vendredi 22 mars 2019

La Navarre, entre vert et désert


Quand j'étais petit, je pensais que l'Espagne était un pays plat, avec des palmiers partout. Des arènes dans chaque commune, que ce soit un hameau, une ville ou un village. Avec des corridas du 1er janvier au 31 décembre, et une fête permanente.
Un pays où les manteaux n'existent pas, et où il ne fait jamais moins de 25 degrés. Au fil des années, j'ai pu mesurer à quel point je m'étais planté.
Fitero, Navarre. Samedi 16 mars. 17 heures. Corrida des fêtes de San Raimundo. Deux novillos d'El Madroñal (encaste Murube) pour le rejoneador Mario Pérez Langa, et quatre toros de Hermanos Cambronell (encaste Domecq) pour Manuel Jesús "El Cid" et Javier Marín, le sobresaliente étant Enrique Martínez "Chapurra".
Et là, tu rigoles, tu te moques, en te disant à quoi bon aller voir un tel cartel en bois. Quelque part, tu as raison. Et puis, le même jour, il y avait à Valencia la réapparition du grand Paco Ureña, pour ce qui était le véritable événement tauromachique du week-end.
À Fitero, dont les belles arènes (qui ont une architecture très similaire aux anciennes d'Arnedo) datent de 1897, il y avait donc une corrida avec un rejoneador et deux matadors. Fitero, à ne pas confondre avec le picador préféré de beaucoup d'entre nous, le regretté André Floutié dit "Fritero", disparu au printemps 2013.
Sur le papier, l'affiche de cette corrida était moins intéressante que celles des dernières années dans les mêmes arènes.
C'est le premier paseo de l'année en Navarre. La météo est de la partie, et aux gradins soleil, les locaux, joviaux, sont pleins comme des huîtres.
El Cid, qui a choisi 2019 comme année de retraite, est à l'affiche. Et si, une fois de plus, il venait à livrer des gestes de grande classe ? Ce fut effectivement le cas, mais devant une opposition indigente. Car la majorité des toros de Cambronell, de mauvaise présentation, étaient invalides. Seul le dernier toro se sauva du naufrage. Javier Marín, matador du village voisin de Cintruénigo, sortit en triomphe accompagné du Cid après avoir coupé trois oreilles, en étant généreusement primé par un public venu le soutenir.
Quant au rejón, il est bien d'en regarder de temps en temps un échantillon afin de se faire une opinion. Assez bon cavalier, Mario Pérez Langa eut toutefois tendance à être théâtral voire de mauvais goût face à de bons novillos d'El Madroñal.
Fitero est un bled situé au Sud de la Navarre, une région agricole aux paysages tellement variés et étonnants. Le vert et les montagnes au Nord, et au Sud, le désert des Bardenas près de Tudela.
Une région où plusieurs élevages de toros sont purement destinés aux corridas, et d'autres, de caste navarraise, et majoritairement de pelages roux, vont dans les "festejos populares". Ceux qui remuent la poussière, montent aux arbres, ou sur les gradins d'une arène, comme ce fut le cas l'été dernier lors d'une fête de village. Ces toros de Navarre, Céret s'était aventurée à en annoncer et à en faire combattre. Des Merino Gil, des La Bomba, des El Ruedo, et des José Arriazu.
Si Pamplona est mondialement connue, il est aussi agréable d'aller dans toutes ces arènes de villages à l'identité forte. Tafalla, Sangüesa, Peralta, Lodosa, et bien d'autres.
Le long de la petite route qui mène aux Bardenas, on peut même trouver par hasard un petit élevage aux origines diverses. La Navarre, une région taurine propice aux rencontres improbables.

Florent

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