dimanche 29 mars 2020

Le dimanche 29 mars, un beau jour pour mourir

À cette hauteur du début de saison 2015, et avec un tel geste, Iván Fandiño devait se dire qu'il y avait de quoi changer la donne et bouleverser la hiérarchie pour de bon.
Les jours précédant la corrida, il confiait ses intentions dans les colonnes du journal ABC. "Et si je dois mourir, je mourrai libre !".
Des paroles reprises à titre posthume deux ans plus tard par son fidèle ami et apoderado Néstor García.

Des mots qui démontrent le choix pouvant être fait par un torero face à un grand rendez-vous. Deux options, deux portes : la grande ou celle de l'infirmerie.
Certains ont parfois du mal à croire ces mots, mais ils sont bien réels.
Iván Fandiño avait de quoi réussir ce 29 mars. Les arènes de Las Ventas à guichets fermés, et les près de 24.000 billets vendus sur son seul nom. Un torero au parcours atypique, qui venait de remporter par deux fois le prestigieux trophée "Oreja de Oro" en fin de saison en 2012 et 2013, décerné par les auditeurs de Radio Nacional de España. Symbole d'une régularité dans le succès.
Et puis, il faut dire que Fandiño avait mis la barre haute dans l'arène en matière d'engagement.
On se souvient d'un mano a mano en 2011 à Madrid avec David Mora où il termina en jean's par dessus son costume vert et or qui avait bien morflé.
Et puis, la grande porte de la feria de San Isidro 2014, un grand soir, et un bouquet final avec une estocade en se jetant entre les cornes.

Alors, ce seul contre six du dimanche 29 mars 2015, s'il fonctionne, la saison peut prendre une sacrée tournure. Dans les chiqueros attendent des toros de Partido de Resina, Adolfo Martín, Cebada Gago, José Escolar Gil, Victorino Martín et Palha, rien que ça !

Au final, le résultat de cette corrida fut loin de ce dont Iván Fandiño avait rêvé. Il s'était vêtu d'un costume gris et or. Peut-être avait-il trop songé à cette corrida avant même de faire le paseo ? Et des doutes ?
L'attente, pourtant, était immense, et je me souviens d'une discussion quelques mois plus tard avec Antoine Capdeville, qui faisait partie de l'entourage et de la logistique du torero. Antoine, issu d'une famille très aficionada et qui va voir des toros depuis son plus jeune âge, disait n'avoir jamais senti une telle tension et un tel espoir avant une corrida.

Iván Fandiño avait depuis longtemps dévoilé ses intentions, en faisant part dans l'arène des sacrifices auxquels il était prêt pour triompher. Et au-delà de l'arène, on a besoin de figures comme cela, qui sortent complètement de l'ordinaire. Cette puissance dégagée a de quoi convaincre et rendre optimiste.
Cette force donnait à Iván Fandiño une image de torero invincible. Alors, on a ressenti peine, tristesse et incrédulité lorsqu'il est parti deux ans plus tard.
Mais il était sans craintes ni peurs.

