samedi 3 novembre 2018

Mehdi de Barriol


Au mois de septembre, quelques jours après avoir toréé sa seule corrida de l'année 2018, l'arlésien Mehdi Savalli a annoncé qu'il mettait un terme à sa carrière de matador de toros. Son seul paseo, ce fut à Boujan, face à quatre toros des frères Gallon, dont un qu'il piqua, banderilla, toréa et estoqua lui-même.
Il est curieux de voir que l'annonce de sa retraite (pour devenir banderillero) ait été expédiée bien trop souvent en deux ou trois lignes, alors que son parcours mérite bien plus d'attention.
Quand la France taurine le découvre, il n'a pas encore l'âge de porter le costume de lumières. C'était sur Canal Plus France, à l'époque où la chaîne cryptée diffusait des émissions consacrées à la corrida. On pouvait découvrir Mehdi, 11 ans, tout jeune élève de l'école taurine d'Arles, et résidant dans le quartier populaire de Barriol. En voyant sa détermination, et l'envie de se donner pleinement pour la tauromachie, sous les yeux inquiets de sa mère, il y avait de quoi se dire que forcément on le reverrait un jour, dans une arène et non plus sur un écran.
Et le jeune Mehdi qui s'entraînait au toreo au pied de l'immeuble, a persévéré.
Une carrière courte mais intense en novilladas avec picadors, avec 76 paseos en un an et demi, un chiffre qui serait impossible à atteindre aujourd'hui. Et des succès partout, en France, dans le Sud-Est comme dans le Sud-Ouest, et en Espagne bien entendu. Avec comme recette de cette réussite une envie débordante, la présence dans tous les tiers, et des banderilles spectaculaires. Un vrai novillero.
Et puis, aussi, il faut dire que le destin de Mehdi Savalli a été médiatisé à ce moment-là, parvenant à sortir hors du circuit fermé des aficionados, ce qui n'est pas si fréquent. On put voir de lui des reportages dans la presse écrite et même dans les journaux télévisés. Ce n'est pas rien.
Il faut rappeler aussi qu'il est issu de l'école taurine d'Arles, qui a fêté cette année ses trente ans, et a fait sortir depuis sa création plus de dix matadors d'alternative.
Souvent, en tauromachie, ceux qui réussissent en novilladas ont plus de mal à se faire une place à l'échelon supérieur. Ce n'est pas une nouveauté et les exemples sont nombreux.
Mehdi Savalli a pris l'alternative chez lui à Arles en septembre 2006. Des difficultés, il en eut au début de sa carrière de matador, en écoutant par exemple trois avis l'année suivante à Vic-Fezensac.
Dirigé vers les corridas dures, son plus haut fait d'armes, sûrement, ce furent les deux oreilles obtenues à Arles à un toro de Victorino Martín en 2009, pour ce qui était sa première corrida avec Denis Loré en tant qu'apoderado. Quelques semaines plus tard, il coupa les deux oreilles d'un toro de Miura à Istres.
Mais la concurrence dans ce créneau des corridas dures était sacrément rude, à une époque où il y avait sur le même tableau El Fundi, Juan José Padilla, Rafaelillo, Fernando Robleño, Javier Castaño, Alberto Aguilar, David Mora, etc...
Le milieu taurin ne lui a pas non plus fait de cadeau. Et l'on peut s'étonner qu'il n'ait toréé qu'une seule fois comme matador en Espagne durant toute sa carrière. Portes fermées, ce qui est quand même incroyable.
Mais par afición, quand les contrats se faisaient rares, Mehdi Savalli s'envolait pour le Pérou afin de toréer.
Aujourd'hui, il a décidé de devenir banderillero, et semble avoir les qualités pour cela. D'ailleurs, ces dernières années, on remarquait chez lui une attention dans la lidia, et un véritable compañerismo, cette solidarité pour tous les autres hommes en piste.
Son année faste, certainement, fut 2005, pour ses débuts avec picadors. En fin de saison, il coupa deux oreilles à un María Luisa Domínguez Pérez de Vargas à Algemesí.
Et quelques jours plus tard, il prenait part à la prestigieuse feria d'Arnedo, où figuraient aussi Paco Ureña, Alejandro Talavante, David Mora, Alberto Aguilar, Daniel Luque, Pepe Mora, Joselito Adame...
Mais c'est Mehdi Savalli, qui après avoir coupé quatre oreilles à une novillada de Fuente Ymbro, souleva le trophée du Zapato de Oro.
La tradition à Arnedo veut qu'après chaque course, à l'hôtel Virrey, les trois novilleros de l'après-midi soient invités pour la tertulia, ce qui se fait encore aujourd'hui. On m'a raconté récemment une anecdote sur ce soir-là de 2005.
Mehdi Savalli, pas encore vingt ans, était invité à la tertulia après son triomphe, mais connaissant seulement quelques mots d'espagnol. Son mentor Paquito Leal officiait à ses côtés comme traducteur. Mais, au moment de prendre la parole, il se leva, et dans un espagnol approximatif lança "Mi, dos cojones. Mi, nunca olvidaré Arnedo. Mi, quiero ser torero". Tout le monde avait compris, et les gens l'acclamèrent. Être torero, c'est quelque chose que Mehdi Savalli, qui est parti de loin, a accompli. Et il peut en être fier.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Mehdi Savalli dans le tunnel des arènes d'Arles, en 2016)

2 commentaires:

  1. Bonsoir,
    Mehdi SAVALLI est peut-être passé à côté d'une carrière honorable à cause aussi de son entourage qui l'a très mal conseillé à ses débuts en corrida.
    Je le suivais un peu à cette époque. J'étais présent dans les arènes de Nimes le dimanche de Pentecôte 2007. Il avait les faveurs du public; la corrida ne se passe pas comme il l'aurait souhaité. C'est alors qu'il demande la sortie d'un toro de regalo. Simon CASAS s'y oppose. Ce 7° toro sortira quand même...
    Quelques semaines plus tard, Bayonne, corrida du dimanche des fêtes. Les gradins sont totalement remplis, le public est festif.
    Je ne me rappelle plus qui est au cartel avec Mehdi. Celui-ci coupe une oreille; le public réclamera une deuxième oreille que le Président refusera légitimement.
    Malgré cette unique oreille coupée, Mehdi sortira anti règlementairement à hombros; notamment par Paquito Leal.
    A partir de là sa carrière a été terminée; il n'a jamais remis les pieds à Nimes, il n'est jamais revenu à Bayonne; deux arènes qui l'auraient de nouveau engagé sans ces deux grosses erreurs de jeunesse.
    J'ai toujours éprouvé de la sympathie pour ce torero, mais il me paraissait toutefois important de rappeler certains faits explicatifs.
    Cordialement.
    Beñat

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  2. A un moment donné la motivation ne fait pas tout. Je l'ai vu a ales se prendre le bec avec le public alors qu'il était blesse a un poignet et il ne pouvait donc pas tuer son taureau. Il demandait aux personnes presentes dans l assistance de venir le faire. Ça a été sa dernière a ales. De plus on sait que le monde du mundillo est complexe et effectivement il ne devait pas rentrer dans les standards
    Cordialement

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