samedi 19 janvier 2019

Chamaco


A Arles, le 21 avril prochain, pour sa réapparition après quasiment vingt ans éloigné des arènes, Antonio Borrero "Chamaco" a déclaré qu'il avait choisi un habit "de couleur sobre et sérieuse". Certainement différent de ce bleu électrique intégral qu'il portait au début des années 90.
On dit qu'il faut réserver de nombreuses places aux jeunes sur les affiches d'aujourd'hui, et que les revenants, parfois, sont trop nombreux. C'est bien vrai.
On ignore si ce retour de Chamaco aura des lendemains. Il était à la fois apprécié et critiqué à sa grande époque, il y a plus de vingt-cinq ans. Certains lui reprochaient que le sens du spectacle prédominait sur le reste.
Mais s'il y a au moins une chose qu'on ne peut absolument pas lui enlever, c'est qu'il a attiré beaucoup de monde aux arènes.

Florent

lundi 14 janvier 2019

La Puebla del Río

 Souvenirs de La Puebla del Río, au bord du Guadalquivir, dans la province de Séville, où va s'ouvrir ce samedi 19 janvier la saison taurine 2019 en Europe.
Morante de la Puebla y organise, pour la cinquième année d'affilée, une journée taurine, avec un encierro et une novillada sans picadors dans une arène portative installée calle Manuela Álvarez.
Une course à La Puebla del Río aussi tôt dans la saison, cela pourrait étonner, mais ce sont les fêtes de San Sebastián, saint-patron du village.
À La Puebla, la "Huerta de San Antonio", propriété de Morante, fait beaucoup parler ces dernières semaines. Elle a été taguée au mois de décembre, après que le torero ait affiché son soutien au parti politique Vox. Et ce matin, lundi 14 janvier, elle a partiellement été incendiée, sans que l'on ne connaisse pour le moment le motif exact, une enquête de la Guardia Civil étant en cours.
C'est une finca surprenante, car elle est vraiment collée au village, possède une petite plaza de toros... et un terrain de football !
En parcourant les rues de La Puebla del Río au printemps dernier, alors que le thermomètre dépassait largement les trente-cinq degrés, il y avait de jolies couleurs à apprécier. Le vert et blanc d'une peña du Betis Séville, et des symboles rappelant que l'on était à La Puebla del Río, fief de Morante. Entre autres, une affiche XXL de la réapparition du torero à Jerez de la Frontera le 12 mai 2018.
Morante de la Puebla avait entamé un retrait éphémère en août 2017 sur un coup de tête et après une grosse bronca écoutée aux arènes du Puerto de Santa María...