Florent

vendredi 27 mars 2020

Arènes en bois des Landes

Celui qui prétend qu'il n'existe pas de tradition taurine en France, et qu'il s'agit d'une pure invention des défenseurs de la tauromachie, commet une lourde erreur. Un déni.
Sans s'éloigner, on s'aperçoit que la Gascogne est l'une des régions au monde où la densité d'arènes est la plus forte. Plein de villes et villages ont leur propre arène, et y donnent une ou plusieurs fois dans l'année des courses landaises, des corridas ou des novilladas.
Et parmi ces arènes, surtout dans les Landes, pas mal d'entre elles sont construites en bois.
Il y a encore quelques années, l'aficionado pouvait faire la trilogie des arènes en bois à la fin du mois d'août. Avec tout d'abord une novillada à Roquefort autour du 15 août, puis les novilladas sans picadors de Rion-des-Landes la semaine suivante, et enfin Saint-Perdon le dernier dimanche d'août.
Hélas, la trilogie a été rompue avec l'incendie accidentel qui a emporté les coquettes arènes André Ducournau de Saint-Perdon en juin 2009. Rectangulaires et intégralement en bois, elles étaient magnifiques, comme on le remarque sur la photo de Laurent Larroque prise en 2008, et qui plus tard avait été utilisée pour une affiche commémorative. Depuis, les organisateurs de La Muleta de Saint-Perdon poursuivent courageusement dans la même lignée, et continuent à proposer leurs novilladas, cette fois aux arènes du Plumaçon à Mont-de-Marsan. Ce déplorable incendie est la preuve de la fragilité de ces arènes, qu'il convient absolument de protéger.
Celle de Roquefort est surnommée "Monumental des Pins", avec une tradition de novilladas sérieuses, et des heures brillantes dans ce nouveau siècle grâce à l'élevage de La Quinta qui y a remporté bien des succès. À Rion, dont l'arène est en grande partie en bois, la ganadería salmantine de Valdefresno est une habituée, si bien que la grande porte des arènes porte le nom du ganadero Nicolás Fraile.
Le point commun de toutes ces belles arènes est de posséder des gradins couverts.
Et il existe d'autres endroits où l'on retrouve des arènes au coin du bois, de la gigantesque forêt des Landes de Gascogne. Comme à Brocas-les-Forges, où la superbe placita est située près d'un cours d'eau. S'il y a eu des corridas, novilladas et festivals à Brocas, il est dommage qu'il n'y ait pas de date fixe dans le calendrier.
Dans de nombreux villages, il arrive de tomber sur une tribune esseulée, parfois en bois, et où le reste de l'arène est agrémenté pour le jour de la course landaise.
Des arènes construites en bois, on en retrouve également à Bascons – village qui possède deux arènes –, à Morcenx, ou encore à Estang, dans le Gers, et quasiment limitrophe avec le département des Landes. Beaucoup d'arènes en bois, pour des raisons différentes que Saint-Perdon, ont malheureusement disparu elles aussi du panorama avec les années.
Mais, chose rassurante, il en existe toujours, et on compte bien les voir préservées dans le temps.
Un pied de nez au destin veut que la tauromachie soit souvent décriée par des partis politiques qui s'autoproclament écologistes. Pourtant, à bien y regarder, les courses qui sont célébrées dans des arènes en bois, aussi bien les corridas avec des toros de race brave, que les courses landaises avec les vaches, qui supposent à chaque fois des animaux issus d'élevages extensifs, ont un potentiel écologique non négligeable. Avec un immense respect de l'environnement.

Florent





jeudi 26 mars 2020

Zestoa

Dans la jolie liste des places de village qui deviennent arène une fois par an, celle de Zestoa possède une identité à part.
Car c'est une commune du Pays Basque, ce qui se remarque au niveau des drapeaux ainsi que sur les affiches annonçant les novilladas, et ce qui s'entend en écoutant parler les gens du cru.
Zestoa, située tout près d'Azpeitia, est actuellement la place taurine en activité la plus proche de la frontière française après San Sebastián.
On y revendique une vieille tradition taurine, qui remonterait à l'année 1666. Pendant les fêtes de Zestoa, début septembre, le pasodoble "Amparito Roca" résonne en permanence dans le village, comme un hymne local.
Deux novilladas sans picadors y sont célébrées chaque année, et la municipalité organisatrice fait toujours appel à l'élevage d'Adolfo Rodríguez Montesinos, d'encaste Santa Coloma, basé dans la province de Tolède.
L'arène éphémère fait environ 600 places et n'a aucune difficulté à se remplir. C'est pour cette raison qu'il faut arriver assez tôt dans la journée pour s'assurer un billet d'entrée.
Avant que ne commence la novillada à 18 heures, on hésite toujours pour la place à choisir. Ou bien assis dans la tribune du fond, ou encore dans la longue tribune latérale qui fait face à l'église, voire debout au pied du bar situé à côté du toril. Mais quel que soit l'endroit choisi, on goûte à un véritable un parfum d'antan.

