mardi 16 juillet 2019

Bières à 1 euro 50, aussi froides que le coeur de ton ex


En arrivant près d'un vendeur ambulant de la Calle Estafeta, la semaine dernière à Pamplona, on pouvait remarquer sur une pancarte la curieuse inscription "Bières à 1 euro 50, aussi froides que le coeur de ton ex". Il faut reconnaître que l'argument marketing était aussi marrant qu'excellent.
Nettement moins marrante fut en revanche la corrida de Saltillo combattue dimanche après-midi à Céret. Il faut, en outre, dire et écrire sans détour, et tant pis pour les susceptibilités, que ceux qui ont sifflé Fernando Robleño à sa sortie des arènes sont d'authentiques crétins.
S'il n'était pas dans son meilleur jour, payant aussi la débandade de son puntillero, il ne méritait absolument pas un tel traitement, après tout ce qu'il a pu faire sur le sable de Céret.
Quant à ceux qui cherchaient des enseignements sur le sorteo distribué à l'entrée des arènes avant la corrida, ils se plantaient en examinant et commentant les poids des toros. Ce qui pouvait être intéressant, en revanche, était de regarder les âges, en remarquant que tous les toros ou presque étaient nés en 2013. Presque six ans, ce qui pour des toros d'un élevage comme celui de Saltillo, avait de quoi laisser présager des combats rudes, âpres et difficiles. Et ce fut le cas.
Le genre de toro dur qui contribue historiquement à la réputation des arènes de Céret. S'il a forcément de quoi plaire aux aficionados les plus exigeants, son combat doit être apprécié par un public attentif, et aussi, un minimum indulgent.
Mais c'est aussi grâce à une corrida comme celle-là que l'on peut voir les limites de l'afición de certains, ainsi que leur superficialité. Car il est paradoxal d'écouter des aficionados déclarer leur passion pour les toros durs en voulant les voir toréés comme les toros commerciaux qu'ils dénigrent.
A un moment où des subalternes galéraient à poser les banderilles face à un toro redoutable et sur un terrain très réduit, on pouvait entendre une gênante hilarité. C'est alors qu'en regardant mes voisins de gradins, je leur ai dit qu'ils n'y connaissaient rien, en leur expliquant par ailleurs pour quelles raisons.
Idem pour ceux qui sifflaient le moindre contact à la pique du sixième Saltillo, un toro manso, qui fuyait et cherchait la sortie à chaque rencontre. Après coup, peut-être que ceux-là purent comprendre – ou pas – l'utilité de la pique et son impérative nécessité quand se trouve en piste un toro couard, manso, dangereux et puissant.
Car face aux vieux et beaux toros de Saltillo, redoutables et avisés, ressortir sur ses pieds était déjà une prouesse.
Les deux autres matadors à l'affiche, Javier Cortés et Gómez del Pilar, s'en sont sortis de façon méritoire. C'est même curieusement le plus jeune, Gómez del Pilar, qui joua le plus souvent le rôle du chef de lidia, en étant par ailleurs doté d'une cuadrilla admirable, composée de Raúl Ruiz, Iván Aguilera et Pedro Cebadera, le subalterne chauve qui au dernier toro alla clouer une superbe paire de banderilles.

Florent

(Image de Muriel Haaz : Un toro de Saltillo au balcon)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire