lundi 22 juillet 2019

Comme des bleus


Si on était des enfoirés, on écrirait que la bronca destinée hier soir à Marie Sara à sa sortie des arènes a vaguement dû lui rappeler certains moments de sa carrière de rejoneadora.
Mais vu que l'on n'est pas (que) des enfoirés, on dira que cela fait partie du métier, avec de bons moments et d'autres bien pires, qui forgent les souvenirs. En parlant de carrière, la cavalière originaire de Paris a commencé la sienne dans les années 80, à une époque de grande médiatisation de la corrida.
Et pour ce qui s'est passé hier à Mont-de-Marsan, on aurait tort de faire reposer la faute sur sa seule qualité de prestataire de services. Car tous les chaînons de l'organisation sont responsables de ce qui s'est passé.
Mais au fait, comment est-il possible d'avoir accompli un tel raté ?
D'embarquer deux toros comme ceux sortis en 1er et en 6ème bis ? Comment ne pas avoir eu la sagesse – car aux dernières nouvelles les toros étaient connus, visibles depuis les corrales, et ne sont pas passés directement du camion à l'arène – de mettre à la place le toro de La Quinta qui restait en coulisses ?
Pour avoir eu la chance d'aller au campo chez Victorino Martín il y a moins de deux mois, on pouvait remarquer que les lots en attente étaient nombreux : Madrid, Nîmes, Soria, Burgos... et dans d'autres enclos, les novilladas du fer de Monteviejo pour Céret et Villaseca de la Sagra. Étrangement, le lot pour Mont-de-Marsan n'était pas encore défini. Et c'est ce qui explique le lot disparate et extrêmement inégal vu hier aux arènes du Plumaçon, avec plusieurs toros très petits et indignes non seulement d'une arène de première catégorie, mais de toute course pour laquelle il est écrit "Corrida de toros" sur l'affiche. Curieusement, l'an dernier, des lots de troisième catégorie, comme par exemple ceux de Santoña (Cantabrie) ou Corella (Navarre), étaient supérieurs en présentation.
Aux critiques fondées de l'afición, on a souvent répondu ces dernières années à Mont-de-Marsan qu'elles émanaient de néophytes ou de protestataires sytématiques. Mais toujours en les prenant à la légère et jamais au sérieux.
Sérieux, trois toros l'étaient davantage hier par rapport au reste du lot. Le deuxième, exigeant, face auquel Javier Cortés a effectué une faena engagée ; le quatrième, noble, avec un combat sérieux d'Octavio Chacón ; et le difficile cinquième, qui s'est rapidement orienté.
Si l'ambiance est devenue délétère à cause de la mauvaise présentation des toros, le bon public de Mont-de-Marsan n'a pas oublié d'ovationner les trois matadors à leur sortie des arènes : Octavio Chacón, Javier Cortés et Juan Leal. Car ils ont été mis en porte-à-faux en étant dans l'obligation d'estoquer plusieurs toros de présentation indigente, et dont le combat fut pris en dérision sur les gradins. Tout cela alors que l'un de leur camarade, le banderillero José Antonio Prestel, était à l'infirmerie, encorné par le cinquième toro.
C'est terrible dans une même corrida d'entendre une partie du public susurrer la musique d'Intervilles alors que le danger est réel et avéré, et vient de frapper par un coup de corne.
Avec de très bonnes affluences enregistrées pour les cinq corridas des fêtes de la Madeleine en 2019, il y a tout de même espoir, et la place pour faire autre chose. Plutôt que de se contenter du 10ème ou 11ème lot d'un élevage, chercher davantage d'originalité. Cette année, les cartels de toreros tenaient largement la route, mais au niveau ganadero, c'était répétitif, et c'est ce qui a coincé dans le résultat final.
Il conviendra à l'avenir de réfléchir davantage, en se démarquant, en tentant de trouver une identité propre, tout en sachant qu'il y a toujours du monde et des aficionados fidèles à Mont-de-Marsan pour remplir les arènes.
Concernant les dernières corridas de clôture des fêtes de la Madeleine, de registre torista, il n'y avait pourtant rien eu à dire en présentation. Que ce soit pour le lot de Dolores Aguirre de 2018, sérieux mais assez décevant en comportement, que pour celui de 2017, d'Adolfo Martín, digne de Madrid, dur, difficile, mais passionnant de bout en bout.
Et puis, pourquoi ne pas innover, ou renouer avec une corrida-concours, qui jadis avait sa place sur les cartels de Mont-de-Marsan ? Avec des toros sérieux et soigneusement choisis. Il y a, au Plumaçon, un public apte à suivre ce type de corrida. On le dit depuis des années.
Hier, l'orage a grondé. Avec intermèdes musicaux entre chaque toro, certains s'attendaient à un final comme un chemin de roses, en apothéose. En fait, c'est la bronca qui a été belle. À 20 heures 30, les coussins ont remplacé les roses.


