mercredi 13 novembre 2019

Taches de sang sur costume blanc


La première vérité, c'est celle de l'arène, réelle, implacable et irremplaçable. Et la première chose que l'on peut voir d'un homme en piste, c'est sa sincérité. Déjà dans le choix d'être là et d'avoir décidé de porter l'habit de lumières. Ensuite, dans la manière d'affronter les toros.
Ce garçon, c'est Francisco Montero. Et alors que la tauromachie est faite de beaucoup d'émotions contenues et invisibles, on a pu le voir pleurer au moins deux fois en piste cette année. Pas par tristesse ou dépit, mais parce qu'il semblait heureux d'être là. Sensations brutes. La première fois, à la fin d'une série avec la muleta à Boujan-sur-Libron, jour de chaleur infernale, avec un lot gigantesque de l'élevage portugais d'António Silva. C'est le premier novillo qu'affrontait Montero en costume de lumières depuis deux ans. C'est dire à quel point il lui paraissait énorme d'en arriver là et d'obtenir une telle opportunité.
La seconde, c'était au moment de sa sortie en triomphe à Villaseca de la Sagra, après avoir combattu un imposant lot de Monteviejo. Encore un autre palier franchi à cette occasion, au cours d'un été passé à affronter des novilladas vertigineuses.
En novillada, ce qui prime, c'est l'envie et la personnalité. Et il est certain que depuis bien des années, la prééminence des écoles taurines a complètement fait disparaître ce type de torero, venu de l'extérieur, sans appuis.
Lundi à Saint-Sever, on a assisté à une journée taurine d'un grand intérêt. Déjà le matin, avec des novillos encastés de Sánchez-Fabrés et la volonté des toreros à l'affiche. Andrés Palacios, par son toreo, et Miguel Ángel Pacheco, par son engagement, se sont le plus distingués.
L'après-midi, les novillos étaient de Coquilla de Sánchez-Arjona. Et ce n'est pas une partie de plaisir pour un novillero d'aller affronter dans le froid de novembre un lot comme celui-là, aussi exigeant, qui permet peu ou pas d'erreur. La preuve, Francisco Montero et Alejandro Mora ont tous les deux été soulevés.
Devant le meilleur novillo de l'après-midi, le deuxième, Alejandro Mora a réalisé de très beaux gestes, avec profondeur, notamment en fin de séries, avec des trincheras de grande classe. Hélas, l'épée lui a fait défaut. Mais ce n'est pas la première fois que l'on pouvait apprécier la torería de ce novillero.
Ce qui est intéressant en novillada, c'est de voir des personnalités, des concepts et des parcours différents.
Francisco Montero avait remis le costume blanc et argent. De Boujan-sur-Libron, de Madrid, de Peralta, de Villaseca, d'Arnedo. Il y est allé, comme on dit en espagnol, "a sangre y fuego". À sang et à feu. Déclaration d'intentions dès le premier combat avec un accueil par farol, gaoneras, et pour finir, une larga cambiada à genoux ! Le Coquilla, difficile et avisé, nécessitait beaucoup de métier, et il accrocha durement Francisco Montero à deux reprises pendant la faena.
Quant au troisième novillo, Francisco Montero alla le recevoir à genoux face au toril, et posa lui-même les banderilles. Ce novillo avait plus de fond que le premier, et Montero s'appliqua beaucoup, parvenant même à donner de bons muletazos de chaque côté. Avec toujours cette incroyable détermination, celle qui fait avancer les fémorales en terrain miné.
Elle est belle l'image d'un novillero sorti de nulle part, le costume abîmé pour la énième fois, souillé par le sang du toro comme preuve d'engagement, dans la lumière, à la nuit tombée.
Francisco Montero termina sa faena avec des manoletinas en remplaçant la muleta par la cape de paseo. Ce qui n'a rien d'orthodoxe mais nous rappelle qu'en novillada, il y a toujours eu des suertes sortant de l'ordinaire. L'estocade, d'un grand engagement, et en gardant ce tissu réduit qu'est la cape de paseo, avait quelque chose de fort méritoire. Elle fut déterminante dans la concession des trophées. C'était seulement la dixième novillada piquée de Francisco Montero.
Et si un jour, un novillero paumé dans les incertitudes, en plein doute, cherche à rebondir, il pourra regarder les archives de la saison 2019. Il y découvrira l'exploit de Francisco Montero, et reprendra espoir.

Florent

(Image de Vuelta a los Toros : Francisco Montero à Saint-Sever le 11 novembre)

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