lundi 8 octobre 2018

Figures de la tauromachie


Ce mois de septembre écoulé aura été particulier pour les toreros d'Arles. La retraite annoncée de Juan Bautista, après quasiment vingt ans d'alternative d'une carrière très fournie. Celle de Mehdi Savalli aussi, qui a décidé de devenir banderillero. Des adieux sur lesquels il faudra revenir.
Et le 1er septembre, aux arènes de Bayonne, Thomas Joubert frôlait le pire après avoir reçu un terrible coup de corne.
Rares sont les figures de la tauromachie, et il n'y a pas d'entité qui puisse décider d'un tel statut. Seulement le temps. Même si aujourd'hui, une figure de la tauromachie, on ne sait plus très bien à quoi cela correspond, ni même qui peut revendiquer l'être. Il n'empêche que ce rêve traverse toute une profession... qui se raccrochera toujours, même après de nombreuses années d'alternative, à l'éventualité de l'être.
Le 1er septembre à Bayonne, en voyant Thomas Joubert déployer sa cape devant le premier toro de Robert Margé, on aurait pu penser qu'il s'agissait d'une corrida de figures.
Attitude, personnalité, demi-véronique admirable, des chicuelinas en marchant lentement pour emmener le toro au cheval, un quite engagé mais stoïque, et un début de faena par statuaires. Cette capacité à rester calme et à bien toréer.
Mais ce n'était pas une corrida de vedettes, plutôt une corrida de l'opportunité, avec six jeunes matadors qui n'en ont pas tant que cela. Situations variables et parfois délicates des toreros à l'affiche.
Et puis, la corne dévie du tracé de la muleta, et vient se figer en haut de la cuisse. Vint alors le silence avant le murmure. Oui, c'est très grave.
On connaissait de Thomas Joubert cette façon de s'offrir face au toro, avec engagement et légèreté, et aussi beaucoup de pureté. Il mène une carrière aux opportunités bien trop rares. Et en le voyant sur une affiche, on se dit qu'on aimerait le voir plus souvent.
D'autres diront qu'il s'agit là du fantasme de deux ou trois suiveurs. Mais non, il y a vraiment chez Thomas Joubert une pureté et quelque chose à part. Des trucs qui ne s'expliquent pas, comme un titre "Raimbaud torero" de Zocato dans le journal Sud-Ouest en 2008, pour commenter les débuts avec picadors de Thomas Joubert dans les arènes gersoises de Riscle. Il s'annonçait alors "Tomasito".
Cette admirable façon de vouloir toréer relâché, les cornes des toros l'ont emportée plusieurs fois. A Millas et à Madrid en novillada, à Arles le jour de l'alternative, à Nîmes, à Bayonne... La malchance et le prix d'une certaine vision de la tauromachie.
Pourtant, pour sûr, il reviendra. On ne sait dans quelles circonstances, ni avec quelles opportunités, mais il reviendra, et il le faut.
Pour être figure de la tauromachie, il faut un sacré entourage, de la personnalité, de la maîtrise, de la force technique, de la régularité... mais surtout, beaucoup de chance.

Florent

(Photo de Philippe Latour)

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