Florent

samedi 20 juillet 2019

La gare de Collioure


Pour se rendre d'une feria à une autre, comme de Céret à Mont-de-Marsan, les moyens sont multiples et en constante évolution.
En train, c'est jouable, à condition de se lever tôt pour ne pas rater la corrida du soir. Choisir au hasard une gare des Pyrénées-Orientales : Collioure tiens, puis changer à Narbonne, prendre jusqu'à Bordeaux un train Corail, et ensuite un TER entre Bordeaux et Mont-de-Marsan, où les arènes sont en contrebas de la gare. Trois trains au total. 6 heures approximatives de trajet... sans compter le temps d'attente entre chaque correspondance.
Au passage, Collioure est aussi un endroit tauromachique d'importance, car il y a eu des arènes durant près d'un demi-siècle sur le quai de la gare, jusqu'en 2011, date de la dernière course célébrée dans la commune, une novillada des héritiers de Christophe Yonnet.
Il y a dix ans encore, l'activité taurine de Collioure était quelque chose d'intact, et que rien ne paraissait menacer.
La veille du départ, à Portbou, de l'autre côté de la frontière, j'avais demandé à un buraliste un paquet de Lucky Strike. Histoire de ne plus être à la dèche en soirée, de faire comme les copains, d'en fumer une, deux ou trois, mais surtout, d'avoir son propre paquet ! Et puis, statistiquement et socialement, c'est moins compliqué de faire une rencontre, surtout quand on est timide ou réservé, car il y aura toujours une clope ou un briquet à se faire demander, la possibilité d'en fumer une ensemble, de partager une anecdote ou un regard. La cigarette, c'est vraiment un lien social bizarre. Neuf ans avant d'arrêter un tel poison.
Le village de Portbou, situé à la frontière et appartenant à la province de Gérone, est quasiment délaissé. C'est une ancienne étape de voyageurs qui semble appartenir à une autre époque. Il faut, par ailleurs, voir au moins une fois cet énorme hall de gare, témoin du grand passé ferroviaire de l'endroit. Dorénavant, beaucoup moins de trains y passent.
Côté français, la ligne et les paysages sont jolis, entre Cerbère, Banyuls-sur-Mer, Port-Vendres, Collioure, Argelès-sur-Mer, en direction de Perpignan, dont la gare était le centre du monde de Salvador Dalí.
En dix ans, bien des choses ont changé sur le plan tauromachique et ferroviaire.
A Céret, en 2009, y'avait eu des toros portugais très armés, encastés et sauvages de Manuel Assunção Coimbra, une bonne surprise, puisqu'ils avaient été reconduits l'année d'après. On avait pu admirer également la précieuse et rare torería de Frascuelo, qui avait déjà dépassé les 60 ans, tandis que Morenito de Aranda s'était révélé lors de cette feria.
A Mont-de-Marsan, Sergio Aguilar avait triomphé face aux toros de Fuente Ymbro en coupant trois oreilles, avec une grande main gauche et de belles estocades. La possibilité, une fois encore, de caser qu'il était quand même un sacré matador.
Attention toutefois à ne pas trop idéaliser ces années-là. Les piques étaient déjà trop en arrière, les toros arboraient déjà les fundas au campo, les indultos paraissaient généreux, les ferias étaient souvent basées sur des élevages similaires (et de même origine), et les organisateurs de corridas et de novilladas du Sud-Ouest étaient déjà de grands susceptibles.
Mais à Collioure, on faisait encore sortir du toril des cornus chaque 16 août. Et une arène sur le quai d'une gare, c'est forcément quelque chose qui en jette.

Florent

(Image ancienne : vue d'ensemble de Collioure, avec en bas à droite les arènes et la voie ferrée)

mardi 16 juillet 2019

Bières à 1 euro 50, aussi froides que le coeur de ton ex


En arrivant près d'un vendeur ambulant de la Calle Estafeta, la semaine dernière à Pamplona, on pouvait remarquer sur une pancarte la curieuse inscription "Bières à 1 euro 50, aussi froides que le coeur de ton ex". Il faut reconnaître que l'argument marketing était aussi marrant qu'excellent.
Nettement moins marrante fut en revanche la corrida de Saltillo combattue dimanche après-midi à Céret. Il faut, en outre, dire et écrire sans détour, et tant pis pour les susceptibilités, que ceux qui ont sifflé Fernando Robleño à sa sortie des arènes sont d'authentiques crétins.
S'il n'était pas dans son meilleur jour, payant aussi la débandade de son puntillero, il ne méritait absolument pas un tel traitement, après tout ce qu'il a pu faire sur le sable de Céret.
Quant à ceux qui cherchaient des enseignements sur le sorteo distribué à l'entrée des arènes avant la corrida, ils se plantaient en examinant et commentant les poids des toros. Ce qui pouvait être intéressant, en revanche, était de regarder les âges, en remarquant que tous les toros ou presque étaient nés en 2013. Presque six ans, ce qui pour des toros d'un élevage comme celui de Saltillo, avait de quoi laisser présager des combats rudes, âpres et difficiles. Et ce fut le cas.
Le genre de toro dur qui contribue historiquement à la réputation des arènes de Céret. S'il a forcément de quoi plaire aux aficionados les plus exigeants, son combat doit être apprécié par un public attentif, et aussi, un minimum indulgent.
Mais c'est aussi grâce à une corrida comme celle-là que l'on peut voir les limites de l'afición de certains, ainsi que leur superficialité. Car il est paradoxal d'écouter des aficionados déclarer leur passion pour les toros durs en voulant les voir toréés comme les toros commerciaux qu'ils dénigrent.
A un moment où des subalternes galéraient à poser les banderilles face à un toro redoutable et sur un terrain très réduit, on pouvait entendre une gênante hilarité. C'est alors qu'en regardant mes voisins de gradins, je leur ai dit qu'ils n'y connaissaient rien, en leur expliquant par ailleurs pour quelles raisons.
Idem pour ceux qui sifflaient le moindre contact à la pique du sixième Saltillo, un toro manso, qui fuyait et cherchait la sortie à chaque rencontre. Après coup, peut-être que ceux-là purent comprendre – ou pas – l'utilité de la pique et son impérative nécessité quand se trouve en piste un toro couard, manso, dangereux et puissant.
Car face aux vieux et beaux toros de Saltillo, redoutables et avisés, ressortir sur ses pieds était déjà une prouesse.
Les deux autres matadors à l'affiche, Javier Cortés et Gómez del Pilar, s'en sont sortis de façon méritoire. C'est même curieusement le plus jeune, Gómez del Pilar, qui joua le plus souvent le rôle du chef de lidia, en étant par ailleurs doté d'une cuadrilla admirable, composée de Raúl Ruiz, Iván Aguilera et Pedro Cebadera, le subalterne chauve qui au dernier toro alla clouer une superbe paire de banderilles.

Florent

(Image de Muriel Haaz : Un toro de Saltillo au balcon)

