jeudi 25 avril 2019

Vive les novilladas


C'est une époque où l'on dit des novilleros qu'ils ne passionnent pas, et parce que victimes du formatage des écoles taurines, au fond, ils toréent tous pareil. En France, cette année, il devrait y avoir au maximum une petite trentaine de novilladas piquées. C'est peu. Mais si tu as envie d'en voir un paquet, c'est en Espagne qu'il faut aller, au mois de septembre.
L'aficionado a déserté les novilladas, et beaucoup d'empresas de grandes arènes les ont reléguées en tant que "spectacles mineurs", quand d'autres n'en organisent tout simplement plus.
Les novilladas piquées sont une absolue nécessité pour l'avenir de la tauromachie. Et dimanche à Arles, cela a peut-être même été la course la plus passionnante de la feria.
On a retrouvé l'esprit de la novillada, la "competencia", et le brin de folie qui va avec.
Six élevages différents pour six novilleros français. D'ailleurs, la première raison de la présence de ces protagonistes à l'affiche n'était pas leur nationalité, mais parce qu'ils l'avaient mérité. Et puis, le critère de la nationalité n'est pas essentiel en tauromachie. Il n'y a pas de drapeaux sur les habits de lumières.
Le format de cette novillada était assez curieux, et si l'on voulait chipoter, on dirait avec raison qu'il n'y avait pas l'esprit d'une novillada-concours de ganaderías, dans la façon dont était organisé et orchestré le tiers de piques.
Six élevages : Héritiers de François André, Le Lartet, Jacques Giraud, Camino de Santiago, Domaine de Málaga et Bernard Taurelle, avec chacun un échantillon, un novillo.
En face, avec toujours de l'envie et de la personnalité, les novilleros français ont connu des fortunes diverses. De beaux moments à la cape pour Tibo García face à un novillo au pelage clair de François André, de bon fond mais très vite arrêté. De l'application pour Baptiste Cissé face à un noble novillo de Giraud, avec parfois du mal à transmettre. La vaillance de Carlos Olsina opposé à un Camino de Santiago. Le novillero biterrois semble avoir évolué par rapport à l'an dernier, mais il devra peut-être davantage se concentrer sur les fondamentaux. Chez Adam Samira, qui débutait avec picadors face à un sérieux et bon novillo de Taurelle, on vit un évident et compréhensible manque de métier. Carlos Olsina et Adam Samira obtinrent chacun un trophée, alors que Tibo García et Baptiste Cissé furent invités à saluer.
Les deux moments forts de la matinée furent les combats des deuxième et cinquième novillos, appartenant respectivement aux familles Bonnet et Callet.
Celui du fer du Lartet, de la famille Bonnet, fut stoïquement accueilli a portagayola par Maxime Solera, qui attendit un long moment avant de le recevoir dans sa cape. Après deux piques sans grand relief, Maxime Solera décida de mettre en valeur à tout prix son adversaire, au cours d'une faena pour aficionados. Des cites de loin voire de très loin, prodigieux et courageux. C'est grâce à cela qu'il fut possible de voir toutes les qualités du novillo du Lartet, en noblesse et en promptitude dans sa charge. Quel engagement, et quelle volonté de la part du novillero, qui alla jusqu'à estoquer de manière inouïe sans muleta. Vuelta au novillo, et... un seul trophée pour Maxime Solera. La présidence ne songea pas à en donner deux, à une époque où l'on distribue pourtant des valises d'oreilles à longueur de saison pour bien moins que cela. Là, l'énorme générosité et l'engagement du novillero n'ont pas été récompensés à leur juste valeur.
Le novillo de Málaga, de la famille Callet, était très bien présenté et armé. Lui aussi deux rencontres au cheval, et à la muleta, une charge encastée, très vive, vibrante, et donc pas facile à contenir. C'est le nîmois El Rafi qui avait été désigné au sorteo pour affronter ce novillo. Et il dessina face à lui de très beaux gestes, notamment une superbe série de la main gauche au centre de l'arène. Si la fin par redondos inversés n'était pas la plus adaptée et que l'épée basse vint quelque peu ternir l'ensemble, El Rafi n'en laissa pas moins une très belle impression, et l'on comprend pourquoi de nombreux espoirs sont fondés en lui. Là aussi, la présidence accorda un tour de piste au novillo.
Peu importe les récompenses, pas toujours équitables, et qui animèrent les conversations d'après course. Mais à certains qui, de manière sempiternelle, sont fatalistes sur l'avenir de la tauromachie, en affirmant que tous les novilleros se prennent déjà pour ce qu'ils ne sont pas et veulent toréer comme des vedettes, on rétorquera que concernant les novilleros à l'affiche de la matinale d'Arles, et par rapport à la profession de matador, il y a des garçons qui semblent avoir sacrément envie de le devenir.

Florent

(Image de Philippe Gil Mir)

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