Florent 




mercredi 25 mars 2020

Mijas

Dans une interview un jour, Antonio José Galán avait déclaré que sur environ 200 estocades sans muleta, il n'avait été blessé que quatre fois. Torero épique et héroïque, que l'on surnommait "El loco Galán". Le fou !
Sa disparition prématurée, à l'été 2001, avait ému toute la planète taurine. Un accident de la route dans la province de Burgos alors qu'il revenait de Dax et de Bayonne, où son fils David venait de toréer en non piquée. Ce fatidique 12 août 2001, lors de la matinale de Bayonne, un novillero sans picadors du nom de Manuel Escribano – qui plus tard verra sa carrière lancée pour de bon –, avait dédié son adversaire à Galán. Un dernier brindis, sans le savoir.
Parmi ses refuges, Antonio José Galán avait été propriétaire des petites arènes de Mijas, près de Málaga. D'ailleurs, aujourd'hui encore, l'arrière-salle comporte de nombreuses évocations du torero, et rappelle qui il fut.
C'est une arène de village située dans une véritable station balnéaire, 80.000 habitants, et une forte communauté britannique.
Les arènes, qui datent de 1900, sont perchées dans la partie ancienne de la commune, elles comportent deux tribunes qui se font face, et sont fort curieuses.
Une plaza de toros miniature, avec toutes les dépendances d'une grande : patio de caballos, chiqueros, corrales, desolladero, patio de cuadrillas, infirmerie, chapelle...
Cela fait quelques années qu'il n'y a plus eu de courses dans cette enceinte qui pourtant accueillait récemment des festivals et des novilladas sans picadors toute l'année, de janvier à décembre !
Là-bas, la tauromachie faisait partie de l'offre touristique.
Comme à domicile, Franck Evans "El Inglés" y toréa de nombreuses fois. Pour l'annoncer lors d'un festival en 2013, un drapeau de la Grande-Bretagne apparaissait même en second plan sur l'affiche.

Florent







mardi 24 mars 2020

Santoña

L'arrivée à Santoña s'effectue en traversant un parc naturel, et qui donne l'impression d'atteindre une presqu'île.
Santoña est au bord de l'Atlantique, dans la région de Cantabrie, située entre Santander à l'Ouest et Bilbao et le Pays Basque à l'Est.
Difficile de rater les arènes, inaugurées en 1907, et d'une capacité de 5.000 places. En zone portuaire, elles se retrouvent souvent les pieds dans l'eau lorsque l'océan fait des siennes.
Santoña est une ville dont à la fois la géographie et l'économie sont tournées vers la mer. Une spécialité pour les anchois et le thon, avec un nombre colossal de conserveries dans la ville. Et par ailleurs, quand un torero effectue un tour de piste aux arènes de Santoña, on lui offre un thon au bout d'une ligne.
Le monde de la tauromachie a toujours fait preuve de beaucoup de solidarité, quel que soit le lieu. En 2005, une course y avait été organisée au bénéfice des familles de pêcheurs ayant péri en mer après le naufrage de leur navire, le "Nuevo Pilín".
Chaque année, c'est la "Virgen del Puerto" qui est célébrée à Santoña, et dans le cadre de cette fête traditionnelle, la corrida a lieu à une date invariable, le 8 septembre.

Florent






lundi 23 mars 2020

Caravaca de la Cruz

Parmi toutes les arènes que l'on connaît et que l'on recense de mémoire, aucune n'est comparable à l'originalité dont dispose la plaza de Caravaca de la Cruz, dans la région de Murcie
J'étais allé m'y promener une première fois un jour de novillada à Calasparra, à vingt kilomètres de là. Il faut dire que les novilladas de la feria de Calasparra, du 3 au 8 septembre, commencent à 18 heures 45 et laissent le temps de faire un nombre considérable de choses dans la journée. Y compris se rendre à la plage, et il faut remarquer que les stations balnéaires aussi agréables que quasi-désertes à cette période – septembre oblige –, entre Carthagène et Mazarrón, ne manquent pas !
Dans le voisinage, il y a également Cehegín, la ville de Pepín Liria, et dont la curiosité des arènes est d'avoir un arbre sur ses gradins.
Quant à la façade rouge des arènes de Caravaca de la Cruz, qui n'ont plus donné de course depuis 2015, c'est un joyau architectural de style Néo-mudéjar.
Les arènes ont été construites sur les ruines d'un couvent. La construction date de 1880, tandis que l'extension et la fameuse façade ont été réalisées en 1926.
Ah comme elle est impressionnante cette devanture, d'autant qu'on peut même l'apercevoir depuis l'autre bout de la commune !

Florent





dimanche 22 mars 2020

Carratraca

Sur la route cabossée entre Málaga et Ronda, on peut s'autoriser bien des détours. L'arrière-pays est riche en petits trésors, et il y a probablement davantage de choses à voir que dans bien des communes littorales où hélas la bétonisation est venue saccager le paysage.
Juste avant d'arriver à Ronda, on en profitera au passage pour faire un saut à Setenil de las Bodegas, commune située dans la province de Cádiz, et où l'on est subjugué par la construction d'habitations, de bars et de restaurants sous un immense rocher. Comme si ce dernier était venu se poser là sans complètement les écraser.
Et bien avant d'arriver, il convient aussi de faire étape à Carratraca. Là, les arènes dont la construction date de 1878 ont été creusées dans la roche. La piste est aussi grande qu'une cour d'école, et son insertion dans le paysage est vraiment pittoresque.
Les arènes de Carratraca sont toujours en activité. Il y a quelques semaines à peine, le 28 février, y avait même lieu une classe pratique dirigée par le torero péruvien Joaquín Galdós, avec des novilleros sans picadors de différentes écoles taurines.