lundi 15 juillet 2019

Solera, ça veut dire prestige


Niveau toros, la Catalogne est un désert où les cornes et les affiches ont peu à peu disparu. Et ce des deux côtés de la frontière, Collioure, Port-Barcarès, Argelès, Saint-Cyprien, Figueres, Sant Feliu, Lloret, Olot, Gérone, Barcelone aussi bien sûr ! Dans la Catalogne des corridas ne restent que Céret et Millas.
Céret, l'une des plus sérieuses et même plus exigeantes plazas de la planète taurine. Et puis, à Céret, ils n'aiment pas trop donner des oreilles. Pourtant, du fait de les décerner avec parcimonie, cela renforce leur valeur lorsqu'elles sont accordées. Mais avec la dureté de cette arène, cela reste rare.
Alors, goûter à un triomphe inouï en ces lieux, c'est quelque chose de sacrément difficile.
Plusieurs années en arrière, si quelqu'un avait dit qu'un torero français s'y taillerait un succès d'anthologie, on ne l'aurait probablement pas cru. Car Céret est une arène où peu veulent aller.
En 2017 déjà, pour sa présentation dans cette plaza, Maxime Solera était passé tout près du triomphe face à une novillada de Raso de Portillo.
Raphaël, son père, originaire de Port-Vendres, a été novillero dans les années 80. Et son frère, pour sa part, fut razeteur. Les toros, dans la famille, c'est quelque chose d'important. Mais à l'école taurine qu'il fréquentait, lorsqu'il était plus jeune, Maxime Solera a dû entendre de dures critiques. On lui a dit qu'il ne savait pas toréer, pouvait arrêter, et qu'il était ainsi inutile de continuer. En 2018, un genou déglingué par une sérieuse blessure en début de saison a failli compromettre la suite de sa carrière.
Si on regarde dans le dico, "solera", en espagnol, ça veut dire prestige. Et avec audace, le coeur et le sang-froid d'un samouraï, il y a possibilité de faire de grandes choses.
Comme deux ans auparavant, Maxime Solera est retourné à portagayola, face au toril. Cette fois, le novillo de Monteviejo l'a pris de plein fouet, pour un accrochage terrifiant. Le novillero s'est relevé avec l'habit poussiéreux, alors que son adversaire se cassa une corne et dut être remplacé.
Tandis qu'il venait de s'en tirer miraculeusement, Maxime Solera est retourné face au toril pour recevoir le réserve d'Urcola.
A cet instant-là, déjà, il y a ceux qui ne veulent plus voir. Ceux qui se cachent les yeux, et sifflent, par peur.
Mais cette fois, la passe initiale à genoux est réussie. Et une chance pour le novillero d'avoir face à lui un bon adversaire d'Urcola. La lidia est bien faite, en gardant pour le tiers de piques un seul subalterne en piste.
A la muleta, il y a des cites de loin, de la distance, du courage, de l'envie, de la rage. Maxime Solera parvient à transmettre dans chaque série, et on remarque son bonheur d'être là, sa sérénité aussi. A la fin, le coup d'épée qui arrive est extraordinaire, en abandonnant la muleta, et en se jetant sur les cornes. Digne des toreros les plus courageux de l'Histoire de cette profession. Deux descabellos n'ont pas empêché le triomphe, les deux oreilles.
Obtenir deux oreilles à Céret pour un novillero ne peut être un aboutissement, mais c'est une étape dans une carrière, et le symbole d'un engagement remarquable, sans faille. Quelle puissance, et quelle détermination. Au dernier Monteviejo par ailleurs, Maxime Solera ne se contenta pas du succès précédemment acquis, et mena encore une fois parfaitement la lidia, embarquant ensuite avec force dans la muleta un novillo pourtant assez réservé. Une autre estocade, bien placée, et différente cette fois, al recibir.
Maxime Solera pouvait quitter les arènes a hombros, chose qui n'était pas arrivée depuis fort longtemps à Céret pour un novillero, et pour un français. Une arène où tout commença pour lui à genoux, face au toril. On se souviendra longtemps d'images de cette matinée, et de cette détermination fabuleuse. Il y a des choses inexplicables, comme la beauté de ce triomphe.

Florent

(Image de Muriel Haaz : le tour de piste de Maxime Solera après avoir combattu "Hurón", novillo d'Urcola)

vendredi 5 juillet 2019

Passionarito, numéro 319


Dimanche dernier est sortie sur la piste de Boujan-sur-Libron l'une des novilladas les mieux présentées que l'on ait pu voir en France ces dernières années, avec le fer portugais de Veiga Teixeira.  
Des novillos finement armés, et avec beaucoup de trapío, ce qui n'a rien à voir avec le poids et le volume. Des novillos musculeux, et dans le type de leur origine. Beaucoup d'entre eux ont été justement ovationnés au moment où ils apparurent sur le sable.
En comportements, tous eurent tendance à s'éteindre au fil des combats, avec toutefois de vraies possibilités chez le 1, le 4 et le 6.
Il est rare de nos jours de voir annoncés pour une corrida ou une novillada à pied des cornus de Veiga Teixeira. Tous ou presque sortent au Portugal pour les "touradas", où se succèdent rejoneadors et forcados.
Veiga Teixeira, c'est se souvenir d'une corrida d'extraordinaire présentation en 2012 à Orthez. Digne de Madrid et de toutes les plus grandes plazas.
En chef de lidia, il y avait ce jour-là Fernando Robleño, qui sans le savoir était en train de vivre sûrement la semaine la plus folle de sa carrière. Seul contre six toros de José Escolar Gil le dimanche 15 juillet à Céret, corrida de Veiga Texeira le samedi 21 à Orthez, et corrida de José Escolar Gil (et le combat face au fameux "Canario") le dimanche 22 à Mont-de-Marsan.
A Orthez, en première position, le toro "Passionarito", numéro 319, de pelage castaño, de Veiga Teixeira, avait mis près de dix minutes pour sortir du toril. Une fois dans l'arène, ce fut un toro d'une combativité remarquable. Encasté, puissant, sauvage et rugueux. Cinq piques, un grand combat, et une énorme ovation à l'arrastre. L'inoubliable souvenir de ce toro.

Florent

(Image d'archives de Campos y Ruedos : "Passionarito", numéro 319 de Veiga Teixeira, le 21 juillet 2012 à Orthez)

