lundi 15 juillet 2019

Solera, ça veut dire prestige


Niveau toros, la Catalogne est un désert où les cornes et les affiches ont peu à peu disparu. Et ce des deux côtés de la frontière, Collioure, Port-Barcarès, Argelès, Saint-Cyprien, Figueres, Sant Feliu, Lloret, Olot, Gérone, Barcelone aussi bien sûr ! Dans la Catalogne des corridas ne restent que Céret et Millas.
Céret, l'une des plus sérieuses et même plus exigeantes plazas de la planète taurine. Et puis, à Céret, ils n'aiment pas trop donner des oreilles. Pourtant, du fait de les décerner avec parcimonie, cela renforce leur valeur lorsqu'elles sont accordées. Mais avec la dureté de cette arène, cela reste rare.
Alors, goûter à un triomphe inouï en ces lieux, c'est quelque chose de sacrément difficile.
Plusieurs années en arrière, si quelqu'un avait dit qu'un torero français s'y taillerait un succès d'anthologie, on ne l'aurait probablement pas cru. Car Céret est une arène où peu veulent aller.
En 2017 déjà, pour sa présentation dans cette plaza, Maxime Solera était passé tout près du triomphe face à une novillada de Raso de Portillo.
Raphaël, son père, originaire de Port-Vendres, a été novillero dans les années 80. Et son frère, pour sa part, fut razeteur. Les toros, dans la famille, c'est quelque chose d'important. Mais à l'école taurine qu'il fréquentait, lorsqu'il était plus jeune, Maxime Solera a dû entendre de dures critiques. On lui a dit qu'il ne savait pas toréer, pouvait arrêter, et qu'il était ainsi inutile de continuer. En 2018, un genou déglingué par une sérieuse blessure en début de saison a failli compromettre la suite de sa carrière.
Si on regarde dans le dico, "solera", en espagnol, ça veut dire prestige. Et avec audace, le coeur et le sang-froid d'un samouraï, il y a possibilité de faire de grandes choses.
Comme deux ans auparavant, Maxime Solera est retourné à portagayola, face au toril. Cette fois, le novillo de Monteviejo l'a pris de plein fouet, pour un accrochage terrifiant. Le novillero s'est relevé avec l'habit poussiéreux, alors que son adversaire se cassa une corne et dut être remplacé.
Tandis qu'il venait de s'en tirer miraculeusement, Maxime Solera est retourné face au toril pour recevoir le réserve d'Urcola.
A cet instant-là, déjà, il y a ceux qui ne veulent plus voir. Ceux qui se cachent les yeux, et sifflent, par peur.
Mais cette fois, la passe initiale à genoux est réussie. Et une chance pour le novillero d'avoir face à lui un bon adversaire d'Urcola. La lidia est bien faite, en gardant pour le tiers de piques un seul subalterne en piste.
A la muleta, il y a des cites de loin, de la distance, du courage, de l'envie, de la rage. Maxime Solera parvient à transmettre dans chaque série, et on remarque son bonheur d'être là, sa sérénité aussi. A la fin, le coup d'épée qui arrive est extraordinaire, en abandonnant la muleta, et en se jetant sur les cornes. Digne des toreros les plus courageux de l'Histoire de cette profession. Deux descabellos n'ont pas empêché le triomphe, les deux oreilles.
Obtenir deux oreilles à Céret pour un novillero ne peut être un aboutissement, mais c'est une étape dans une carrière, et le symbole d'un engagement remarquable, sans faille. Quelle puissance, et quelle détermination. Au dernier Monteviejo par ailleurs, Maxime Solera ne se contenta pas du succès précédemment acquis, et mena encore une fois parfaitement la lidia, embarquant ensuite avec force dans la muleta un novillo pourtant assez réservé. Une autre estocade, bien placée, et différente cette fois, al recibir.
Maxime Solera pouvait quitter les arènes a hombros, chose qui n'était pas arrivée depuis fort longtemps à Céret pour un novillero, et pour un français. Une arène où tout commença pour lui à genoux, face au toril. On se souviendra longtemps d'images de cette matinée, et de cette détermination fabuleuse. Il y a des choses inexplicables, comme la beauté de ce triomphe.

Florent

(Image de Muriel Haaz : le tour de piste de Maxime Solera après avoir combattu "Hurón", novillo d'Urcola)

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