mercredi 19 décembre 2018

Miraculé


L'histoire a vocation à se répéter. Toujours différemment, mais avec parfois bien des similitudes.
Dans les arènes, les graves coups de corne sont des faits qui marquent une saison. Ils sont le prix de l'engagement des toreros et de leur dur métier.
Cet automne, l'équipe médicale des arènes de Bayonne a été honorée à de multiples reprises pour avoir sauvé Thomas Joubert après une gravissime blessure lors de la corrida de Robert Margé du 1er septembre.
C'est souvent ainsi. Un après-midi d'été, ensoleillé, qui bascule. L'impression d'un ciel qui s'obscurcit. La blessure est grave, très grave. Comme celle de Thomas Joubert à Bayonne, la plaza de toros la plus à l'Ouest sur la carte de France.
En remontant dans les archives, on remarque des fois que certaines histoires ont été oubliées, alors qu'elles mériteraient d'être plus souvent évoquées.
En 1998, il y a vingt ans, la France avait été championne du monde pour la première fois. Et dans le même été, un autre matador avait reçu un très grave coup de corne dans une arène française. Cette fois, dans celle située la plus à l'Est.
Ces images de Daniel Chicot, parues à l'époque dans la revue Barrera Sol, accompagnent la chronique de la corrida qui a eu lieu dans les arènes romaines de Fréjus le 14 juillet 1998.
Le torero, c'est Conrado Gil Belmonte, né en 1976 à Algeciras. Une semaine avant Fréjus, il prenait une alternative de luxe dans les arènes de sa ville, avec Curro Romero et José Ortega Cano face à des toros de Jandilla.
À Fréjus, le destin l'envoie face à des toros portugais de José Pedrosa, qui s'ils n'ont pas des gabarits impressionnants, possèdent des pointes redoutables. Il partage ce jour-là l'affiche avec Stéphane Fernández Meca et Alberto de la Peña. C'est la corrida de sa présentation en France.
Gil Belmonte affronte en troisième position "Octogono" de José Pedrosa. Le drame survint en début de faena. Le toro le souleva, et lui porta un coup de corne à la cuisse gauche.
Inerte, les yeux révulsés, Gil Belmonte est emporté pratiquement sans pouls à l'infirmerie. Il s'agit d'un coup de corne de trois trajectoires, provoquant une immédiate et forte hémorragie, affectant la veine fémorale, et arrachant la veine safène. A l'infirmerie, l'équipe du docteur Christian Derbuel, d'un immense sang-froid, sauve le torero. Gil Belmonte restera dix jours à l'hôpital, dont trois en réanimation. Une terrible blessure, qui avait marqué la saison française 98.
La belle histoire, c'est que Gil Belmonte poursuivit sa carrière ensuite. Il retourna à Fréjus pile un an plus tard, le 14 juillet 1999, pour combattre une corrida de Peralta, et dédia son premier toro à l'équipe médicale qui l'avait ramené à la vie.
Entre temps, en octobre 1998, au cours d'un festival organisé dans les mêmes arènes de Fréjus, le docteur Derbuel avait affronté un novillo de François André, recevant à l'occasion une alternative symbolique des mains de Stéphane Fernández Meca et Curro Díaz. Le docteur Derbuel avait toréé avec une muleta appartenant à Gil Belmonte.
Bien des années plus tard, dans l'ouvrage "Pourquoi ils vont voir des corridas", Christian Derbuel évoquait sa passion pour les toros, et revenait forcément sur le coup de corne reçu par l'infortuné Gil Belmonte à Fréjus. "De ces terribles moments, je me souviens tout particulièrement de la main du matador agrippée à mon bras. De seconde en seconde, je percevais la force de sa main décliner".
Et de poursuivre, un peu plus loin, sur le pourquoi de cette passion. "En tauromachie, la mort et l'inconnue sont les deux invitées permanentes. Comme en médecine. Cela explique peut-être pourquoi beaucoup de médecins vont régulièrement aux arènes".

Florent

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