jeudi 4 juillet 2019

Les derniers héros


Et puis il y a ceux que personne n'attend. Ceux dont on ignore le nom, et que nul n'osera engager.
Seules des organisations indépendantes peuvent se permettre la folie de les appeler à l'affiche. Car quand une arène est gérée par une grande écurie, il faut caser les protégés des uns et des autres, avec peu de place pour les originalités. Peu ou pas de place pour des novilleros comme Francisco Montero.
De ceux qui historiquement sont allés ou vont dans les capeas, dans des "plazas de carros", qu'il faut traduire par places de charrettes. Ils n'appartiennent pas tout à fait au passé, la preuve, car certains tentent encore crânement leur chance dans les capeas. Là où les toros sont vieux, imposants, et où, les cornes longues, naviguent dangereusement et caressent parfois les fémorales. Sans penser à la première ambulance, au bloc opératoire, ou à l'hôpital le plus proche.
Il était risqué d'engager Francisco Montero en remplacement de Manuel Ponce (les deux sont de Chiclana de la Frontera, dans la province de Cádiz), samedi dernier à Boujan-sur-Libron. Compte tenu de son métier, et surtout du fait des cornus qui attendaient en coulisses...
Montero s'est fait connaître par des images le montrant affronter dans des capeas des toros imposants, vieux et le plus souvent très armés. Pour autant, ce n'est pas la même chose d'aller voler quatre ou cinq passes dans une capea, que de s'habiller de lumières et d'assumer la responsabilité de deux lidias intégrales.
Pari risqué, avec une double inconnue. D'un côté avec un novillero, Francisco Montero, et de l'autre avec cet élevage portugais, des héritiers d'António Silva. Des novillos terrifiants en clichés, dont les volumineuses carcasses semblèrent avoir perdu à cause du long trajet et de la chaleur écrasante. Il y avait aussi plusieurs armures abîmées après avoir cogné contre divers murs et parois.
Néanmoins, la novillada était forte, grande, et tout sauf une partie de plaisir. C'est quelque chose d'aller défier un pavillon complètement inconnu des radars de la tauromachie à pied, quand on a débuté en novillada piquée deux ans auparavant, et sans avoir estoqué aucun toro ou novillo depuis.
Par esprit de camaraderie, et d'entraide, les figuras, qui elles parfois sont grassement rémunérées dans de petites arènes et face à des toros bien plus commodes, n'ont sans doute pas envoyé un petit message à Francisco. Du moins, c'est ce dont on se doute.
Et elle est là l'une des grandes injustices de la tauromachie. Des toreros vedettes peuvent passer des saisons à affronter des toros commodes alors que leur métier devrait les obliger à davantage, quand d'autres toreros ou novilleros, récents dans la profession, sont à chaque fois confrontés à des étapes de montagnes.
Une fois en lice, l'inconnu doit assurer dans l'arène. Et à Boujan, Francisco Montero s'en est très bien sorti. De l'émotion, et un véritable esprit novillero, avec courage et détermination dans son combat face à "Groselha", numéro 83. L'épée le priva d'un trophée mérité et valeureusement acquis.
La tauromachie a une nouvelle fois montré qu'elle était aussi une scène de l'improvisation, où même dans une immense adversité, des inconnus pouvaient sortir de l'ombre. Grandis par le succès.

Florent

(Image de Muriel Haaz : Francisco Montero face au sixième novillo d'António Silva, le 29 juin à Boujan-sur-Libron)

jeudi 27 juin 2019

L'arène et la fête foraine


On raconte qu'un jour, lors d'une audience devant une Cour d'assises, maître Dupond-Moretti a entonné du Georges Brassens du bout des lèvres. Il était dans un rôle inhabituel dans cette affaire, en se trouvant avocat de la partie civile. Quelque chose de rare, car durant sa carrière, Éric Dupond-Moretti s'est illustré le plus souvent comme avocat de la défense.
Il était dans ce rôle inédit afin d'honorer la mémoire d'un homme victime d'un crapuleux et sordide assassinat. C'était un marginal qui pensait qu'on l'emmènerait visiter Sète, alors qu'il fut en fait tué sur une route de l'Hérault dans des circonstances machiavéliques. Les coupables firent croire que son cadavre correspondait à une autre identité. Tout cela pour une histoire d'assurance vie.
Alors, face à ces terribles faits, maître Dupond-Moretti avait enfilé la robe afin de représenter la victime, à qui il ne restait pas d'entourage, ou presque pas. Car après tout, chacun a le droit d'être défendu, y compris les victimes solitaires.
Ogre des assises de par sa réputation, Éric Dupond-Moretti est souvent critiqué au regard de chaque actualité et du fait des personnes qu'il est amené à défendre. C'est pourtant cela le métier d'avocat. Et lui, c'est un homme de passions, de convictions, à qui la tauromachie plaît. Quand lui fut proposée la possibilité de présider la novillada sans picadors de La Brède, l'autre jour, il n'hésita pas un seul instant. A l'heure où bien d'autres personnalités se cachent pour aller aux arènes, lui était là, au premier plan.
Dans l'arène girondine, alors qu'un nouvel été venait de commencer, un enfant demandait à son père "Ce toro, Papa, a-t-il déjà mangé des gens ?". Dans les mots et l'imagination d'un enfant, on retrouvait parfaitement ce qu'incarne le toro de combat dans l'arène, avec les notions de puissance et de danger. Avec les années, peut-être que l'enfant découvrira davantage la tauromachie. Ou bien, peut-être qu'il n'y aura pas de lendemains et qu'il ne se rappellera même pas avoir assisté à une course.
S'il continue, avec assiduité, il remarquera que la difficulté des toros est variée, et qu'en présentation, en présence et en armures, certains font plus peur que d'autres. En fonction de ses préférences, il goûtera davantage aux après-midi de lumières, des vedettes et des triomphes, ou bien aux après-midi de poussière, avec des toros durs et des toreros réputés pour leur courage.
Derrière l'arène, le décor est surprenant. On voit une fête foraine et un manège qui dépasse du dernier rang. Pour l'enfant, il y a dilemme entre arène et fête foraine.
Pendant ce temps-là, le manège de la saison taurine lui aussi s'emballe. Ce samedi 22 juin, José Tomás torée à Grenade, mais il n'est pas le seul à faire le plein, car à Alicante, la corrida où torée Andrés Roca Rey affiche elle aussi le "No Hay Billetes", avec Sébastien Castella et José María Manzanares face aux toros de Juan Pedro Domecq.
Mais dans ces journées d'été, les endroits taurins sont multiples, éparpillés sur le territoire et dans des arènes de différentes catégories. À La Brède, face au sixième toro de Fuente Ymbro, dans un sobre costume bordeaux et or, le sévillan Juan Ortega accomplit et dessine le beau toreo dont on a entendu parler en début de saison. On a l'impression qu'il torée pour le plaisir, et en voulant également respecter les canons, en citant de face ou de trois-quarts. Sobriété, élégance, et torería. Le début de faena par doblones était vraiment splendide. De ce 22 juin, La Brède n'était pas le rendez-vous le plus convoité de la planète taurine. Mais cette façon là de toréer, elle donne du respect et de la catégorie, sur n'importe quel sable.

