mardi 23 octobre 2018

Goyesques

Si l'on demandait à une personne ne se passionnant pas pour la tauromachie de citer des arènes d'Espagne, l'une des premières sur la liste serait celle de Ronda. Si c'est loin d'être la plus grande en capacité, elle est à la fois l'une des plus anciennes et bénéficie d'une très grande notoriété.
Et il est vrai qu'entrer dans la plaza de Ronda, s'arrêter de longues minutes sur ses vieilles pierres, cela fait quelque chose.
Célèbre dans la continuité, car la date de sa corrida goyesque, en septembre, est inscrite et perpétuée depuis longtemps dans le calendrier. Pourtant, c'est à Saragosse qu'eut lieu la toute première corrida goyesque, en 1927. Les évocations du peintre, né à Fuendetodos, au Sud de Saragosse, sont nombreuses dans la ville, avec notamment une statue près de la basilique du Pilar.
Les corridas goyesques qui sont encore organisées aujourd'hui s'éloignent parfois complètement de leur objet initial : rendre hommage à Goya. Mais il faut admettre la réussite de certaines d'entre elles. À Ronda, et à Arles aussi, entre autres, car c'est un grand succès au niveau des guichets.
Mais une goyesque est devenue davantage un événement social qu'une corrida. Là où le public se précipite, où le décor est privilégié aux toros, et où parfois, voire même souvent, c'est un peu surfait avouons-le.
Pourtant, en regardant les clichés d'Antonio Ordóñez dans ses arènes de Ronda, pour sa corrida goyesque, il y a quelque chose de puissant qui se dégage. Une véritable identité.
Les goyesques d'aujourd'hui, même si les décors peuvent être novateurs et spectaculaires, possèdent généralement un contenu qui est déjà attendu. Des toreros vedettes, des toros pas trop dérangeants, beaucoup de générosité, de la musique avec plus ou moins de bon goût, et bien sûr des trophées et du triomphalisme. Et ce n'est pas récent.
La formule ne changera certainement pas, car elle attire du monde et c'est souvent une valeur sûre pour plusieurs arènes.
Mais parce qu'elles sont censées évoquer Goya et son époque, il y a de quoi se dire que les goyesques de maintenant ne font que la moitié du chemin. Il y a des choses qui ne collent pas.
Certes, les différentes interprétations des corridas goyesques peuvent être intéressantes.
Mais cela pourrait être l'occasion d'une corrida complètement différente. Des vedettes et leurs cuadrillas à l'affiche, face à des toros d'élevages réputés difficiles, âgés, invendus de l'année précédente, flirtant avec les six ans.
Des tiers de piques à l'opposé des courses que les vedettes affrontent habituellement à longueur de saison. Des toros difficilement toréables. Des sauts à la garrocha de la part de subalternes pour commencer les combats. Des faenas courtes, très courtes, entre zéro et dix passes. Puis lever l'épée, et passer au toro suivant.
Un surprenant décor, des toros durs, des combats courts. Et l'occasion pour ceux qui écrivent sur le sujet d'affirmer qu'ils ont enfin au travers d'une corrida goyesque vécu un après-midi d'un autre âge.

Florent

samedi 20 octobre 2018

La Isla Mínima


C'est dans ce fabuleux décor que les personnages de Don Salluste et Blaze, respectivement incarnés par Louis de Funès et Yves Montand, furent enfermés dans l'arène et malmenés par un toro, après avoir livré une mythique bataille d'assiettes volantes. C'était dans le film "La Folie des grandeurs", sorti sur les écrans en 1971. Il y a bientôt cinquante ans !
Plus récemment aussi, il y eut un thriller espagnol, avec pour nom "La Isla Mínima" et tourné dans les environs.
La Isla Mínima del Guadalquivir, c'est une propriété magnifique située entre Séville et le Parc national de Doñana, avec des marécages tout autour.
Il y a peu de temps encore, des toros étaient élevés sur ces terres, et porteurs de deux fers différents : Herederos de José María Escobar et Mauricio Soler Escobar. L'élevage de José María Escobar avait par ailleurs la particularité d'être le seul avec celui de Miura à posséder deux devises différentes : une pour Madrid, et une pour la province.
En arrivant à La Isla Mínima ce jour-là, il était surprenant de croiser le mayoral habillé comme pour les grands rendez-vous, comme si ce jour-là l'écusson de la maison allait faire un combattre un lot dans une arène importante. Tenant son cheval par la bride, en fait, le mayoral s'était ainsi vêtu dans l'attente d'un groupe de touristes qui allait plus tard arriver et visiter la propriété. Pour le folklore.
Avec un fort et incomparable accent andalou, le mayoral expliquait qu'il n'y avait plus de toros dorénavant en ces lieux. Mais il évoquait tout de même la novillada de Céret en 2012 et la corrida de Vic-Fezensac en 2013, où il s'était rendu à chaque fois.
Cinq ans plus tard, plus une corne. Seulement des vestiges et des souvenirs, entre les murs de ce qui est certainement l'une des plus belles fincas d'Espagne.

