mardi 18 septembre 2018

Ville sèche et fête sauvage


Villaseca de la Sagra, province de Tolède, un village de moins de 2.000 habitants. Là-bas, en traversant la rue, ce qu'il y a de plus probable de rencontrer... c'est un toro.
Les toros des encierros du matin, ou bien la monumentale statue qui siège en plein centre du village. Le toro dans toute sa splendeur, érigé sur un socle, et au berceau de cornes admirable.
On arrive à Villaseca de la Sagra comme dans un désert, car autour, l'horizon semble sec et infini, bien que la splendide Tolède soit à un quart d'heure de route à peine.
En 2012 sur les gradins des arènes de Céret, je rencontrai Josue Moreno, jeune aficionado de la province de Tolède. A l'époque, il faisait des recortes avant qu'une blessure ne stoppe son début de carrière, et toréait parfois dans les rues des villages, comme en atteste l'une de ces images où on peut l'apercevoir vêtu d'un maillot bleu et banc. A Villaseca, ce besoin d'adrénaline semble encore le traverser, puisqu'il n'hésite pas à faire des recortes aux toros sur la chaussée.
Mais surtout, Josue a des responsabilités à Villaseca de la Sagra. Cela faisait quelques années qu'il me disait de venir à tout prix voir cette feria de début septembre. A Villaseca, il aide beaucoup dans l'organisation, c'est lui le veedor qui se rend dans les élevages pour choisir les novilladas avec le maire (arènes en gestion directe), gère les corrales, et fait notamment office de "pastor" lors des encierros, en s'assurant avec un bâton du bon trajet aller-retour des novillos à combattre l'après-midi.
C'est une feria de cinq novilladas, et cette année, le choix était une fois de plus particulièrement alléchant pour l'aficionado : Dolores Aguirre, La Quinta, Baltasar Ibán, Cebada Gago et Monteviejo.
Il paraît incroyable qu'une aussi petite municipalité soit en possession d'une telle feria. Mais c'est un choix, car le maire Jesús Hijosa est très aficionado, et les toros sont réellement une politique locale.
Il y en a tout au long de l'année : un bolsín avec des novilleros sans picadors, la feria de novilladas, des encierros, des concours de recortadores, des colloques, des tertulias, etc.
Jesús Hijosa m'expliquait par ailleurs qu'il s'agissait de mettre en lumière la commune. Et cela, on peut dire que c'est particulièrement réussi. La feria attire chaque année plus de monde, et en 2018 l'une des novilladas alla même jusqu'à afficher le "no hay billetes".
Auparavant, il y avait une arène portative à Villaseca de la Sagra. La plaza actuelle, quant à elle, paraît aussi récente que neuve, puisqu'elle date de 2013. Elle est très équipée (infirmerie, corrales, patio de caballos, desolladero, chapelle, bars, etc...) avec même des gradins couverts.
Il y a deux encierros le matin. Le premier avec le lot de novillos à combattre l'après-midi, qui fait un aller-retour entre les arènes et le centre du village. Le second encierro, quelques minutes plus tard, est bien plus périlleux et coupe-gorge, car on lâche un à un trois toros (le premier jour trois Cebada Gago, et le suivant des toros d'élevages différents dont Sagrario Huertas) sur le parcours, les laissant ainsi pendant près de trente minutes. Il convient d'être vigilant, car il peut en arriver des deux côtés.
Le fait majeur dans un jour de feria, c'est bien évidemment la novillada à 18 heures 30. Elles sont très suivies, aussi bien aux arènes qu'à la télé, car la chaîne régionale Castilla-La-Mancha TV les retransmet en direct.
En ouverture, le mercredi 5 septembre, et devant un public plutôt dur et exigeant, c'était un lot fort et très sérieux de Dolores Aguirre qui était proposé. Il s'avéra manso, mobile et difficile. Les Aguirre prirent un total de 18 piques qui auraient dû être davantage, car le président commit l'erreur de changer les tiers alors que certains novillos n'étaient pas suffisamment piqués. La tâche ne fut pas évidente pour les novilleros Fernando Flores, Maxime Solera et Cristóbal Reyes. Le français Solera eut du mérite face à un lot âpre, tandis que Reyes aurait pu obtenir des trophées après de bonnes faenas devant les deux novillos qui affichaient le plus de possibilités. Mais il les perdit malheureusement à cause de l'épée.
Villaseca de la Sagra, en tout cas, a de quoi intriguer.


Florent

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