Florent

jeudi 13 juin 2019

Remontadas


Traditionnel rendez-vous du dimanche matin de Pentecôte, la corrida-concours de Vic-Fezensac est devenue au fil des années une institution. Et l'édition 2019 a été, de loin, l'une des plus passionnantes des dix dernières années.
Les toros les plus remarquables, ce furent les deux premiers, de Saltillo et La Quinta, deux élevages voisins. Âgés de cinq ans et demi voire un peu plus, ils étaient les plus aboutis, en physique et en caractère.
Le toro qui s'est le plus détaché de la matinée, c'est "Matablanca", le deuxième, de La Quinta. Et l'on peut parler de remontada pour cet élevage. Car souvenons-nous des scandales d'il y a moins de dix ans dans de grandes arènes du Sud-Ouest, quand destiné aux vedettes, le fer de La Quinta envoyait des toros chétifs, impropres à tout combat, invalides et dociles, provoquant d'immenses broncas. L'élevage, alors prisé par certaines figuras, était tombé à un niveau inquiétant. Depuis, les choses ont changé, et La Quinta est redevenue un fleuron dans les courses toristas.
La novillada de Madrid, il y a à peine quinze jours, fut des plus passionnantes. Et ce toro de Vic aussi. Fort, volumineux, il faisait penser aux énormes toros gris de Martínez Elizondo, propriété de la famille Chopera, et qui désormais n'existent plus. "Matablanca", un toro lourd, âgé de cinq ans et demi, et qui sur trois rencontres prises avec bravoure et puissance envoya deux fois au tapis le grand lancier Tito Sandoval, qui réalisa vraiment un beau tiers de piques. Tout au long du combat, et pendant la faena, le toro de La Quinta fut bien mis en valeur par Domingo López-Chaves, dont les qualités de lidiador sont indéniables. Tour de piste légitime pour ce grand toro, et oreille méritée pour le matador.
Auparavant, le toro d'ouverture, "Soriano" de Saltillo, était superbe de trapío. Il alla cinq fois au cheval, renversa l'équipage à la première rencontre, et démontra de la caste jusqu'à la fin de son combat. Un toro très intéressant, face auquel on sentit un Rafaelillo usé par tant d'années de corridas dures. Car il est difficile de s'inscrire dans la durée et avec régularité dans ce registre.
Au quatrième toro, de Pagès-Mailhan, d'origine Fuente Ymbro, très armé mais manquant de trapío, et faible, il ne se passa pas grand-chose. Le cinquième, de Flor de Jara, destiné à Domingo López-Chaves, renversa la cavalerie mais s'éteignit ensuite rapidement.
Dans la semaine précédant la feria, Alberto Lamelas avait déclaré que s'il était content de revenir à Vic-Fezensac, il était toujours compliqué d'entrer dans un cartel dans de telles circonstances, par la voie de la substitution, lorsqu'un compañero a été sérieusement blessé. En l'occurrence Manuel Escribano.
Le premier adversaire d'Alberto Lamelas était un très beau toro de Partido de Resina, au pelage gris, et qui suscita l'admiration à son entrée en piste. Ce toro eut tendance à venir promptement face au cheval et à cogner à son arrivée dans le matelas, sans pour autant pousser ensuite. Et à la muleta, il eut une mobilité appréciable, tout en gardant la tête à mi-hauteur. Et c'est là qu'Alberto Lamelas, pas invité initialement à cette feria, réalisa un bon travail, avec des cites de loin en début de séries, de la sérénité, et de la patience. Centré, en s'exposant dans ses placements, il sut parfaitement toréer cet adversaire. Hélas, l'épée fit défaut et la récompense se limita à un tour de piste. Idem au dernier, de Los Maños, peu brave à la pique, noble mais sans facilité, et toréé de manière sincère par Alberto Lamelas. Avec à chaque fois une bonne épée, le torero serait sans doute sorti en triomphe, cinq ans jour pour jour après sa rencontre face au terrible "Cantinillo" de Dolores Aguirre.
C'est important l'identité d'une arène. Et, aussi torista soit-elle, à l'heure d'établir ses affiches, elle ne doit jamais oublier les toreros qui vont avec.

Florent

(Image de Philippe Gil Mir : Alberto Lamelas face au toro de Partido de Resina)

lundi 10 juin 2019

Franchir la ligne


S'aligner au paseo des arènes de Vic-Fezensac pour une corrida de Dolores Aguirre, avec sur le CV moins d'un an d'alternative, c'est forcément quelque chose qui impose le plus grand respect.
Les imprévisibles toros de Dolores Aguirre, avec certains typés Atanasio Fernández, et d'autres Conde de la Corte. Mansos, parfois violents dans leurs courtes charges, ils manquaient hier de caste pour la majorité d'entre eux.
Miguel Ángel Pacheco a pris l'alternative dans les arènes de sa ville, La Línea de la Concepción, il y a donc moins d'un an, le 20 juillet 2018. La Línea, c'est tout au Sud de l'Espagne, dans la province de Cádiz. Depuis les vieilles arènes, datant du XIXème siècle, on aperçoit même Gibraltar, le rocher des anglais.
Pacheco, qui est de là-bas, est venu plusieurs fois en France comme novillero. Des Dolores Aguirre, il en avait déjà affrontés à Boujan-sur-Libron. Et l'on se souvient aussi que c'est lui, sous une pluie diluvienne dans la même plaza de Vic, qui avait stoïquement combattu un redoutable novillo de Raso de Portillo.
La fête des toros est dure et n'épargne pas les jeunes toreros. Nombreuses ont été les blessures récentes. Hier, alors que Miguel Ángel Pacheco s'illustrait sur le sable de l'arène gersoise, Román était terriblement encorné à Madrid en estoquant un toro de Baltasar Ibán.
Quant à Pacheco, il était hier dans la situation du jeune matador obligé à aller chercher les contrats, à les arracher. Du haut de ses 21 ans et face à "Voluntario", numéro 40, sixième toro de Dolores Aguirre, il a été d'un immense courage. Le toro, sérieux d'apparence, de présence et d'armures, avait renversé la cavalerie à la première rencontre.
Et à la muleta, il avait tendance à serrer dangereusement l'homme. Miguel Ángel Pacheco est resté, a fait face, et a franchi cette fameuse ligne qui offre une émotion supplémentaire. Héroïque, avant même d'être soulevé par Voluntario de manière effrayante. Au bout de cet intense effort, le costume déchiré, Pacheco porta l'épée en se jetant, afin d'obtenir une oreille, une vraie de vraie.

Florent

(Image de Vuelta a los Toros : Miguel Ángel Pacheco à Vic face à "Voluntario")

mercredi 8 mai 2019

Otxomaio

Mercredi dernier à Aire-sur-l'Adour, avant l'arrastre du troisième novillo de Juan Luis Fraile, on se recueillait, à la manière du Zortziko d'Azpeitia, au moment où était joué le pasodoble Iván Fandiño, en hommage au matador mortellement blessé dans ces arènes le 17 juin 2017. Ce qui sera toujours, en mémoire, un terrible souvenir.
Iván Fandiño était d'Orduña, où sont célébrées chaque année les fêtes de l'Otxomaio, qui est aussi le nom du club taurin local. Otxomaio, ça veut dire 8 mai.
Et autour du 8 mai, il y a traditionnellement à Orduña une corrida, une novillada ou un festival. En 2018, ce fut un festival en mémoire d'Iván, et cette année, également un festival, qui a eu lieu samedi dernier, le 4 mai.
Dans cette plaza, le grand torero d'Orduña avait débuté en novillada piquée en 2002, face à un lot de Javier Pérez-Tabernero, en compagnie de Julien Lescarret et d'Iker Javier Lara.
Ensuite, il y a beaucoup toréé, avec notamment un seul contre six en tant que matador de toros en 2007. Une arène qui pour lui semblait être un repère, comme en témoignent de nombreux clichés.

