dimanche 26 avril 2020

Jour de course

Ce qui est malheureusement en train d'arriver met à mal la vision simpliste qu'ont les opposants à la corrida. Et il faut le clamer haut et fort. Avec des clichés et à la lecture d'articles de presse ces derniers jours, on s'aperçoit avec stupeur que déjà beaucoup de toros prévus pour combattre en cette année 2020 sont partis à l'abattoir à cause des innombrables annulations. Une catastrophe... forcément riche en enseignements.
Un lot de toros ou de novillos qui sort dans une arène est toujours la vitrine d'un élevage. Mais cela permet avant tout de maintenir cette agriculture de luxe, une agriculture extensive, celle du toro de combat. Et la place du toro, elle est dans l'arène, aux couleurs de sa devise, avec un nom, une origine et un prestige.
L'été dernier, à Villaseca de la Sagra, l'ami Josue Moreno, qui fait partie du staff, nous proposa le grand honneur d'aller faire "pastor" avec lui, et d'accompagner la course des novillos pendant l'encierro. Il m'en avait déjà parlé l'année d'avant, mais j'avais préféré observer. Villaseca est un village qui possède une très belle feria, dans cette province de Tolède qui regorge d'événements taurins à toute saison. Une sacrée expérience, avec Josue et Jonathan, que fut ce privilège d'accompagner la course des novillos vers les arènes.
Il ne s'agissait pas de courir "devant" les cornes, ce qui est encore une discipline à part, qui nécessite un courage énorme, une connaissance de l'endroit où l'on va courir, ainsi que du placement. Surtout les jours où il y a de l'affluence, et où l'on n'est pas forcément maître de ses mouvements. Dans certaines villes, pour un coureur d'encierro, il y a le facteur chance, et c'est presque du 50/50.
A Villaseca, il n'y a pas beaucoup de coureurs si l'on compare à d'autres lieux, comme Arganda del Rey ou bien sûr la Navarre. A Villaseca, la rue de l'encierro est très large.
Ce jour-là, les novillos sont de Cebada Gago. Et d'ailleurs, quelques jours auparavant, il y a eu à Villaseca d'autres toros de cet emblématique élevage. Ceux qui étaient prévus pour la corrida de Pamplona en juillet ! Mais à Pamplona, la corrida a été annulée à cause de l'orage, et Villaseca en a racheté la plupart pour les faire sortir lors d'une course de recortadores.
Quant à l'encierro avec les novillos de Cebada Gago, il a lieu le lundi 9 septembre. La subtilité dans l'encierro à Villaseca, c'est que le troupeau part des arènes jusqu'au centre du village, pour ensuite devoir faire demi-tour et revenir ! C'est ce demi-tour qui doit bien être négocié, et il convient de faire repartir le lot dans l'autre sens, et en groupe, afin d'éviter tout désordre.
Pour accompagner la course des novillos, il y a devant un groupe de cabestros, les boeufs, qui sont ceux qui ont créé la discorde à Pamplona, car ils sont rapides, ont l'habitude de courir en tête devant les toros, et de gêner les coureurs ! Ce sont exactement les mêmes, appartenant à l'élevage El Uno, avec notamment un qui s'appelle Messi et l'autre Ronaldo. Du fait qu'à Villaseca il y ait un demi-tour sur le parcours, le risque est que les cabestros distancent trop les novillos et repartent dans l'autre sens bien avant eux.
Mais attention, parce qu'en matière d'encierros, les bêtes de Cebada Gago ont une réputation de coureurs véloces. Et ils étaient magnifiques à voir, à arpenter cette grande rue. Un superbe lot. Avec notamment le 75, de pelage burraco, qui recevra le prix au meilleur novillo de la feria. Il y a le colorado aussi, qui est une copie conforme en type morphologique d'un toro qui avait eu une vuelta à Vic il y a quelques années. C'est un petit-frère qui porte exactement le même nom que ce toro là, "Sonámbulo".
Alors, les Cebada Gago, venus de Medina Sidonia, dans la province de Cádiz, qui est une terre d'élevage par excellence, firent ce dernier voyage, cette dernière course, à belle et vive allure. Ce chemin, c'est celui qui mène vers l'arène, la véritable place du toro de combat, pas celle de l'abattoir.

Florent






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