samedi 9 novembre 2019

8 septembre


Après avoir pris un tampon d'une telle envergure, normalement, la conscience et le bon sens dictent de revoir les ambitions un peu à la baisse. Sauf quand tu t'appelles Maxime Solera, que l'on est le 14 juillet à Céret, et que cela fait deux ans que tu attends ton retour dans cette plaza.

De cette portagayola de l'effroi, Maxime Solera s'en est tiré indemne, sans dégât apparent, alors que le novillo de Monteviejo s'est cassé une corne dans la foulée et a dû être remplacé.

Le réserve porte le fer d'Urcola, et hop rebelote, le novillero français repart s'agenouiller face au toril. Écoulés les moments de tension, chose fascinante, il y aura tout entre cette portagayola et l'estocade finale sans muleta. Engagement, grand courage, sens de la lidia, émotion, distance et profondeur lors de la faena. Deux oreilles fêtées.

Pour en arriver à cette saison 2019 avec des rendez-vous de premier plan, le chemin de Maxime Solera n'a pas été évident, pour ne pas dire semé d'embûches.

En France, on connaît sur le calendrier taurin le 15 août car il est le jour de l'année qui comporte le plus de courses. Mais il ne faut pas perdre de vue le 8 septembre, où dans beaucoup de communes d'Espagne, la naissance de la Vierge est célébrée, et où il y a pratiquement autant de courses qu'au 15 août. Un autre jour comportant beaucoup de corridas et de novilladas. Le 8 septembre est une date clé dans la carrière de Solera.

Le 8 septembre 2016, il s'avance au paseo aux arènes de Peralta, en Navarre, dans un costume vert bouteille et or, avec un bandeau sur le front et un cocard, dus à une blessure. Gueule de boxeur abîmé, c'est sa deuxième novillada piquée, lui qui, pratiquement inconnu au bataillon, a dû partir au Portugal et en Espagne pour tenter de faire carrière. Ça intrigue et on a envie d'en savoir plus, car face aux novillos de Pincha, Maxime Solera torée avec application, sang-froid, et a même de très bons passages de la main gauche. Il sort ce jour-là sur les épaules et s'octroie le prix au triomphateur de la feria.

Hasard des dates, c'est un 8 septembre, en 2019 cette fois, que dans une autre arène du Nord de l'Espagne, à Andorra, en Aragon, il se lance comme beau défi d'affronter seul six novillos d'élevages différents. Marqués de Albaserrada, Dolores Aguirre, Flor de Jara, Aurelio Hernando, Los Maños et Colomer Hermanos. La tâche est rude, autant que le troisième novillo de Flor de Jara qui le cueille et l'oblige à passer par la case infirmerie à la fin du combat. Auparavant, Maxime Solera avait brillé face au Dolores Aguirre. Quand il revient de l'infirmerie au bout de quelques minutes, afin d'affronter cette fois l'exemplaire d'Aurelio Hernando, on retrouve toutes les caractéristiques de sa tauromachie. Cette manière classique de lidier les toros et de les mettre en valeur, ce tempérament, et cette audace, qui le conduira à porter une autre estocade sans muleta, comme le faisait souvent jadis le regretté Antonio José Galán.

Un autre combat épique, trois ans après sa révélation de Peralta. Ce qui est remarquable chez ce garçon, c'est son panache, cette volonté de s'aventurer hors de toute zone de confort, et de ne refuser aucune opportunité.



Florent



(Images : Céret 2019, portagayola, photo de Mélanie Huertas / Peralta 2016, novillada de Pincha / Andorra 2019, seul contre six, paseo, et estocade face au novillo d'Aurelio Hernando)

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