Florent


vendredi 26 avril 2019

L'introuvable jeunesse


Avec les deux premières corridas de la feria d'Arles, c'était une fois de plus l'occasion de mesurer à quel point les visages les plus récurrents de l'échiquier taurin ne sont plus des nouveaux arrivants, et ont déjà fait une bonne partie du chemin. En exceptant Chamaco, qui revenait ponctuellement, on remarque que pour Morante, ce sont 22 ans d'alternative, 19 ans pour Sébastien Castella, 16 ans pour José María Manzanares et 15 ans pour Miguel Angel Perera. Seul Alvaro Lorenzo, qui se battit avec courage en fin de faena face à son premier toro de Garcigrande le samedi, apparaissait en tant que jeune matador.
Inexorablement, les années défilent, et le circuit a besoin d'être renouvelé.
Dans ces deux corridas, de Garcigrande et Jandilla, il y eut quelques surprises au niveau du bétail. Chez les Garcigrande et Domingo Hernández, commodes de présence, ce fut le comportement à la pique, en seize rencontres au cheval, et plusieurs picadors malmenés, qui étonna. L'un de ces toros, marqué du fer de Domingo Hernández, s'avéra brave, mobile et encasté, et mit réellement à l'épreuve José María Manzanares au cours de sa faena. Ce dernier dut essentiellement le succès à son efficacité avec l'épée.
Morante de la Puebla, qui venait en remplacement d'Enrique Ponce, et qui toréait le même jour que Manzanares, tenta davantage de choses que d'habitude, laissa de jolis gestes fidèles à sa signature, mais ses faenas ne décollèrent jamais.
Sébastien Castella, en temple, en douceur, et en précision en terme de technique, a été de loin le plus en vue de ces toreros. Même le coup de tête gênant dans la charge de son second toro de Jandilla fut réglé avec une déconcertante facilité.
Et Miguel Angel Perera, s'il laissa sur le sable arlésien de superbes et spectaculaires quites à la cape, a un toreo que l'on peut diversement apprécier. Car si sa force technique est indiscutable, son style encimista, qui consiste à faire tourner les toros en rond, au cours de faenas interminables qui se prolongent parfois jusqu'à la sonnerie du deuxième avis, a de quoi diviser.
Dans l'une de ces deux affiches, il y avait Antonio Borrero "Chamaco", novillero vedette du début des années 90, et qui est parti dans l'anonymat le plus total des petites plazas dix ans plus tard.
Convaincu qu'il ne referait pas carrière en 2019, il revenait donc pour un jour. Dans une interview, il avait récemment laissé entendre que son habit de lumières serait particulier. Et en le voyant arriver triomphalement au paseo, avec empâtement par rapport à ses belles années, dans un costume gris plomb et or, il y avait un petit sentiment de déception. Car l'on s'attendait à autre chose, changeant de l'ordinaire, moins sobre et plus adapté à son illustre personnalité.
Au sorteo, il a touché le meilleur lot de Jandilla, le premier et le quatrième. Au premier, c'est simple, il ne s'est absolument rien passé. Et au quatrième, qui prit trois fortes piques, il y eut ce sursaut d'orgueil, ce petit quelque chose que le public était venu chercher sans oser l'avouer. Deux belles séries, une sur la corne droite et une sur la gauche de l'excellent "Justiciero", numéro 5, de Jandilla. Et puis, une branlée d'anthologie, digne de celles que Chamaco prenait quand il était novillero. On vit que ce torero et cette tauromachie avaient pris un coup de vieux, car Antonio Borrero, qui mordit la poussière au cours de cette voltereta, eut bien plus de mal à se relever qu'à l'époque. Ce n'est pas la même quand on a quasiment cinquante balais.
Suivirent des pitreries, des trucs qui eux aussi ont vieilli, ou encore ces molinetes à genoux rageurs, diversement appréciés par le public. On était en présence de la vraie dimension tragi-comique de la tauromachie. Car faire le con devant un toro n'exclut pas le danger, la blessure ou pire. Un truc drôle, presque pathétique, mais qui peut aussi faire peur et se transformer en tragédie. Éprouvé physiquement, Chamaco obtint une oreille qui déclencha une forte division d'opinions, avec ovation d'un côté et bronca de l'autre. J'ignore quelles sensations était venu chercher Chamaco en réapparaissant de manière éphémère, tellement d'années après s'être retiré. Nul doute que l'affection du public, les réactions passionnées de la foule sans aucune indifférence, le goût du risque, et l'adrénaline – voltereta y compris –, y étaient pour quelque chose. C'est d'ailleurs certainement pour ces raisons que fréquemment, de nombreux toreros annoncent un improbable retour dans l'arène. Mais la jeunesse, si elle peut ne jamais flétrir au niveau du caractère, physiquement, il n'y en a qu'une seule.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco)

