mercredi 20 novembre 2019

C'est loin mais c'est beau



Cela dépayse vraiment de rejoindre Calasparra début septembre, en accomplissant les 1.000 bornes qui nous en séparent. Calasparra, où les aficionados du cru vous racontent encore l'été 94.

Ailleurs en 1994, à Madrid, il y a eu la rencontre épique de César Rincón et de "Bastonito" de Baltasar Ibán, ainsi que la prodigieuse faena de Julio Aparicio à un toro d'Alcurrucén, dont les sublimes gestes dessinés sur le sable de Las Ventas sont singés des centaines de fois dans la salle de bains, mais sans grâce, sans charisme, et sans public. Une faena dont même la vidéo altérée par la qualité VHS donne envie de se lever de son siège.

1994, la victoire du Brésil contre l'Italie en finale de Coupe du Monde après un match ennuyeux, un 0 à 0 pourri, et une séance de tirs au but. 1994, la mort d'Ayrton Senna. Et celle de Kurt Cobain, à l'âge 27 ans.

Et à Calasparra, d'un après-midi de juillet 94, les aficionados locaux racontent donc encore à ce sujet, sur un ton exalté : "ce novillo a sauté vers nous, sur les gradins !". Un novillo de l'élevage d'Apolinar Soriano, de présentation anodine, qui a décollé du sable pour aller rendre visite aux spectateurs assis là et pour semer la panique. En civil, c'est le jeune matador de l'époque Pepín Liria, originaire de la commune voisine de Cehegín, à 15 kilomètres de là, et présent à la novillada, qui aida à déloger la bestiole d'Apolinar Soriano, et à la faire revenir en piste. Sont restées dans les rétines des gens de Calasparra les images de ce saut côté gradins soleil, et de ce novillo qui s'est retrouvé là, tout en haut.

Aux copains auxquels j'ai proposé d'aller à Calasparra cette année, pas mal ont répondu "Mais putain c'est loin Calasparra" après en avoir consulté la localisation sur une carte. Puis y'a ceux qui y étaient, et sont venus, un jour, trois jours, ou plus, et qui forcément, se reconnaîtront.

Calasparra, et le désert de la région de Murcie au mois de septembre. Paysage aride, mais qui pour l'avoir découvert en 2018, donnait vraiment envie de revenir.

Et pour l'anecdote, l'an passé, cela avait été une plaza porte bonheur pour les français. Dix-huit novilleros engagés dans la feria, et seulement deux sorties en triomphe, deux français, Adrien Salenc face aux Valdellán – trophée Espiga de Oro au triomphateur de la feria – et Maxime Solera devant les Prieto de la Cal.

Cette année, la feria du Riz, qui a invariablement lieu du 3 au 8 septembre, sur six jours, avec six novilladas piquées, voyait défiler dans l'ordre les ganaderías de Puerto de San Lorenzo, Valdellán, Prieto de la Cal, José Escolar Gil, Cuadri et Miura.

Une sacrée et prestigieuse affiche, qui donnait envie de revenir à Calasparra, avec bien évidemment beaucoup de respect pour les novilleros venus se mesurer à des lots aussi sérieux.

Calasparra est devenue avec les années l'une des meilleures et plus importantes ferias de novilladas d'Espagne, où l'on essaye de bien faire les choses, avec un public attentif et exigeant. Et puis, l'arène en elle-même, dite "La Caverina", qui date de 1896, de 4.200 places, avec seulement deux escaliers pour accéder aux gradins, a énormément de charme et de cachet. Elle accueille aussi chaque année une corrida le 30 juillet.

Cette année, la feria de septembre aura été marquée par la dureté des novillos au programme, face auquel se tailler un succès n'était guère évident.

Les discussions risquent d'être animées cet hiver du côté de Calasparra, car la concession des arènes, qui sont de propriété privée, vient d'être confiée à une empresa méconnue, alors que l'actuel gestionnaire, Pedro Pérez "Chicote", connaissait d'excellents résultats avec l'appui de la municipalité, des aficionados et des associations taurines locales. À voir comment les choses évolueront à l'avenir.

Toujours est-il que le 3 septembre prochain, sur les coups de 10 heures, résonnera dans tout le bourg le bruit du pétard annonçant le premier encierro de la feria. A 18 heures 45, la banda municipale fera son entrée sur la piste en jouant "Gallito", puis rejoindra les gradins, et là commencera le paseo. Cela fait tard pour le mois de septembre, et en sortant des arènes il fait nuit, mais voir des courses à Calasparra prolonge le doux parfum d'été.


Florent

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