cheval, encastée, exigeante, excellente même dans la muleta à condition de s'y mettre et de faire le moins d'erreurs possible. Le troisième novillo, Costurito, numéro 63, fut primé d'un tour de piste amplement mérité.
Seuls cinq novillos de l'intéressante devise de Benjamín Gómez, furent combattus. L'autre novillo appartenait également à un élevage du coin et d'encaste Santa Coloma : Víctor Huertas. C'était un novillo plus petit que ceux de Benjamín Gómez, mais vif et intéressant.
Les trois novilleros à l'affiche cet après-midi là étaient peu connus : José Cabrera, Javier Orozco et Juan Carlos Benítez. Parce qu'il démontra le plus d'envie et le plus de courage, et qu'il resta en piste malgré un énorme accrochage face au dernier, c'est Juan Carlos Benítez qui fut le plus en vue.
Le public, très festif côté soleil, célébra sa sortie en triomphe.
Le lendemain matin, le calme s'était de nouveau emparé de la région. Un endroit qui mérite que l'on s'y attarde. Un beau et grand lac juste après El Tiemblo, avant de prendre la route d'Avila et du Nord...

Florent

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