jeudi 25 avril 2019

Vive les novilladas


C'est une époque où l'on dit des novilleros qu'ils ne passionnent pas, et parce que victimes du formatage des écoles taurines, au fond, ils toréent tous pareil. En France, cette année, il devrait y avoir au maximum une petite trentaine de novilladas piquées. C'est peu. Mais si tu as envie d'en voir un paquet, c'est en Espagne qu'il faut aller, au mois de septembre.
L'aficionado a déserté les novilladas, et beaucoup d'empresas de grandes arènes les ont reléguées en tant que "spectacles mineurs", quand d'autres n'en organisent tout simplement plus.
Les novilladas piquées sont une absolue nécessité pour l'avenir de la tauromachie. Et dimanche à Arles, cela a peut-être même été la course la plus passionnante de la feria.
On a retrouvé l'esprit de la novillada, la "competencia", et le brin de folie qui va avec.
Six élevages différents pour six novilleros français. D'ailleurs, la première raison de la présence de ces protagonistes à l'affiche n'était pas leur nationalité, mais parce qu'ils l'avaient mérité. Et puis, le critère de la nationalité n'est pas essentiel en tauromachie. Il n'y a pas de drapeaux sur les habits de lumières.
Le format de cette novillada était assez curieux, et si l'on voulait chipoter, on dirait avec raison qu'il n'y avait pas l'esprit d'une novillada-concours de ganaderías, dans la façon dont était organisé et orchestré le tiers de piques.
Six élevages : Héritiers de François André, Le Lartet, Jacques Giraud, Camino de Santiago, Domaine de Málaga et Bernard Taurelle, avec chacun un échantillon, un novillo.
En face, avec toujours de l'envie et de la personnalité, les novilleros français ont connu des fortunes diverses. De beaux moments à la cape pour Tibo García face à un novillo au pelage clair de François André, de bon fond mais très vite arrêté. De l'application pour Baptiste Cissé face à un noble novillo de Giraud, avec parfois du mal à transmettre. La vaillance de Carlos Olsina opposé à un Camino de Santiago. Le novillero biterrois semble avoir évolué par rapport à l'an dernier, mais il devra peut-être davantage se concentrer sur les fondamentaux. Chez Adam Samira, qui débutait avec picadors face à un sérieux et bon novillo de Taurelle, on vit un évident et compréhensible manque de métier. Carlos Olsina et Adam Samira obtinrent chacun un trophée, alors que Tibo García et Baptiste Cissé furent invités à saluer.
Les deux moments forts de la matinée furent les combats des deuxième et cinquième novillos, appartenant respectivement aux familles Bonnet et Callet.
Celui du fer du Lartet, de la famille Bonnet, fut stoïquement accueilli a portagayola par Maxime Solera, qui attendit un long moment avant de le recevoir dans sa cape. Après deux piques sans grand relief, Maxime Solera décida de mettre en valeur à tout prix son adversaire, au cours d'une faena pour aficionados. Des cites de loin voire de très loin, prodigieux et courageux. C'est grâce à cela qu'il fut possible de voir toutes les qualités du novillo du Lartet, en noblesse et en promptitude dans sa charge. Quel engagement, et quelle volonté de la part du novillero, qui alla jusqu'à estoquer de manière inouïe sans muleta. Vuelta au novillo, et... un seul trophée pour Maxime Solera. La présidence ne songea pas à en donner deux, à une époque où l'on distribue pourtant des valises d'oreilles à longueur de saison pour bien moins que cela. Là, l'énorme générosité et l'engagement du novillero n'ont pas été récompensés à leur juste valeur.
Le novillo de Málaga, de la famille Callet, était très bien présenté et armé. Lui aussi deux rencontres au cheval, et à la muleta, une charge encastée, très vive, vibrante, et donc pas facile à contenir. C'est le nîmois El Rafi qui avait été désigné au sorteo pour affronter ce novillo. Et il dessina face à lui de très beaux gestes, notamment une superbe série de la main gauche au centre de l'arène. Si la fin par redondos inversés n'était pas la plus adaptée et que l'épée basse vint quelque peu ternir l'ensemble, El Rafi n'en laissa pas moins une très belle impression, et l'on comprend pourquoi de nombreux espoirs sont fondés en lui. Là aussi, la présidence accorda un tour de piste au novillo.
Peu importe les récompenses, pas toujours équitables, et qui animèrent les conversations d'après course. Mais à certains qui, de manière sempiternelle, sont fatalistes sur l'avenir de la tauromachie, en affirmant que tous les novilleros se prennent déjà pour ce qu'ils ne sont pas et veulent toréer comme des vedettes, on rétorquera que concernant les novilleros à l'affiche de la matinale d'Arles, et par rapport à la profession de matador, il y a des garçons qui semblent avoir sacrément envie de le devenir.

Florent

(Image de Philippe Gil Mir)

mardi 23 avril 2019

Thomas Joubert, temple arlésien


La campagne publicitaire pour la feria pascale d'Arles était basée cette année sur le retour pour un jour d'Antonio Borrero "Chamaco", qui avait pourtant rangé le matériel de torero au placard il y a pratiquement deux décennies.
Mais il y avait aussi dans cette feria un autre retour. Bien différent. Celui du matador arlésien Thomas Joubert, quasiment huit mois après la dramatique blessure subie à Bayonne. Dramatique est le terme approprié, car le jour de la corrida, sur les gradins, l'incertitude était à la fois angoissante, pesante et interminable. Jusqu'à ce que l'on annonce que l'état de santé du torero avait été stabilisé.
Le voir fouler de nouveau le sable d'une arène, vêtu d'un costume de lumières, était émouvant. Au début de sa convalescence, on avait même pu lire en divers endroits qu'il avait mis un terme à sa carrière. Faux, archi-faux, et injuste. Et surtout, une "fake news" rapidement démentie de la part du torero.
Hier à Arles, pas superstitieux, Thomas Joubert est revenu avec le même habit bleu pétrole et or qu'il portait à la fin de l'été dernier à Bayonne.
Sa modestie et son humilité sont impressionnantes. Alors que le public le faisait sortir pour saluer à l'issue du paseo, il laissa en premier son compagnon de cartel Andy Younès recevoir l'ovation. Et autant d'attention pour son picador Oscar Bernal, qu'il fit saluer après le combat du troisième toro, de Torrestrella.
Cette modestie pourrait passer pour un manque d'ambition. Mais non, c'est sa personnalité, et il convient de l'accepter ainsi. Cette année, il est annoncé – pour l'heure – à Nîmes et aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et il est surprenant de le voir toréer aussi peu. Car sa personnalité en fait un matador fort intéressant.
Hier à Arles, pas une seule séquelle du terrible coup de corne, ni physique ni psychologique. Thomas Joubert n'a pas reculé une seule fois. Calme, sans précipitation, et avec temple. Un toreo aux airs anciens, relâché, sans fioritures. À la cape déjà, avec des quites par saltilleras et gaoneras en laissant passer le toro très près. Et puis, une volonté de toréer sans jamais être brusque. Il y eut, face à chacun de ses adversaires, des passages de grande valeur. Comme ces naturelles de face en fin de parcours devant le premier toro, de Pedraza de Yeltes.
Thomas Joubert a coupé une oreille de ce toro d'ouverture, et aurait pu récolter à chaque fois un trophée supplémentaire grâce à une épée plus efficace. Hier, ce fut son unique point faible. Car avant tout, quel plaisir de le voir revenir dans l'arène.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Thomas Joubert au paseo à Arles, le lundi 22 avril)