Florent

jeudi 18 octobre 2018

Prieto de la Cal aux reflets d'or


Souvent, quand ils foulent le sable des arènes, les superbes toros de Prieto de la Cal ont fait un long voyage. Pour s'en assurer, il faut aller jusque là-bas, tout près de Huelva, entre les villages de Niebla et San Juan del Puerto. La propriété dite de "La Ruiza" est située à cet endroit-là. Ah oui ! Effectivement, cela fait bien loin des arènes où est prisé cet élevage. Car on est en Andalousie, à l'Ouest, vers le Portugal. Et pourtant, il est rarissime de voir le nom de Prieto de la Cal à l'affiche d'une grande arène de la région. Souvent, ces toros-là sont combattus ailleurs, loin, très loin.
Le long de la route, on devine les toros à leurs silhouettes multicolores. De l'autre côté, la propriété est bordée par le Río Tinto, une rivière à la couleur si particulière, que l'on peut notamment apprécier au pied du pont romain de Niebla.
Les Prieto de la Cal, en fait, sont prisés par une petite parcelle de l'afición. Tout le monde, pourtant, connaît ce nom dans le monde de la tauromachie. Mais beaucoup préfèrent l'ignorer, voire pire, le dénigrer. Il y a quelques années, un site taurin des plus fréquentés avait écrit, à propos d'une course de Prieto : "Jolis pour la photo... et pour l'abattoir". Cela montre un peu le niveau.
Et pourtant, cette année, les Prieto de la Cal ont vraiment fait une très belle saison. Loin des grandes arènes, loin de la France aussi, où ils venaient régulièrement au cours des saisons précédentes.
Le toro de Prieto de la Cal fascine de par son aspect, et plus largement de par sa variété, en robes et en comportements. Toro ancestral auquel on s'attache et que l'on aime suivre, comme se plaît à les suivre leur patron, Don Tomás Prieto de la Cal, qui a commencé très jeune l'aventure de ganadero.
L'entrée en piste d'un toro de Prieto de la Cal peut procurer à elle seule quelque chose d'extraordinaire. Comme c'est beau un Prieto...
Mais au-delà de leur aspect extérieur, on doit remarquer que leur saison écoulée a été un succès.
Si les deux lots destinés aux corridas ont par pur hasard été combattus le même jour, 15 août, à Roa de Duero (province de Burgos) et Tafalla (Navarre), celui de Tafalla a donné satisfaction, avec plusieurs toros combatifs à la pique et encastés. Il y avait un peu de tout dans ce lot, mais avec des choses fort intéressantes. Le matador Joselillo avait touché le plus suave d'entre eux, ce qui lui permit de dessiner une bonne faena, relâchée, avec de beaux passages de la main gauche.
Le matin, déjà, dans les rues de Tafalla, les Prieto de la Cal avaient offert un encierro mouvementé et spectaculaire. Ce sont eux qui remportèrent le prix mis en jeu dans cette feria, tout comme à Pedrajas de San Esteban (province de Valladolid) une semaine plus tard, dans le cadre d'une feria de novilladas.
À cet échelon, la saison 2018 de l'élevage a même été plus que complète car il y eut un lot de novillos intéressant à Lodosa, toujours en Navarre. Et puis, bien sûr, au mois de septembre, la course de Calasparra, qui est l'une des plus importantes ferias de novilladas. Un lot avec six exemplaires aux pelages clairs, et offrant un après-midi passionnant de bout en bout.
La saison se termina quelques semaines plus tard, à Saragosse, une grande arène cette fois, avec un toro destiné à une corrida-concours. Un toro de belle apparence, mais qui était largement dépassé en qualité par plusieurs congénères combattus le 15 août à Tafalla.
Les toros de Prieto de la Cal, souvent, sont destinés à des arènes secondaires, loin de la fureur des grandes ferias. Mais il ne faut pas les perdre de vue. Ils ont une histoire, un caractère, et plein de couleurs.

Florent

mercredi 17 octobre 2018

Le col d'Ares


Pour s'y rendre, c'est à Céret que commence l'ascension et la route de montagne. Céret que l'on connaît, et où l'on aime chaque année se rendre au mois de juillet. Les paysages sont jolis, à Amélie-les-Bains, Arles-sur-Tech, Prats-de-Mollo, tout cela du côté du département des Pyrénées-Orientales.

