lundi 29 juillet 2019

Allez viens mon Camillon


Il devait être sacrément torché le préposé aux pancartes annonçant hier à Orthez les toros de Prieto de la Cal. Le sixième "Comilón" (ce qui caractérise en espagnol celui qui a un grand appétit), numéro 37, était devenu "Camillon".
En France, l'anomalie ou la curiosité sur panneau ou programme taurin n'est pas une rareté. On avait déjà vu par le passé en d'autres lieux un "Pietro de la Cal" à la place de Prieto de la Cal, laissant présager une possible existence de toros braves en Sicile, dans les Pouilles ou en Toscane.
Là, Camillon, il fallait tout de même oser.
Les six toros de Prieto de la Cal, tous détenteurs du typique pelage jabonero, et en dépit d'armures malheureusement abîmées pour la plupart, ont parfois montré le tempérament âpre et difficile connu chez nombre de leurs aînés.
Durs pour trois d'entre eux, dont le cinquième "Limpias botas", qui sauta dans callejón et fut manso. Il portait le même nom qu'un spectaculaire toro de Prieto de la Cal combattu il y a quelques années lors d'une corrida-concours à Arles.
Chez les matadors, la faena la plus aboutie a été celle d'Alberto Lamelas au premier, parce qu'elle était exposée, sincère, en se replaçant sans cesse face à un adversaire court de charge et qui gardait la tête haute. Hélas, le torero termina chacun de ses combats par des épées tombées.
Le vénézuélien Jesús Enrique Colombo n'a pas fait preuve de la fraîcheur qu'il possédait lorsqu'il était novillero, posant les banderilles loin et à corne passée, et avec une envie limitée.
En général, les lidias ont été moyennes voire médiocres, à l'exception de celles menées par Iván García, l'un des meilleurs subalternes à l'heure actuelle. Et les premiers tiers ? Pas terribles, et sur dix-huit rencontres entres toros et cavalerie, peu ou pas de piques bien placées.
Le troisième toro de Prieto de la Cal, "Novatón", fut encasté, et avec de vraies possibilités au dernier tiers sur les deux cornes. Malheureusement, Angel Sánchez n'en a pas profité et semble rapidement s'être découragé, laissant complètement passer une chance de se tailler un succès.
Dommage, car ce qui pourrait paraître comme un succès anodin dans une petite arène française ne l'est pas. Il y a trois ans, la corrida d'Hoyo de la Gitana pour les fêtes d'Orthez était le dernier espoir et la seule balle dans le barillet de la carrière d'Emilio de Justo. Cette chance, de par son courage, son toreo classique et sobre, il sut la saisir. Et en lui demandant maintenant, Emilio de Justo répondrait certainement et avec honnêteté que tout est parti d'Orthez.

Florent

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