mercredi 18 mars 2020

Coup de massue

Coup dur en observant le calendrier. On n'ira pas à cet endroit là, et probablement pas là non plus. À cause d'un truc que l'on n'avait pas vu venir. Sans pouvoir imaginer de lui pareille force et virulence. Et face à cela, il faut bien quelques jours pour se remettre du K.O technique et réaliser.
On en arrive à un point où le moindre contact humain peut faire plus peur que les WC d'un train Corail Intercités.
Alors la liste d'annulations et de reports s'allonge. Noircie au crayon ou au stylo, autant que celle des restrictions à la liberté d'aller et venir. Désormais, les déplacements deviennent limités dans le temps et l'espace.
C'est un peu comme pour un torero qui vient de subir un coup de corne. Quand ? Oui quand ! Quand s'achève la convalescence ? Quand se retrouvera-t-on dans un état suffisant pour revenir ?
Pour un domaine où habituellement seule la météo, si l'on se réfère au "si el tiempo no lo impide" des affiches, peut contrarier la tenue d'une corrida, avec l'aval de la présidence, des matadors et des cuadrillas, c'est inattendu. Car la corrida très généralement, quand elle est annoncée, elle a lieu. Indépendamment même de certaines blessures. Car on a déjà vu des toreros recevoir des coups de corne avec deux trajectoires de 15 ou 20 centimètres dans la cuisse, être sur pied et réapparaître quinze jours plus tard. Présents au paseo. Petits miracles de la tauromachie.
Et paradoxalement à cette force inexplicable, l'aficionado est également conscient de la fragilité et de la vulnérabilité du corps humain. Car il s'expose, avance, prend des risques.

Pour évoquer la seule saison française 2020, sur le papier, c'était la plus passionnante de ces dernières années. Ce qui par ailleurs n'offre aucune garantie ensuite en piste. Mais il faut dire que ces affiches, parce que variées et bien réfléchies, étaient vraiment alléchantes et attractives. Avec de grandes affluences en prévision. Mais pour l'heure, c'est une saison progressivement amputée de ses rendez-vous.
La feria d'Arles de Jean-Baptiste Jalabert avait de quoi attirer l'aficionado, avec notamment la réapparition d'Alejandro Talavante lors d'un mano a mano avec Juan Leal face à des toros de Garcigrande et Adolfo Martín ; le seul contre six élevages différents du cavalier Diego Ventura ; et la corrida de Miura avec l'alternative du français Maxime Solera et une autre réapparition attendue, celle de Rafaelillo.
À Pâques, en même temps, était prévu un week-end intéressant dans le Sud-Ouest entre la corrida-concours d'Aignan et un joli cartel avec la novillada du prestigieux élevage de Torrestrella à Mugron.
Sont encore à l'affiche les belles ferias toristas de Saint-Martin-de-Crau et Alès, les novilladas de Boujan-sur-Libron, les classiques Vic-Fezensac et Céret. Et puis pour cet été, il y aura le renouveau proposé par Mont-de-Marsan. Entre autres, parmi tant de choses.
Et puis, voir si Pedraza de Yeltes va tenir son rang, puisque cet élevage fournit des toros dans quasiment toutes les grandes arènes françaises cette année. Comme c'était un peu le cas pour Guardiola en d'autres temps.
Enfin la reconnaissance et des contrats mérités pour des toreros qui ont tant ramé et galéré afin d'en arriver là, et je pense notamment à Alberto Lamelas.
José Tomás deux fois à Nîmes, que cela plaise ou non, c'est quand même quelque chose pour qui aura envie d'aller le voir !
Une saison variée et destinée à plein de sensibilités d'aficionados. Mais une saison pour l'heure contrariée.
Alors, c'est avec tristesse que l'on voit cette saison être progressivement rongée. On pense aux ganaderos, aux toreros, et à tous ceux qui vivent de la tauromachie. Il convient de s'armer de patience.
La vie, comme les toros, donne des coups de cornes. L'important, c'est la faculté de s'en remettre, et repartir de l'avant.

Florent

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