Puis l'arrivée au col d'Ares, à 1.500 mètres d'altitude, un lieu historique à bien des égards, parfois tragiques. De là, on a une vue imprenable sur le Canigou.
Le col d'Ares marque la frontière, et à peine quelques kilomètres après se situe le village de Camprodon. Au calme, loin de toutes les actualités, des secousses du débat sur la Catalogne, ou sur la tauromachie que beaucoup dans cette région disent ne pas voir en peinture. Et pourtant, s'il n'y a plus de corridas, des courses de taureaux, que l'on appelle ici "correbous", dans le Sud de la Catalogne, il y en a encore plein.
À Camprodon, le maître des lieux, c'est Andrés Moreno, ancien matador de la fin des années 70 et des années 80.
En ces lieux retirés, il possède un petit élevage au nom de ses filles, Alicia et Verónica.
Andrés Moreno est sincère sur le type du toro qu'il recherche, et sa démarche dénote. La génétique, les origines, il s'en fout ! Il a par ailleurs du Coquilla, du Buendía, du Domecq... et n'hésite pas à les mélanger. Ce qui lui plaît, c'est un toro au gabarit modeste, vif, agressif, mobile. Cela lui rappelle certainement l'époque de ses débuts dans l'arène, où ce genre d'animal existait davantage qu'aujourd'hui.
À ma grande surprise, la première visite près des bêtes... se fit à pied. Avec le relief et de nombreux arbres, il y a de quoi avoir une petite sécurité que n'offrirait pas un campo en plaine. Puis en 4X4 ensuite, au milieu de cet endroit improbable, incroyable. Des toros, dans les Pyrénées, à 1.500 mètres d'altitude, dans une région hostile à la corrida. Et puis, il y a la proximité de cet ancien torero avec ses bêtes.
Au retour, la route à emprunter est différente de celle de l'aller. De nuit, passer par Olot et Figueres est bien plus commode. Le temps de repenser aux mille anecdotes d'Andrés Moreno. Parmi elles, une novillada d'été dans les années 70 à Céret. Ce jour-là, il toréait avec Morenito de Maracay, que le public était venu voir. Dans une putain d'ambiance, avant même que ne commence la course, il raconte que les gens scandaient "Maracay ! Maracay !".
Qu'il soit sur le devant de la scène, vedette, artiste, ou spécialiste des corridas dures, pour Andrés Moreno, ce qui est primordial chez un torero, ce sont les attributs. Un torero sans courage, dit-il, cela n'a jamais existé.


Florent










dimanche 14 octobre 2018

Aguilar


Hier à Illescas, dans la province de Tolède, Alberto Aguilar a enfilé pour la dernière fois un costume de lumières. Pas de tournée d'adieux pour lui, car c'était seulement la troisième corrida de sa saison 2018 en Europe, après Alès et Madrid au mois de mai.
Il est contraint d'arrêter sa carrière à cause des séquelles d'un coup de corne reçu il y a maintenant cinq ans en Colombie.
On aurait aimé le voir avec une dernière temporada un peu plus fournie, et il est vrai que les blessures ne l'ont pas épargné.
Point commun avec d'autres toreros, après un passage à vide, c'est en France qu'Alberto Aguilar a relancé sa carrière.
Pour lui, c'était il y a dix ans, à l'été 2008. Avec seulement deux cartouches, deux corridas sérieuses, une de Victorino Martín à Beaucaire et une de Jean-Louis Darré à Vic-Fezensac. Deux succès et deux sorties en triomphe. C'est son apoderado de l'époque, l'ancien matador français Stéphane Fernández Meca, qui est parvenu à le faire revenir de l'oubli.
Début 2009, pas de chance pour Alberto Aguilar, avec une blessure au genou qui lui bousilla complètement la saison, le laissant inactif jusqu'au mois de septembre.
Mais en 2010, enfin, et avec patience, sa carrière put prendre le rythme qu'elle méritait. Pas loin d'un grand chelem cette année-là en France dans les arènes toristas : grand triomphe devant les toros de Palha à Vic-Fezensac, tout près d'un immense succès à Céret face aux Escolar Gil (peut-être la meilleure faena en France de toute sa carrière face au toro "Cuidadoso", qu'il avait dédié à Jean-Jacques Baylac...), et combat épique avec un terrible toro de Prieto de la Cal à Saint-Martin-de-Crau.
Des succès, il y en eut bien d'autres plus tard, en France ou dans de grandes arènes espagnoles. Que ce soit Dax, Valencia ou Madrid...
Discrète saison d'adieux pour un torero que l'on a apprécié et qui a laissé de très grands souvenirs face aux corridas dites "dures".