Florent





samedi 21 mars 2020

Santa Cruz de Mudela

Parce que leur construction remonte à 1641, les arènes du sanctuaire de Nuestra Señora de Las Virtudes - qui dépend de la commune de Santa Cruz de Mudela (province de Ciudad Real) - seraient les plus anciennes d'Espagne !
On remarque par ailleurs que parmi les plus anciennes, beaucoup ont été bâties à proximité d'édifices religieux.
C'est une arène carrée, qui est située à 20 kilomètres à peine de l'Andalousie et du défilé de Despeñaperros. Sur l'autoroute A-4 entre Madrid et Séville, c'est en prenant la sortie 220 que l'on peut aller contempler ce superbe édifice. A plusieurs endroits, des balcons font office de gradins, tandis que l'église donne directement accès au callejón.
Les arènes, classées au patrimoine des monuments historiques, sont ouvertes quasiment tous les jours de la semaine et leur visite est gratuite.
Pour les dates traditionnelles des corridas à Santa Cruz de Mudela, il y a fin avril pour les fêtes de San Marcos, ainsi que le 8 septembre, et parfois aussi le 31 mai, qui est le jour de la fête régionale de Castilla-La-Mancha.

Florent

jeudi 19 mars 2020

Fallas


19 mars, le jour du patron, festivités de San José, et clôture habituelle des Fallas de Valencia.
Valencia, c'est la capitale du Levant en Espagne. À l'Est, une ville agréable, dont on peut apprécier aussi bien le centre historique que les édifices modernes aux alentours. Son gigantesque marché central, ses deux clubs de foot, le Valencia CF et le Levante.
En mars, il se peut parfois qu'il y fasse frisquet. Mais la proximité de la Grande bleue offre des températures douces à toute saison et un ensoleillement généreux, une vertu déployée dans l'arène par les enfants de la terre, de différentes générations, de Vicente Ruiz "El Soro" à Román.
Dans tous les villages autour, il y a une passion dingue pour les toros dans la rue. On les compte par centaines chaque année.
Les Fallas, sur le plan taurin, sont quant à elles très suivies, car la feria est retransmise à la télévision. On parle là de la première grande feria de l'année en Europe. 
Ironie du sort et curiosité, en 2020, seule la course d'ouverture, une novillada sans picadors de Jandilla pour six élèves d'écoles taurines, le dimanche 8 mars, a pu être célébrée. On dit que le lot de novillos de Fuente Ymbro qui attendait dans les corrales pour être combattu le jeudi 12 mars par El Rafi, Miguelito et El Niño de las Monjas a été ramené à l'élevage une fois l'annonce de l'annulation de la feria. Et le camion transportant la novillada d'El Parralejo du 13 mars a pour sa part dû faire demi-tour en chemin.
Cette feria 2020 devait célébrer le 16 mars les trente ans d'alternative d'Enrique Ponce dans la même arène, lors d'un mano a mano avec Pablo Aguado – qui n'était pas né le 16 mars 90 – face à une corrida de Juan Pedro Domecq. La longévité de Ponce dans l'arène est incroyable, à un tel niveau, et en toréant pendant autant de saisons. Mais à Valencia le sort l'accable récemment. Corrida des trente ans d'alternative annulée. Et en 2019, il avait inauguré un costume blanc et noir en hommage au CF Valencia pour son centenaire. Résultat : une grave blessure au genou en retombant mal après avoir été soulevé par un toro de García Jiménez. L'emblème du Valencia : une chauve-souris. Attention au mauvais oeil.
La plaza devait aussi fêter Andrés Roca Rey, qui chaque année y connaît de grands succès, et pour lequel la corrida du 14 mars affichait déjà le "no hay billetes" une semaine auparavant. Autant de billets devant être remboursés. 
L'an passé, c'est à Valencia que Paco Ureña avait fait sa réapparition après sa terrible blessure d'Albacete. Lui aussi est l'un des toreros de prédilection de Valencia. 
Une arène avec deux rendez-vous majeurs sur quatre au total dans la saison. Les Fallas, et la feria de juillet.
Des Fallas de cette année, on pouvait reprocher qu'elles soient essentiellement tournées vers les corridas de vedettes, et sans affiche torista.
En 2019, c'est pourtant lors de la corrida de Victorino Martín que l'on avait pu voir l'une des images fortes de la feria. Blessé et héroïque face à son premier toro, Octavio Chacón était allé recevoir des soins à l'infirmerie. Grâce aux caméras de télévision, on avait pu remarquer son attitude, son sang-froid, et sa détermination d'aller affronter son second adversaire. En torero.

