jeudi 4 juillet 2019

Les derniers héros


Et puis il y a ceux que personne n'attend. Ceux dont on ignore le nom, et que nul n'osera engager.
Seules des organisations indépendantes peuvent se permettre la folie de les appeler à l'affiche. Car quand une arène est gérée par une grande écurie, il faut caser les protégés des uns et des autres, avec peu de place pour les originalités. Peu ou pas de place pour des novilleros comme Francisco Montero.
De ceux qui historiquement sont allés ou vont dans les capeas, dans des "plazas de carros", qu'il faut traduire par places de charrettes. Ils n'appartiennent pas tout à fait au passé, la preuve, car certains tentent encore crânement leur chance dans les capeas. Là où les toros sont vieux, imposants, et où, les cornes longues, naviguent dangereusement et caressent parfois les fémorales. Sans penser à la première ambulance, au bloc opératoire, ou à l'hôpital le plus proche.
Il était risqué d'engager Francisco Montero en remplacement de Manuel Ponce (les deux sont de Chiclana de la Frontera, dans la province de Cádiz), samedi dernier à Boujan-sur-Libron. Compte tenu de son métier, et surtout du fait des cornus qui attendaient en coulisses...
Montero s'est fait connaître par des images le montrant affronter dans des capeas des toros imposants, vieux et le plus souvent très armés. Pour autant, ce n'est pas la même chose d'aller voler quatre ou cinq passes dans une capea, que de s'habiller de lumières et d'assumer la responsabilité de deux lidias intégrales.
Pari risqué, avec une double inconnue. D'un côté avec un novillero, Francisco Montero, et de l'autre avec cet élevage portugais, des héritiers d'António Silva. Des novillos terrifiants en clichés, dont les volumineuses carcasses semblèrent avoir perdu à cause du long trajet et de la chaleur écrasante. Il y avait aussi plusieurs armures abîmées après avoir cogné contre divers murs et parois.
Néanmoins, la novillada était forte, grande, et tout sauf une partie de plaisir. C'est quelque chose d'aller défier un pavillon complètement inconnu des radars de la tauromachie à pied, quand on a débuté en novillada piquée deux ans auparavant, et sans avoir estoqué aucun toro ou novillo depuis.
Par esprit de camaraderie, et d'entraide, les figuras, qui elles parfois sont grassement rémunérées dans de petites arènes et face à des toros bien plus commodes, n'ont sans doute pas envoyé un petit message à Francisco. Du moins, c'est ce dont on se doute.
Et elle est là l'une des grandes injustices de la tauromachie. Des toreros vedettes peuvent passer des saisons à affronter des toros commodes alors que leur métier devrait les obliger à davantage, quand d'autres toreros ou novilleros, récents dans la profession, sont à chaque fois confrontés à des étapes de montagnes.
Une fois en lice, l'inconnu doit assurer dans l'arène. Et à Boujan, Francisco Montero s'en est très bien sorti. De l'émotion, et un véritable esprit novillero, avec courage et détermination dans son combat face à "Groselha", numéro 83. L'épée le priva d'un trophée mérité et valeureusement acquis.
La tauromachie a une nouvelle fois montré qu'elle était aussi une scène de l'improvisation, où même dans une immense adversité, des inconnus pouvaient sortir de l'ombre. Grandis par le succès.

Florent

(Image de Muriel Haaz : Francisco Montero face au sixième novillo d'António Silva, le 29 juin à Boujan-sur-Libron)

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