dimanche 12 avril 2020

Toros en Arles

Un trajet de trente kilomètres relève de la formalité dans la vie d'un adulte. Pour un gamin, cela peut être un véritable voyage.
Les trente bornes qui séparent Nîmes et Arles, afin d'aller voir une corrida, la toute première. Un dimanche de Pâques. On arrive quand ? J'admire le courage de mon père qui a dû être vraiment solide et stoïque pendant toutes ces années.
Point commun qui pourtant est une rareté sur la planète des toros, les arènes de Nîmes et d'Arles sont romaines. Ce ne seront donc jamais vraiment des plazas de toros, car leur histoire est très ancienne et remonte largement au-delà des premiers traités de tauromachie. Et l'on doit ajouter à la liste des arènes romaines Fréjus, la varoise, qui à cette époque-là donnait également des corridas.
L'enfant compare les choses en fonction de ce qu'il connaît. Les arènes de Nîmes et d'Arles impressionnent. Mais pour des raisons différentes. Les sensations ne sont pas les mêmes. Alors on cherche ce qui change. À Arles, il y a cet escalier devant l'entrée principale, plusieurs tours, ainsi qu'un toril à part. Tandis qu'à Nîmes, les toros entrent en piste par la même porte que les toreros.
Après avoir vu à la télé pendant l'hiver des retransmissions de corridas, l'heure est venue cette fois d'approcher le réel. Les toros et les costumes de lumières, ils sont donc bien vrais ! Ce réel devient vite addictif et irremplaçable. Tout comme les couleurs de l'arène.
Sur l'affiche, des toros de Miura. Des toros dont on dit qu'ils sont les plus durs. Ce qui signifie certainement que pour les affronter, les toreros en face sont les meilleurs. Et ce jour-là, il y avait notamment El Fundi et Stéphane Fernández Meca. Parmi les meilleurs. Aujourd'hui encore, je le pense très fort.
Il y a cette immensité, ce décor et ces innombrables détails. À cette époque à Arles, on apercevait près du toril à l'extérieur des arènes, et en sortant de la corrida, les carcasses entièrement débitées des toros qui venaient d'être combattus. Des images en tête qui font repenser à certains clichés célèbres de Lucien Clergue dans son ouvrage sur les "Toros muertos". Ca fait partie du décor. Les toros brusques que l'on a précédemment vus semer le danger en piste deviennent barbaque. Si en France les normes ont évolué depuis et que l'on ne peut plus voir de dépeçage aux arènes, cela existe encore dans de très nombreux endroits en Espagne. Et grande curiosité, quand on passe par hasard près de là où oeuvrent les bouchers, il y a toujours énormément d'enfants qui regardent. Quelque chose de sûrement aussi instructif qu'un cours de sciences naturelles. À ne pas négliger.
Les années passent mais les arènes continuent toujours à fasciner. Et celles d'Arles un peu plus que les autres. Il y a l'angoissante obscurité de ce long tunnel qui mène à la piste. Il y a cette porte située derrière la présidence où sont débarqués les toros avant la corrida, et qui donne la sensation que ceux-ci doivent descendre d'un étage pour ensuite entrer dans l'arène.
Il y a aussi les souvenirs, avec un fabuleux toro, "Clavel Blanco", de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, combattu dans ces mêmes arènes.
Et bien des années auparavant, l'accident du matador français le plus illustre, Nimeño II. Il y a toujours un soupir en regardant près de ce burladero l'endroit exact d'où hélas il ne s'est pas relevé, et où quelque part l'histoire s'est arrêtée. Il existe une frontière infime entre un accrochage bénin et une très grave blessure. Ne serait-ce que pour cette raison cette profession est indiscutablement héroïque.
Une seule arène et quelques souvenirs peuvent procurer à eux seuls bien des images fortes. Et c'est quand même quelque chose une première corrida à Arles un dimanche de Pâques.

Florent

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