jeudi 13 juin 2019

Remontadas


Traditionnel rendez-vous du dimanche matin de Pentecôte, la corrida-concours de Vic-Fezensac est devenue au fil des années une institution. Et l'édition 2019 a été, de loin, l'une des plus passionnantes des dix dernières années.
Les toros les plus remarquables, ce furent les deux premiers, de Saltillo et La Quinta, deux élevages voisins. Âgés de cinq ans et demi voire un peu plus, ils étaient les plus aboutis, en physique et en caractère.
Le toro qui s'est le plus détaché de la matinée, c'est "Matablanca", le deuxième, de La Quinta. Et l'on peut parler de remontada pour cet élevage. Car souvenons-nous des scandales d'il y a moins de dix ans dans de grandes arènes du Sud-Ouest, quand destiné aux vedettes, le fer de La Quinta envoyait des toros chétifs, impropres à tout combat, invalides et dociles, provoquant d'immenses broncas. L'élevage, alors prisé par certaines figuras, était tombé à un niveau inquiétant. Depuis, les choses ont changé, et La Quinta est redevenue un fleuron dans les courses toristas.
La novillada de Madrid, il y a à peine quinze jours, fut des plus passionnantes. Et ce toro de Vic aussi. Fort, volumineux, il faisait penser aux énormes toros gris de Martínez Elizondo, propriété de la famille Chopera, et qui désormais n'existent plus. "Matablanca", un toro lourd, âgé de cinq ans et demi, et qui sur trois rencontres prises avec bravoure et puissance envoya deux fois au tapis le grand lancier Tito Sandoval, qui réalisa vraiment un beau tiers de piques. Tout au long du combat, et pendant la faena, le toro de La Quinta fut bien mis en valeur par Domingo López-Chaves, dont les qualités de lidiador sont indéniables. Tour de piste légitime pour ce grand toro, et oreille méritée pour le matador.
Auparavant, le toro d'ouverture, "Soriano" de Saltillo, était superbe de trapío. Il alla cinq fois au cheval, renversa l'équipage à la première rencontre, et démontra de la caste jusqu'à la fin de son combat. Un toro très intéressant, face auquel on sentit un Rafaelillo usé par tant d'années de corridas dures. Car il est difficile de s'inscrire dans la durée et avec régularité dans ce registre.
Au quatrième toro, de Pagès-Mailhan, d'origine Fuente Ymbro, très armé mais manquant de trapío, et faible, il ne se passa pas grand-chose. Le cinquième, de Flor de Jara, destiné à Domingo López-Chaves, renversa la cavalerie mais s'éteignit ensuite rapidement.
Dans la semaine précédant la feria, Alberto Lamelas avait déclaré que s'il était content de revenir à Vic-Fezensac, il était toujours compliqué d'entrer dans un cartel dans de telles circonstances, par la voie de la substitution, lorsqu'un compañero a été sérieusement blessé. En l'occurrence Manuel Escribano.
Le premier adversaire d'Alberto Lamelas était un très beau toro de Partido de Resina, au pelage gris, et qui suscita l'admiration à son entrée en piste. Ce toro eut tendance à venir promptement face au cheval et à cogner à son arrivée dans le matelas, sans pour autant pousser ensuite. Et à la muleta, il eut une mobilité appréciable, tout en gardant la tête à mi-hauteur. Et c'est là qu'Alberto Lamelas, pas invité initialement à cette feria, réalisa un bon travail, avec des cites de loin en début de séries, de la sérénité, et de la patience. Centré, en s'exposant dans ses placements, il sut parfaitement toréer cet adversaire. Hélas, l'épée fit défaut et la récompense se limita à un tour de piste. Idem au dernier, de Los Maños, peu brave à la pique, noble mais sans facilité, et toréé de manière sincère par Alberto Lamelas. Avec à chaque fois une bonne épée, le torero serait sans doute sorti en triomphe, cinq ans jour pour jour après sa rencontre face au terrible "Cantinillo" de Dolores Aguirre.
C'est important l'identité d'une arène. Et, aussi torista soit-elle, à l'heure d'établir ses affiches, elle ne doit jamais oublier les toreros qui vont avec.

Florent

(Image de Philippe Gil Mir : Alberto Lamelas face au toro de Partido de Resina)

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