Florent

mardi 9 octobre 2018

Le banc de Colmenar


En passant par là, un peu par hasard. Colmenar de Oreja, au Sud de la région de Madrid, quasiment à la limite avec la province de Tolède. À la découverte de cette typique place de village de Castille, sans pour autant s'attendre à y voir l'arène installée.
L'affiche, placardée sur les murs aux alentours, n'avait été publiée nulle par sur Internet. Pourtant, elle l'assurait : corrida à Colmenar de Oreja et sur cette place le samedi 8 septembre. Une façon de redécouvrir les cartels à l'ancienne, dans la rue. Ni sur un journal, ni sur les réseaux.
Le 8 septembre est l'un des jours plus taurins de l'année en Espagne avec le 15 août, et il y a plus que l'embarras du choix.
D'autres villes existent en Espagne portant le nom de Colmenar, dont la traduction signifie le rucher.
Dans cette arène de Colmenar de Oreja, montée sur la place, on peut apercevoir un banc en contre-piste.
Cela rappelle que dans de nombreuses arènes, en piste où en callejón, il y a des obstacles. Inamovibles, comme des fontaines, des bancs, des trottoirs, ou même des arbres.
En parlant de fontaines, il existe encore quelques places en Espagne où il y en a une au centre de la piste. Et d'anciens toreros ou maletillas diront à ce propos qu'elles leur ont sauvé la vie plus d'une fois pour échapper aux griffes et aux cornes de vieux toros roublards, dans les capeas. Salvatrices.
Le curieux banc, ici, doit faire office d'escabeau et permet de mieux voir. Plein de détails.
À m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi... Il est quand même plus sympa celui de Colmenar de Oreja.


Florent




lundi 8 octobre 2018

Figures de la tauromachie


Ce mois de septembre écoulé aura été particulier pour les toreros d'Arles. La retraite annoncée de Juan Bautista, après quasiment vingt ans d'alternative d'une carrière très fournie. Celle de Mehdi Savalli aussi, qui a décidé de devenir banderillero. Des adieux sur lesquels il faudra revenir.
Et le 1er septembre, aux arènes de Bayonne, Thomas Joubert frôlait le pire après avoir reçu un terrible coup de corne.
Rares sont les figures de la tauromachie, et il n'y a pas d'entité qui puisse décider d'un tel statut. Seulement le temps. Même si aujourd'hui, une figure de la tauromachie, on ne sait plus très bien à quoi cela correspond, ni même qui peut revendiquer l'être. Il n'empêche que ce rêve traverse toute une profession... qui se raccrochera toujours, même après de nombreuses années d'alternative, à l'éventualité de l'être.
Le 1er septembre à Bayonne, en voyant Thomas Joubert déployer sa cape devant le premier toro de Robert Margé, on aurait pu penser qu'il s'agissait d'une corrida de figures.
Attitude, personnalité, demi-véronique admirable, des chicuelinas en marchant lentement pour emmener le toro au cheval, un quite engagé mais stoïque, et un début de faena par statuaires. Cette capacité à rester calme et à bien toréer.
Mais ce n'était pas une corrida de vedettes, plutôt une corrida de l'opportunité, avec six jeunes matadors qui n'en ont pas tant que cela. Situations variables et parfois délicates des toreros à l'affiche.
Et puis, la corne dévie du tracé de la muleta, et vient se figer en haut de la cuisse. Vint alors le silence avant le murmure. Oui, c'est très grave.
On connaissait de Thomas Joubert cette façon de s'offrir face au toro, avec engagement et légèreté, et aussi beaucoup de pureté. Il mène une carrière aux opportunités bien trop rares. Et en le voyant sur une affiche, on se dit qu'on aimerait le voir plus souvent.
D'autres diront qu'il s'agit là du fantasme de deux ou trois suiveurs. Mais non, il y a vraiment chez Thomas Joubert une pureté et quelque chose à part. Des trucs qui ne s'expliquent pas, comme un titre "Raimbaud torero" de Zocato dans le journal Sud-Ouest en 2008, pour commenter les débuts avec picadors de Thomas Joubert dans les arènes gersoises de Riscle. Il s'annonçait alors "Tomasito".
Cette admirable façon de vouloir toréer relâché, les cornes des toros l'ont emportée plusieurs fois. A Millas et à Madrid en novillada, à Arles le jour de l'alternative, à Nîmes, à Bayonne... La malchance et le prix d'une certaine vision de la tauromachie.
Pourtant, pour sûr, il reviendra. On ne sait dans quelles circonstances, ni avec quelles opportunités, mais il reviendra, et il le faut.
Pour être figure de la tauromachie, il faut un sacré entourage, de la personnalité, de la maîtrise, de la force technique, de la régularité... mais surtout, beaucoup de chance.

