mercredi 9 janvier 2019

Diego de Arnedo


Beaucoup de toreros possèdent un lien particulier avec la France. Triomphes ou dates clés de leur carrière. En nombre d'arènes pourtant, et en proportion, la France ne représente qu'une région taurine d'Espagne.
Pour Diego Urdiales, ce lien, c'est l'alternative, prise le 15 août 1999 à Dax. Paco Ojeda comme parrain, Manuel Díaz "El Cordobés" comme témoin, et des toros de Diego Puerta. Il y a vingt ans.
Cette corrida, Urdiales ne devait d'ailleurs pas la toréer, car il remplaçait ce jour-là Guillermo Marín, forfait, et qui lui-même devait prendre l'alternative.
Cela faisait déjà un moment en 99 que Diego Urdiales était dans le circuit, puisque dix ans auparavant, en 89 à Floirac, et âgé de quatorze ans à peine, il toréait en novillada sans picadors, et se faisait annoncer "Diego de Arnedo" sur les affiches.
Dax, peut-être, songera à fêter les vingt ans d'alternative de Diego Urdiales. Il n'a, pour autant, jamais entretenu une grande histoire avec ces arènes, car il n'y a toréé que cinq fois depuis son alternative. Un succès face aux toros de Victorino Martín, et un autre nuancé devant une corrida de Pedraza de Yeltes (trois avis à son premier toro et deux oreilles à l'autre).
Carrière atypique de Diego Urdiales, qui torée peu. Sept corridas seulement en 2018.
Torero de La Rioja, il avait gagné le prestigieux Zapato de Oro chez lui à Arnedo en 1998. Quand on retrace sa carrière, on remarque que trois arènes l'ont aidé à se maintenir et à garder l'illusion pendant des années. Les trois principales arènes de sa région : Arnedo, Alfaro et Logroño. Car Urdiales a déclaré récemment qu'il avait failli arrêter sa carrière. En 2006, par exemple, il n'avait participé à aucune corrida.
Austère, c'est un torero que l'on n'a pas toujours vu au mieux. Parfois poissard, parfois flemmard dans les corridas dures, et se plaignant aussi d'être privé d'opportunités par un système lui barrant la route.
Pourtant, il est resté au service de la tauromachie, en se préoccupant même du futur, puisqu'il suit de très près le prometteur Tomás Campos, jeune matador qui est son protégé.
L'avantage d'Urdiales, qui a déjà 43 ans, c'est que l'on ne peut pas accuser les empresas de l'avoir surprogrammé. Et l'on ne peut pas non plus dire qu'il est un torero que l'a trop vu.
Il a su se faire rare. Et c'est certainement de Bilbao que sa carrière est repartie de l'avant. Une plaza où pourtant il n'est guère évident d'obtenir deux oreilles à un même toro.
Mais elle semble être sa plaza de prédilection des dernières saisons.
En 2010, il avait même été appelé à trois heures de l'après-midi pour y remplacer au pied levé Miguel Ángel Perera ! Diego Urdiales avait assuré la substitution avec panache, lui qui avait ce jour-là dû s'habiller en vitesse... dans l'infirmerie !
Mais Bilbao, pour lui, c'est avant tout un triple triomphe face à trois corridas d'Alcurrucén. Trois oreilles en 2015, deux oreilles en 2016, et trois oreilles en 2018. Trois sorties en triomphe en quatre ans.
Et le fait que l'immense Curro Romero lui ait affiché son soutien a également permis de lui donner espoir. Car Curro Romero a affirmé que parmi les toreros en activité, Diego Urdiales était celui qui lui rappelait le plus son concept quand il toréait encore, lui donnant ainsi l'envie de se déplacer aux arènes. Un tel compliment, ce n'est pas rien !
En 2018, si Diego Urdiales a peu toréé, c'était à chaque fois pour des grands soirs. La consécration de sa carrière, ce fut cette corrida du mois d'octobre à Madrid, pour une feria d'automne qui avait été composée par le biais d'un tirage au sort !
Les toros étaient de Fuente Ymbro, et ceux destinés à Urdiales s'appelaient Retama et Hurón. Cela soufflait fort en début de course sur Las Ventas. Cela obligea Diego Urdiales à toréer avec patience et à des endroits précis de l'arène, moins exposés au vent. La torería, le classicisme, le relâchement, l'inspiration et une grande épée firent le reste. Une puis deux oreilles.
Et quand la grande porte s'ouvrit, sur la calle Alcalá, il faisait nuit, car c'est une norme des corridas de fin de saison. Pour Diego Urdiales, qui aurait pu mettre un terme à sa carrière quelques saisons auparavant, il n'était pas vain d'avoir attendu.

Florent

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