Florent








mercredi 18 mars 2020

Coup de massue

Coup dur en observant le calendrier. On n'ira pas à cet endroit là, et probablement pas là non plus. À cause d'un truc que l'on n'avait pas vu venir. Sans pouvoir imaginer de lui pareille force et virulence. Et face à cela, il faut bien quelques jours pour se remettre du K.O technique et réaliser.
On en arrive à un point où le moindre contact humain peut faire plus peur que les WC d'un train Corail Intercités.
Alors la liste d'annulations et de reports s'allonge. Noircie au crayon ou au stylo, autant que celle des restrictions à la liberté d'aller et venir. Désormais, les déplacements deviennent limités dans le temps et l'espace.
C'est un peu comme pour un torero qui vient de subir un coup de corne. Quand ? Oui quand ! Quand s'achève la convalescence ? Quand se retrouvera-t-on dans un état suffisant pour revenir ?
Pour un domaine où habituellement seule la météo, si l'on se réfère au "si el tiempo no lo impide" des affiches, peut contrarier la tenue d'une corrida, avec l'aval de la présidence, des matadors et des cuadrillas, c'est inattendu. Car la corrida très généralement, quand elle est annoncée, elle a lieu. Indépendamment même de certaines blessures. Car on a déjà vu des toreros recevoir des coups de corne avec deux trajectoires de 15 ou 20 centimètres dans la cuisse, être sur pied et réapparaître quinze jours plus tard. Présents au paseo. Petits miracles de la tauromachie.
Et paradoxalement à cette force inexplicable, l'aficionado est également conscient de la fragilité et de la vulnérabilité du corps humain. Car il s'expose, avance, prend des risques.

Pour évoquer la seule saison française 2020, sur le papier, c'était la plus passionnante de ces dernières années. Ce qui par ailleurs n'offre aucune garantie ensuite en piste. Mais il faut dire que ces affiches, parce que variées et bien réfléchies, étaient vraiment alléchantes et attractives. Avec de grandes affluences en prévision. Mais pour l'heure, c'est une saison progressivement amputée de ses rendez-vous.
La feria d'Arles de Jean-Baptiste Jalabert avait de quoi attirer l'aficionado, avec notamment la réapparition d'Alejandro Talavante lors d'un mano a mano avec Juan Leal face à des toros de Garcigrande et Adolfo Martín ; le seul contre six élevages différents du cavalier Diego Ventura ; et la corrida de Miura avec l'alternative du français Maxime Solera et une autre réapparition attendue, celle de Rafaelillo.
À Pâques, en même temps, était prévu un week-end intéressant dans le Sud-Ouest entre la corrida-concours d'Aignan et un joli cartel avec la novillada du prestigieux élevage de Torrestrella à Mugron.
Sont encore à l'affiche les belles ferias toristas de Saint-Martin-de-Crau et Alès, les novilladas de Boujan-sur-Libron, les classiques Vic-Fezensac et Céret. Et puis pour cet été, il y aura le renouveau proposé par Mont-de-Marsan. Entre autres, parmi tant de choses.
Et puis, voir si Pedraza de Yeltes va tenir son rang, puisque cet élevage fournit des toros dans quasiment toutes les grandes arènes françaises cette année. Comme c'était un peu le cas pour Guardiola en d'autres temps.
Enfin la reconnaissance et des contrats mérités pour des toreros qui ont tant ramé et galéré afin d'en arriver là, et je pense notamment à Alberto Lamelas.
José Tomás deux fois à Nîmes, que cela plaise ou non, c'est quand même quelque chose pour qui aura envie d'aller le voir !
Une saison variée et destinée à plein de sensibilités d'aficionados. Mais une saison pour l'heure contrariée.
Alors, c'est avec tristesse que l'on voit cette saison être progressivement rongée. On pense aux ganaderos, aux toreros, et à tous ceux qui vivent de la tauromachie. Il convient de s'armer de patience.
La vie, comme les toros, donne des coups de cornes. L'important, c'est la faculté de s'en remettre, et repartir de l'avant.

