samedi 20 juillet 2019

La gare de Collioure


Pour se rendre d'une feria à une autre, comme de Céret à Mont-de-Marsan, les moyens sont multiples et en constante évolution.
En train, c'est jouable, à condition de se lever tôt pour ne pas rater la corrida du soir. Choisir au hasard une gare des Pyrénées-Orientales : Collioure tiens, puis changer à Narbonne, prendre jusqu'à Bordeaux un train Corail, et ensuite un TER entre Bordeaux et Mont-de-Marsan, où les arènes sont en contrebas de la gare. Trois trains au total. 6 heures approximatives de trajet... sans compter le temps d'attente entre chaque correspondance.
Au passage, Collioure est aussi un endroit tauromachique d'importance, car il y a eu des arènes durant près d'un demi-siècle sur le quai de la gare, jusqu'en 2011, date de la dernière course célébrée dans la commune, une novillada des héritiers de Christophe Yonnet.
Il y a dix ans encore, l'activité taurine de Collioure était quelque chose d'intact, et que rien ne paraissait menacer.
La veille du départ, à Portbou, de l'autre côté de la frontière, j'avais demandé à un buraliste un paquet de Lucky Strike. Histoire de ne plus être à la dèche en soirée, de faire comme les copains, d'en fumer une, deux ou trois, mais surtout, d'avoir son propre paquet ! Et puis, statistiquement et socialement, c'est moins compliqué de faire une rencontre, surtout quand on est timide ou réservé, car il y aura toujours une clope ou un briquet à se faire demander, la possibilité d'en fumer une ensemble, de partager une anecdote ou un regard. La cigarette, c'est vraiment un lien social bizarre. Neuf ans avant d'arrêter un tel poison.
Le village de Portbou, situé à la frontière et appartenant à la province de Gérone, est quasiment délaissé. C'est une ancienne étape de voyageurs qui semble appartenir à une autre époque. Il faut, par ailleurs, voir au moins une fois cet énorme hall de gare, témoin du grand passé ferroviaire de l'endroit. Dorénavant, beaucoup moins de trains y passent.
Côté français, la ligne et les paysages sont jolis, entre Cerbère, Banyuls-sur-Mer, Port-Vendres, Collioure, Argelès-sur-Mer, en direction de Perpignan, dont la gare était le centre du monde de Salvador Dalí.
En dix ans, bien des choses ont changé sur le plan tauromachique et ferroviaire.
A Céret, en 2009, y'avait eu des toros portugais très armés, encastés et sauvages de Manuel Assunção Coimbra, une bonne surprise, puisqu'ils avaient été reconduits l'année d'après. On avait pu admirer également la précieuse et rare torería de Frascuelo, qui avait déjà dépassé les 60 ans, tandis que Morenito de Aranda s'était révélé lors de cette feria.
A Mont-de-Marsan, Sergio Aguilar avait triomphé face aux toros de Fuente Ymbro en coupant trois oreilles, avec une grande main gauche et de belles estocades. La possibilité, une fois encore, de caser qu'il était quand même un sacré matador.
Attention toutefois à ne pas trop idéaliser ces années-là. Les piques étaient déjà trop en arrière, les toros arboraient déjà les fundas au campo, les indultos paraissaient généreux, les ferias étaient souvent basées sur des élevages similaires (et de même origine), et les organisateurs de corridas et de novilladas du Sud-Ouest étaient déjà de grands susceptibles.
Mais à Collioure, on faisait encore sortir du toril des cornus chaque 16 août. Et une arène sur le quai d'une gare, c'est forcément quelque chose qui en jette.

Florent

(Image ancienne : vue d'ensemble de Collioure, avec en bas à droite les arènes et la voie ferrée)

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