mardi 2 avril 2019

L'imprévu


C'est qu'avec cette histoire de changement d'heure, elle tombait tôt dimanche la corrida de Gamarde. Mon passager, lui non plus, n'avait pas prévu de s'y rendre initialement. Il faut dire que par beau temps, une corrida dans une arène couverte n'est pas ce qu'il y a de plus attrayant. Pourtant, il y avait de quoi y réfléchir, et c'est ainsi que la plaza afficha une très belle entrée.
Belles sont aussi ces routes des Landes, se frayant un passage au milieu de la forêt, même si certaines d'entre elles rappellent de bien douloureux souvenirs.
À Gamarde, qui est une petite arène, c'était une corrida de début de saison, la première en France en 2019. Le genre de corrida en guise d'échauffement, dit-on par habitude.
Depuis des années, certaines des figures proclamées ou auto-proclamées de la tauromachie se plaisent à affirmer "qu'aujourd'hui on torée mieux que jamais". Cela a, bien entendu, été contesté par des générations antérieures, avec raison et de véritables arguments.
Pablo Aguado, lui, ne toréait pas encore quand ce discours a été mis à la mode. Il a d'ailleurs commencé à toréer sur le tard, après ses vingt ans. Et, avec ce que l'on a vu dimanche, il paraît même capable de toréer aussi bien que certains revendiquant être au sommet de l'histoire.
Car ce qu'a fait Pablo Aguado, c'est intemporel. Le toreo. Et rien à jeter.
Pourtant, on se dit qu'un tel rendez-vous, on aura davantage de chances de le rencontrer dans une grande arène. Dans une petite plaza, on dirait que cela relève de l'imprévu. Pourtant, elles sont nombreuses dans l'histoire de la tauromachie les grandes faenas dans de petites arènes. Quand triomphe l'inattendu.
Face à "Aventurero", troisième toro de Castillejo de Huebra, d'encaste Murube, noble et mobile, Pablo Aguado a toréé de façon extraordinaire et livré un faenón. À la cape déjà, avec des véroniques, une media, et un quite par chicuelinas des plus suaves.
Il toréa sans forcer, comme une évidence. Un grand début de faena, et des séries à gauche en conduisant et en guidant le toro avec un temple immense. Et le final, avec des naturelles aux cites de face, fut somptueux. Petite arène, mais faena d'anthologie. La conclusion en trois temps limita la récompense à un trophée. Mais ce que l'on vit, cela faisait oublier la toiture des arènes, et voyager. Loin. Là, y'avait les palmiers, les orangers, Séville, Jerez et Sanlúcar.
En espérant pour Pablo Aguado qu'un jour prochain, il puisse réaliser ce type de faena dans une grande arène, avec la répercussion que cela mérite.
Face au dernier toro, du fer de José Manuel Sánchez, âgé de cinq ans, qui envoya cheval et picador au tapis, ce fut tout autre chose. L'adversité d'un toro brusque et difficile. Soulevé sans dommages, Pablo Aguado montra des recours, du métier, et des capacités pour vaincre. Sur le chemin afin de devenir un torero de premier plan.

Florent

(Image de Niko Darracq : Pablo Aguado face à "Aventurero" de Castillejo de Huebra)

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