dimanche 29 mars 2020

Le dimanche 29 mars, un beau jour pour mourir

À cette hauteur du début de saison 2015, et avec un tel geste, Iván Fandiño devait se dire qu'il y avait de quoi changer la donne et bouleverser la hiérarchie pour de bon.
Les jours précédant la corrida, il confiait ses intentions dans les colonnes du journal ABC. "Et si je dois mourir, je mourrai libre !".
Des paroles reprises à titre posthume deux ans plus tard par son fidèle ami et apoderado Néstor García.

Des mots qui démontrent le choix pouvant être fait par un torero face à un grand rendez-vous. Deux options, deux portes : la grande ou celle de l'infirmerie.
Certains ont parfois du mal à croire ces mots, mais ils sont bien réels.
Iván Fandiño avait de quoi réussir ce 29 mars. Les arènes de Las Ventas à guichets fermés, et les près de 24.000 billets vendus sur son seul nom. Un torero au parcours atypique, qui venait de remporter par deux fois le prestigieux trophée "Oreja de Oro" en fin de saison en 2012 et 2013, décerné par les auditeurs de Radio Nacional de España. Symbole d'une régularité dans le succès.
Et puis, il faut dire que Fandiño avait mis la barre haute dans l'arène en matière d'engagement.
On se souvient d'un mano a mano en 2011 à Madrid avec David Mora où il termina en jean's par dessus son costume vert et or qui avait bien morflé.
Et puis, la grande porte de la feria de San Isidro 2014, un grand soir, et un bouquet final avec une estocade en se jetant entre les cornes.

Alors, ce seul contre six du dimanche 29 mars 2015, s'il fonctionne, la saison peut prendre une sacrée tournure. Dans les chiqueros attendent des toros de Partido de Resina, Adolfo Martín, Cebada Gago, José Escolar Gil, Victorino Martín et Palha, rien que ça !

Au final, le résultat de cette corrida fut loin de ce dont Iván Fandiño avait rêvé. Il s'était vêtu d'un costume gris et or. Peut-être avait-il trop songé à cette corrida avant même de faire le paseo ? Et des doutes ?
L'attente, pourtant, était immense, et je me souviens d'une discussion quelques mois plus tard avec Antoine Capdeville, qui faisait partie de l'entourage et de la logistique du torero. Antoine, issu d'une famille très aficionada et qui va voir des toros depuis son plus jeune âge, disait n'avoir jamais senti une telle tension et un tel espoir avant une corrida.

Iván Fandiño avait depuis longtemps dévoilé ses intentions, en faisant part dans l'arène des sacrifices auxquels il était prêt pour triompher. Et au-delà de l'arène, on a besoin de figures comme cela, qui sortent complètement de l'ordinaire. Cette puissance dégagée a de quoi convaincre et rendre optimiste.
Cette force donnait à Iván Fandiño une image de torero invincible. Alors, on a ressenti peine, tristesse et incrédulité lorsqu'il est parti deux ans plus tard.
Mais il était sans craintes ni peurs.

Florent

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