Florent





mercredi 9 janvier 2019

Diego de Arnedo


Beaucoup de toreros possèdent un lien particulier avec la France. Triomphes ou dates clés de leur carrière. En nombre d'arènes pourtant, et en proportion, la France ne représente qu'une région taurine d'Espagne.
Pour Diego Urdiales, ce lien, c'est l'alternative, prise le 15 août 1999 à Dax. Paco Ojeda comme parrain, Manuel Díaz "El Cordobés" comme témoin, et des toros de Diego Puerta. Il y a vingt ans.
Cette corrida, Urdiales ne devait d'ailleurs pas la toréer, car il remplaçait ce jour-là Guillermo Marín, forfait, et qui lui-même devait prendre l'alternative.
Cela faisait déjà un moment en 99 que Diego Urdiales était dans le circuit, puisque dix ans auparavant, en 89 à Floirac, et âgé de quatorze ans à peine, il toréait en novillada sans picadors, et se faisait annoncer "Diego de Arnedo" sur les affiches.
Dax, peut-être, songera à fêter les vingt ans d'alternative de Diego Urdiales. Il n'a, pour autant, jamais entretenu une grande histoire avec ces arènes, car il n'y a toréé que cinq fois depuis son alternative. Un succès face aux toros de Victorino Martín, et un autre nuancé devant une corrida de Pedraza de Yeltes (trois avis à son premier toro et deux oreilles à l'autre).
Carrière atypique de Diego Urdiales, qui torée peu. Sept corridas seulement en 2018.
Torero de La Rioja, il avait gagné le prestigieux Zapato de Oro chez lui à Arnedo en 1998. Quand on retrace sa carrière, on remarque que trois arènes l'ont aidé à se maintenir et à garder l'illusion pendant des années. Les trois principales arènes de sa région : Arnedo, Alfaro et Logroño. Car Urdiales a déclaré récemment qu'il avait failli arrêter sa carrière. En 2006, par exemple, il n'avait participé à aucune corrida.
Austère, c'est un torero que l'on n'a pas toujours vu au mieux. Parfois poissard, parfois flemmard dans les corridas dures, et se plaignant aussi d'être privé d'opportunités par un système lui barrant la route.
Pourtant, il est resté au service de la tauromachie, en se préoccupant même du futur, puisqu'il suit de très près le prometteur Tomás Campos, jeune matador qui est son protégé.
L'avantage d'Urdiales, qui a déjà 43 ans, c'est que l'on ne peut pas accuser les empresas de l'avoir surprogrammé. Et l'on ne peut pas non plus dire qu'il est un torero que l'a trop vu.
Il a su se faire rare. Et c'est certainement de Bilbao que sa carrière est repartie de l'avant. Une plaza où pourtant il n'est guère évident d'obtenir deux oreilles à un même toro.
Mais elle semble être sa plaza de prédilection des dernières saisons.
En 2010, il avait même été appelé à trois heures de l'après-midi pour y remplacer au pied levé Miguel Ángel Perera ! Diego Urdiales avait assuré la substitution avec panache, lui qui avait ce jour-là dû s'habiller en vitesse... dans l'infirmerie !
Mais Bilbao, pour lui, c'est avant tout un triple triomphe face à trois corridas d'Alcurrucén. Trois oreilles en 2015, deux oreilles en 2016, et trois oreilles en 2018. Trois sorties en triomphe en quatre ans.
Et le fait que l'immense Curro Romero lui ait affiché son soutien a également permis de lui donner espoir. Car Curro Romero a affirmé que parmi les toreros en activité, Diego Urdiales était celui qui lui rappelait le plus son concept quand il toréait encore, lui donnant ainsi l'envie de se déplacer aux arènes. Un tel compliment, ce n'est pas rien !
En 2018, si Diego Urdiales a peu toréé, c'était à chaque fois pour des grands soirs. La consécration de sa carrière, ce fut cette corrida du mois d'octobre à Madrid, pour une feria d'automne qui avait été composée par le biais d'un tirage au sort !
Les toros étaient de Fuente Ymbro, et ceux destinés à Urdiales s'appelaient Retama et Hurón. Cela soufflait fort en début de course sur Las Ventas. Cela obligea Diego Urdiales à toréer avec patience et à des endroits précis de l'arène, moins exposés au vent. La torería, le classicisme, le relâchement, l'inspiration et une grande épée firent le reste. Une puis deux oreilles.
Et quand la grande porte s'ouvrit, sur la calle Alcalá, il faisait nuit, car c'est une norme des corridas de fin de saison. Pour Diego Urdiales, qui aurait pu mettre un terme à sa carrière quelques saisons auparavant, il n'était pas vain d'avoir attendu.

Florent

samedi 5 janvier 2019

La Bélugue

Au printemps dernier, au Mas de la Bélugue, l'exposition sur les 150 ans d'histoire de la ganadería Yonnet était toujours visible. Elle avait été érigée en 2009 par Laurent Giner, dernier président de l'ANDA (Association Nationale des Aficionados), pour retracer le siècle et demi de toros au nom de Yonnet. Un sacré travail, avec plein de documents intéressants, des affiches inédites, et aussi des têtes de toros célèbres de la maison.
Il faut remonter à 1859 et à Joseph Yonnet en ce qui concerne la création de l'élevage. Une date quasiment aussi ancienne que celle de la toute première corrida célébrée en France, en 1853.
Yonnet, dans le monde de la tauromachie française, c'est plus qu'un symbole. Et puis, il y a l'emplacement géographique de la ganadería, le Mas de la Bélugue, tout au bout de la Camargue, avec la proximité des étangs et de la Méditerranée. Et aux portes du village de Salin-de-Giraud, à l'architecture si particulière, et dont les briques font penser à celles du Nord de la France.
L'expo, qui est toujours en place, remonte donc à 2009. Une année où pour la famille Yonnet, il y avait notamment eu une corrida complète à Lunel. Et aussi un magnifique toro pour la corrida-concours d'Arles, "Blanquet", de pelage blanc, qui avait été offensif, âpre et passionnant.
Dix ans après, s'il y a encore des toros à La Bélugue, Hubert Yonnet, le maître des lieux, s'en est allé entre temps, et a été célébré dans la plus grande tradition camarguaise.
En tant que ganadero, il fut le premier français à prendre l'ancienneté à Madrid, en 1991, et à se présenter dans de grandes arènes d'Espagne.
Dans les prés de la Bélugue, au printemps dernier, attendait un sérieux lot de toros, de belle présence, à destination des arènes d'Alès. Mais à cause des intempéries, il ne fut jamais combattu.
Actuellement, c'est Charlotte Yonnet, la petite-fille d'Hubert, qui assume le lourd héritage, et mène l'élevage et deux fers différents (Hubert Yonnet et Héritiers de Christophe Yonnet), avec comme mayoral David Fournier.
Cette année, ce sont les 160 ans d'histoire de l'élevage. Espérons que certaines arènes sauront la fêter et l'entretenir. En souhaitant voir encore longtemps des toros de Yonnet franchir des portes de torils.


Florent