Florent

(Photo de Philippe Latour)

vendredi 5 octobre 2018

Zapato de Oro


"Y el diestro que ha triunfado, se lleva el Zapato de Oro", dit la fin du refrain du pasodoble "feria taurina de Arnedo", repris par le public à chaque fois que l'harmonie locale le joue, le plus souvent pendant des faenas.
Arnedo, en Rioja, est la feria de novilladas la plus célèbre de ces trente dernières années. Le novillero qui en est le triomphateur remporte donc le fameux trophée, qui vaut une petite fortune, car c'est un soulier en or massif. La spécialité d'Arnedo, c'est la fabrication de chaussures.
Jusqu'à la fin de l'année 2009, il y avait au bout du Paseo de la Constitución un petit bijou, une arène très coquette datant de 1903, et d'une capacité d'un peu moins de 2.000 places. Pendant la feria de fin septembre / début octobre, pour les fêtes de San Cosme y San Damián, énormément de toreros devenus ensuite célèbres y sont passés. Certains ont remporté le Zapato de Oro, tandis que d'autres non, car ce ne sont pas toujours les favoris qui y ont été consacrés.
Les premiers trophées du Zapato de Oro ont été remis au début des années 70, mais la forme actuelle de la feria remonte à 1979. Cette année-là, dans l'ancienne plaza, c'est Richard Milian qui avait gagné le trophée.
Malheureusement, de cette arène où l'on était à l'étroit mais où régnait une grande ambiance, il ne reste plus que deux portes. C'est un projet immobilier qui a remplacé l'arène, et qui par ailleurs, huit ans après, est encore en travaux. Vision d'une Espagne qui a connu la crise de plein fouet.
Cette arène abritait ainsi la plus célèbre des ferias de novilladas, aujourd'hui concurrencée – voire dépassée... – par d'autres qui font les choses bien et attirent chaque année de plus en plus de monde. Arnedo ne semble malheureusement plus un leader en la matière.
Au début de l'année 2010, les nouvelles arènes d'Arnedo ont été inaugurées avec une corrida au cartel fort : Julio Aparicio, José Tomás et Diego Urdiales face à des toros d'El Pilar. Des prix exorbitants ce jour-là, mais le plein assuré.
Les nouvelles arènes, d'une capacité de 6.000 places, modernes, avec une toiture amovible, sont certes plus spacieuses et plus commodes que les précédentes, mais beaucoup plus froides et sans ressemblance aucune.
D'ailleurs, une novillada faisant le plein dans l'ancienne plaza, ce serait aujourd'hui un tiers ou un quart d'arène.
Du fait de l'arrivée de la nouvelle arène, et bien que le format de feria soit identique avec cinq novilladas, Arnedo a complètement changé. Ce n'est plus la même identité, ni la même ambiance.
Il faut dire aussi qu'il y a maintenant moins de novilladas chaque saison, et que les novilleros qui viennent toréer à Arnedo ont moins de chance d'être en vue comme les stars de l'époque. Car il est rare aujourd'hui de trouver des figuras dans les novilladas.
Si désormais les entrées enregistrées aux arènes sont décevantes, Arnedo maintient toujours cette feria. Peut-être qu'un effort au niveau torista permettrait de faire venir davantage de monde. Cette année, c'est l'élevage de José Escolar Gil qui a obtenu les prix mis en jeu. Tandis que d'autres novilladas, comme celle de Casasola combattue le lundi, ont été des désastres. Avec un tiers de piques limité à sa plus simple expression.
C'est le portugais João Silva "Juanito" qui a remporté le Zapato de Oro, après avoir affronté le dimanche les novillos d'Escolar. Le mardi, face à un lot de Fernando Peña de peu de forces et aux comportements différents, les trois novilleros à l'affiche auraient également pu y prétendre : Rafael González, Francisco de Manuel et Manuel Diosleguarde.
Certes, le rayonnement d'Arnedo ne sera plus jamais le même qu'avant, comme si l'apogée était passée. Mais à voir cette feria de novilladas, et tous les événements qui y sont organisés au cours de la journée, en faisant par exemple découvrir la tauromachie aux enfants, on se dit qu'elle mérite d'être maintenue longtemps encore.


Florent