mercredi 8 janvier 2020

Clair de lune à Pampelune


Au terme de l'émission Signes du Toro du mois de novembre 2019, on pouvait entendre Joël Jacobi prononcer un "Hasta siempre" qui avait de quoi mettre la puce à l'oreille. Un présage confirmé ces derniers jours, puisque sur le réseau social Twitter, le journaliste de FR3 a annoncé qu'il était officiellement retraité, lui qui avait commencé à la télé en 87.

À la tête d'une émission qui aura changé plusieurs fois de nom. "Signes du Toro" pour la période la plus récente, "Tercios" pour la plus épisodique, et historiquement "Face au Toril". Une émission mythique pour beaucoup d'aficionados.

Avec des génériques éloquents. Dans l'un d'entre eux, on voyait "Gañanito", un immense toro noir de l'élevage d'El Sierro, franchissant la porte du toril des arènes d'Arles. Les musiques aussi, avec le "Clair de lune à Pampelune" de Pascal Comelade – qui a également composé le paseo de Céret –, un générique qui donne envie d'enfiler des zapatillas, de se munir d'une cape ou d'une muleta, d'avancer la jambe, et d'aller toréer. Mais avant tout, quand même, de regarder chacune de ces émissions sur petit écran !

Un programme réalisé pendant des années par Christian Marc et Michel Dumas, et à laquelle ont aussi énormément contribué Jean-Michel Mariou et Vincent Bourg "Zocato".

Une exploration permanente sur la terre des toros, avec des histoires, des rencontres, des visages. Cela permettait de mettre des voix, des expressions et des intonations sur des noms.

Celui qui est né dans les années 80 ou 90 et suit cette émission aura toujours connu la voix de Joël Jacobi contant ces histoires.

Avec des incontournables, sur un ton coloré, imagé, fleuri, parfois décalé, jusque dans les choix musicaux. Mais surtout, un travail inimitable et inégalable que celui réalisé par Joël Jacobi et son équipe pendant toutes ces années. Qui plus est sur France 3, chaîne du service public, avec une émission ayant de nombreux fidèles, que l'on qualifierait de "seguidores" dans la langue de Cervantes.

Aux dernières nouvelles, le futur de cette émission serait énigmatique. En espérant évidemment qu'elle continue.

Alors, des années durant, se sont succédés les portraits de toreros, de banderilleros, de picadors, de ganaderos, de mayorales, d'aficionados, de coureurs d'encierros.

De quoi créer plein de souvenirs et une jolie bibliothèque audiovisuelle. Des trois jours en France de José Miguel Arroyo "Joselito" et sa cuadrilla, à Béziers, Dax et Bayonne, de son équipe qui dans les Pyrénées-Atlantiques n'aime pas les toros de Gabriel Rojas à l'heure du sorteo car elle les trouve moches. Du valet d'épées du même Joselito qui soigne tous les détails logistiques, dont ceux du costume de lumières, et apparaît comme un véritable majordome.

Le baptême du feu du mexicain Roberto Fernández "El Quitos", qui va toréer la première corrida de sa carrière en Europe à Arles, face à des toros de Miura (!), et se fait cisailler le costume, après être allé s'agenouiller... face au toril.

De ce jeune torero gardois qui bégaye, et raconte que ses camarades de classe se moquaient de son handicap. Comme leçon de vie, il leur indique que ce que lui fait dans l'arène face aux toros et aux cornes, aucun d'entre eux ne l'égale. Il s'appelle Gilles Raoux.

Et tant d'autres histoires. C'est un peu ça Face au Toril, devenu Signes du Toro au fil des années. Des histoires relatives à la tauromachie, avec toujours comme point commun l'aspect humain, afin de raconter cette activité à nulle autre pareille.

Les archives de l'émission ne manquent pas et cela fait toujours quelque chose de retomber sur l'une d'entre elles.

Il y a aussi ces images de septembre 89, un matin devant l'hôtel Nord Pinus à Arles, où Joël Jacobi et Jean-Michel Mariou vont attendre Christian Montcouquiol "Nimeño II" qui revient d'Ampuero, en Cantabrie, où il a toréé la veille. Après une sieste, c'est une corrida de Miura qui l'attendra sur le sable d'Arles, avec en second adversaire au tirage au sort un certain "Pañolero". On connaît hélas la suite.

Quel que soit l'avenir de cette émission, avec tant d'images, de musiques, et de couleurs, elle fait dans tous les cas partie du patrimoine de la tauromachie française. Et du patrimoine d'une France méridionale que l'on n'envisage pas sans toros.



Florent

Aucun commentaire:

Publier un commentaire