Florent

jeudi 5 mars 2020

Tabagisme et or

Pour l'aficionado qui a récemment arrêté de fumer et qui est parvenu à surmonter les premières étapes, la plus dure est d'envisager le premier jour de corrida sans tabac. Long, sans fin.
Parce que les toros sont liés à la belle saison, et un jour de course pour un fumeur, c'est encore différent du quotidien.
Mais avec de l'entraînement, on finit par y arriver, à oublier et faire abstraction.
Du fait de la constante montée des prix du tabac, il semble qu'il y ait une volonté politique de faire disparaître la cigarette de la société, et de l'éradiquer par le moyen le plus dissuasif qui soit : le prix.
Il y a des domaines dans lesquels elle a historiquement été très présente. Comme au cinéma. Dans une moindre mesure maintenant, même si dans les films de certains réalisateurs, comme Tarantino, on retrouve encore des acteurs qui clopent sans discontinuer.
Il faut rappeler aussi qu'il n'y a pas longtemps encore on fumait sur les plateaux télé.
La tauromachie est un domaine qui reste très lié au tabagisme. Certainement le fait d'une tension pouvant culminer à un haut degré. Cigares, cigarettes.
Parmi ceux qui reviennent le plus souvent, on dit que l'un des plus beaux costumes pour un torero est celui de couleur tabac et or. Et puis, le midi, on effectue toujours le tirage au sort des toros avec du papier à cigarettes.
Il y a chez les toreros des fumeurs célèbres. C'était le cas d'Antonio Chenel "Antoñete", qui fumait énormément. Jusqu'à quatre voire cinq paquets par jour. Il disait que c'était son vice, au même titre que sa passion pour la tauromachie. Il déclarait avoir voulu commencer car dans sa jeunesse il avait un jour vu Manolete fumer.
On n'imagine pas en 2020 un sportif de haut niveau allumer une cigarette avant une compétition et sans même se dissimuler des regards ou des caméras. Il y a comme une barrière, un interdit, entre le tabac et la performance physique.
En tauromachie, en revanche, on peut remarquer encore beaucoup de toreros, banderilleros ou picadors, une cigarette à la bouche, avant ou après un combat.
Ceci est une discipline à risque. Avec l'incertitude, il faut apprécier cette cigarette, car cela pourrait être la dernière. Comme celle du condamné.
Il conviendrait de faire une exposition d'images de toreros fumant avant d'entrer dans l'arène. Car elles offrent une vision à la fois belle, archaïque et puissante.

Florent

mardi 3 mars 2020

Puebla de Sancho Pérez

Il arrive parfois de découvrir une arène un jour où hélas il n'y a pas de course à l'affiche. Néanmoins, les détails à déceler sont nombreux.
On observe le lieu, on imagine comment il serait un jour de toros, et quel endroit on choisirait pour prendre place sur les gradins.
Un plaisir, surtout par une journée de printemps si chaude et ensoleillée qu'on la croirait déjà estivale.
Il y a tant de choses à voir sur la route qui relie la France à l'Andalousie. Pays Basque, Castille-y-León, et Extrémadure.
Des couleurs vives, et une luminosité qui éclate sur la pierre des édifices.
L'une des dernières étapes avant d'entrer en Andalousie, c'est la province de Badajoz, et elle mérite à elle seule le détour, que l'on s'y attarde. Y passer un long moment, apprécier ses splendides paysages.
A quelques kilomètres à peine de Zafra, où est toujours célébrée une feria début octobre, demeure l'une des plus vieilles arènes d'Espagne. Pas la plus connue certes, mais l'une des plus anciennes.
Il faut dire que les arènes historiques ont des destins variés. Certaines sont d'incontournables lieux touristiques, assiégés en période estivale, et où il faut payer un droit d'accès pour la visite, tandis que d'autres ont une notoriété moindre et vivent dans un quasi anonymat.
Dans le calme de la ruralité, les arènes de Puebla de Sancho Pérez sont situées à l'extérieur du village. Ce sont les arènes de l'ermitage de Nuestra Señora de Belén, rectangulaires, d'une capacité de 2.000 places, et qui datent du XVIIIème siècle. A ce jour, elles ont accueilli leur dernière novillada piquée en 2015, pour les fêtes de San Isidro.
Pour y accéder, il faut emprunter un petit chemin partant du centre du village. Parmi les curiosités de ce dernier, on retrouve une rue au nom du matador Alejandro Talavante, qui a des attaches à Puebla de Sancho Pérez. La plaza de toros, quant à elle, adossée au monument religieux, possède un cachet incomparable.

Florent