lundi 22 juillet 2019

Comme des bleus


Si on était des enfoirés, on écrirait que la bronca destinée hier soir à Marie Sara à sa sortie des arènes a vaguement dû lui rappeler certains moments de sa carrière de rejoneadora.
Mais vu que l'on n'est pas (que) des enfoirés, on dira que cela fait partie du métier, avec de bons moments et d'autres bien pires, qui forgent les souvenirs. En parlant de carrière, la cavalière originaire de Paris a commencé la sienne dans les années 80, à une époque de grande médiatisation de la corrida.
Et pour ce qui s'est passé hier à Mont-de-Marsan, on aurait tort de faire reposer la faute sur sa seule qualité de prestataire de services. Car tous les chaînons de l'organisation sont responsables de ce qui s'est passé.
Mais au fait, comment est-il possible d'avoir accompli un tel raté ?
D'embarquer deux toros comme ceux sortis en 1er et en 6ème bis ? Comment ne pas avoir eu la sagesse – car aux dernières nouvelles les toros étaient connus, visibles depuis les corrales, et ne sont pas passés directement du camion à l'arène – de mettre à la place le toro de La Quinta qui restait en coulisses ?
Pour avoir eu la chance d'aller au campo chez Victorino Martín il y a moins de deux mois, on pouvait remarquer que les lots en attente étaient nombreux : Madrid, Nîmes, Soria, Burgos... et dans d'autres enclos, les novilladas du fer de Monteviejo pour Céret et Villaseca de la Sagra. Étrangement, le lot pour Mont-de-Marsan n'était pas encore défini. Et c'est ce qui explique le lot disparate et extrêmement inégal vu hier aux arènes du Plumaçon, avec plusieurs toros très petits et indignes non seulement d'une arène de première catégorie, mais de toute course pour laquelle il est écrit "Corrida de toros" sur l'affiche. Curieusement, l'an dernier, des lots de troisième catégorie, comme par exemple ceux de Santoña (Cantabrie) ou Corella (Navarre), étaient supérieurs en présentation.
Aux critiques fondées de l'afición, on a souvent répondu ces dernières années à Mont-de-Marsan qu'elles émanaient de néophytes ou de protestataires sytématiques. Mais toujours en les prenant à la légère et jamais au sérieux.
Sérieux, trois toros l'étaient davantage hier par rapport au reste du lot. Le deuxième, exigeant, face auquel Javier Cortés a effectué une faena engagée ; le quatrième, noble, avec un combat sérieux d'Octavio Chacón ; et le difficile cinquième, qui s'est rapidement orienté.
Si l'ambiance est devenue délétère à cause de la mauvaise présentation des toros, le bon public de Mont-de-Marsan n'a pas oublié d'ovationner les trois matadors à leur sortie des arènes : Octavio Chacón, Javier Cortés et Juan Leal. Car ils ont été mis en porte-à-faux en étant dans l'obligation d'estoquer plusieurs toros de présentation indigente, et dont le combat fut pris en dérision sur les gradins. Tout cela alors que l'un de leur camarade, le banderillero José Antonio Prestel, était à l'infirmerie, encorné par le cinquième toro.
C'est terrible dans une même corrida d'entendre une partie du public susurrer la musique d'Intervilles alors que le danger est réel et avéré, et vient de frapper par un coup de corne.
Avec de très bonnes affluences enregistrées pour les cinq corridas des fêtes de la Madeleine en 2019, il y a tout de même espoir, et la place pour faire autre chose. Plutôt que de se contenter du 10ème ou 11ème lot d'un élevage, chercher davantage d'originalité. Cette année, les cartels de toreros tenaient largement la route, mais au niveau ganadero, c'était répétitif, et c'est ce qui a coincé dans le résultat final.
Il conviendra à l'avenir de réfléchir davantage, en se démarquant, en tentant de trouver une identité propre, tout en sachant qu'il y a toujours du monde et des aficionados fidèles à Mont-de-Marsan pour remplir les arènes.
Concernant les dernières corridas de clôture des fêtes de la Madeleine, de registre torista, il n'y avait pourtant rien eu à dire en présentation. Que ce soit pour le lot de Dolores Aguirre de 2018, sérieux mais assez décevant en comportement, que pour celui de 2017, d'Adolfo Martín, digne de Madrid, dur, difficile, mais passionnant de bout en bout.
Et puis, pourquoi ne pas innover, ou renouer avec une corrida-concours, qui jadis avait sa place sur les cartels de Mont-de-Marsan ? Avec des toros sérieux et soigneusement choisis. Il y a, au Plumaçon, un public apte à suivre ce type de corrida. On le dit depuis des années.
Hier, l'orage a grondé. Avec intermèdes musicaux entre chaque toro, certains s'attendaient à un final comme un chemin de roses, en apothéose. En fait, c'est la bronca qui a été belle. À 20 heures 30, les coussins ont remplacé les roses.


Florent

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