mercredi 17 avril 2019

Loterie


Du survêt au costume de lumières. Ou presque. C'était il y a un an, exactement à la même période.
Un après-midi ensoleillé, dans l'élevage d'Andrés Moreno, à Camprodon, juste après la frontière, à quasiment 1.500 mètres d'altitude.
J'adore le département des Pyrénées-Orientales, sa variété de paysages. Et sa traversée, de la mer jusqu'aux montagnes. En vacances chez ma grand-mère, du côté de la Salanque, c'était la route habituelle pour aller à Céret au mois de juillet. Un mois savoureux lorsqu'on est écolier, collégien, lycéen ou étudiant, car il signifie que l'on est encore au début des grandes vacances.
Cette fois, en avril 2018, le voyage est un peu plus long, et va donc jusqu'à Camprodon, dans la province de Gérone. En passant notamment par Le Boulou, Céret, Amélie-les-Bains et Arles-sur-Tech. Avant de partir, ma grand-mère m'a demandé de faire un loto en vue du tirage du soir. Arrêt impératif à Prats-de-Mollo, au premier bureau de tabac venu, car sur la route, c'est l'ultime commune du côté français. Il y a quelque chose de liturgique pour les anciens dans le fait de jouer à la loterie. Une résignation face au résultat final, car la probabilité de (gros) gain est démesurément faible, mais à la fois, l'infime espoir du ticket gagnant qui existe. Je lui apporterai au retour.
À Camprodon, avec le ganadero et matador retiré Andrés Moreno, il y a son gendre Enrique Guillén, lui aussi matador d'alternative, et le novillero qu'il "apodère", le français Maxime Solera.
Quelques jours après, Solera a un sacré rendez-vous à Aire-sur-l'Adour. Un mano a mano, au cours duquel il doit affronter trois novillos, de Raso de Portillo, María Cascón et Palha ! Mais en réalité, c'est cuit. Une blessure au ménisque subie à l'entraînement et qui traîne depuis deux mois empêche tout espoir de se rendre à Aire pour ce 1er mai 2018. Le novillero n'a pas encore déclaré forfait à cet instant-là, mais il est conscient de cette issue. La convalescence paraît interminable, l'attente est insupportable, car à chaque nouvelle saison, un novillero repart de zéro, avec tout à prouver une fois de plus.
Maxime Solera a été lancé par un succès dès sa deuxième novillada piquée fin 2016 à Peralta, où il a obtenu le prix au triomphateur de la feria. Et il s'est véritablement révélé aux yeux de l'afición française devant une novillada de Dolores Aguirre à Boujan-sur-Libron, et surtout face aux Raso de Portillo à Céret. Deux grands défis, parmi ses toutes premières novilladas piquées.
Mais quel enthousiasme, quel caractère, et quel esprit de novillero. À Céret, l'envie de décrocher le gros lot le conduira deux fois à portagayola. Et face à un Raso de Portillo qui n'était pas un sucre d'orge, malgré son peu d'expérience, il alla chercher sur la corne gauche, en avançant la jambe, et en s'exposant énormément, des naturelles de vérité. La lidia, au préalable, avait été excellente, et le triomphe passa... tout près. À cause de l'épée, le succès se limita à un tour de piste, mais l'impact était indéniable et il n'eut que de bonnes conséquences pour la carrière du novillero.
Aujourd'hui, une écrasante majorité d'apprentis toreros déclare que son plus grand rêve, c'est "d'être une figure de la tauromachie". On leur dit qu'il faut couper des oreilles, être en quête d'une alternative rapide, pour une ascension fulgurante. Mais après ? Combien ont déchanté et buté à cause d'opportunités bien trop maigres à l'échelon supérieur ?
Le chemin de Maxime Solera est différent. Il s'inscrit dans la durée. Il y a le désir d'aller au bout des choses, en étant patient, avec comme objectif celui de lidier avant de couper les oreilles. La sincérité de cette démarche est honorable. Il a eu raison d'être patient. Cette année, en Europe, il va commencer la saison par Arles et Aire-sur-l'Adour, où il a été de nouveau engagé malgré son forfait de l'an passé. Maxime Solera est convaincu qu'il y a une place à prendre pour un torero français dans le créneau des corridas toristas. Et c'est bien vrai, car cela fait des années que l'afición tricolore attend.
Le jour de Camprodon, ma grand-mère, hélas, n'avait pas gagné au loto. Et si depuis elle est partie, je mesure pleinement à quel point sa présence, c'était mieux que de remporter n'importe quelle loterie. Retourner à Céret depuis Saint-Laurent-de-la-Salanque ne sera plus jamais comme avant.
Pour Maxime Solera, en tant qu'aficionado, on ne peut qu'admirer son opiniâtreté, en lui souhaitant de trouver fortune sur ce chemin qu'il a décidé d'emprunter. Il en connaîtra des étapes de montagne.

Florent

mardi 2 avril 2019

L'imprévu


C'est qu'avec cette histoire de changement d'heure, elle tombait tôt dimanche la corrida de Gamarde. Mon passager, lui non plus, n'avait pas prévu de s'y rendre initialement. Il faut dire que par beau temps, une corrida dans une arène couverte n'est pas ce qu'il y a de plus attrayant. Pourtant, il y avait de quoi y réfléchir, et c'est ainsi que la plaza afficha une très belle entrée.
Belles sont aussi ces routes des Landes, se frayant un passage au milieu de la forêt, même si certaines d'entre elles rappellent de bien douloureux souvenirs.
À Gamarde, qui est une petite arène, c'était une corrida de début de saison, la première en France en 2019. Le genre de corrida en guise d'échauffement, dit-on par habitude.
Depuis des années, certaines des figures proclamées ou auto-proclamées de la tauromachie se plaisent à affirmer "qu'aujourd'hui on torée mieux que jamais". Cela a, bien entendu, été contesté par des générations antérieures, avec raison et de véritables arguments.
Pablo Aguado, lui, ne toréait pas encore quand ce discours a été mis à la mode. Il a d'ailleurs commencé à toréer sur le tard, après ses vingt ans. Et, avec ce que l'on a vu dimanche, il paraît même capable de toréer aussi bien que certains revendiquant être au sommet de l'histoire.
Car ce qu'a fait Pablo Aguado, c'est intemporel. Le toreo. Et rien à jeter.
Pourtant, on se dit qu'un tel rendez-vous, on aura davantage de chances de le rencontrer dans une grande arène. Dans une petite plaza, on dirait que cela relève de l'imprévu. Pourtant, elles sont nombreuses dans l'histoire de la tauromachie les grandes faenas dans de petites arènes. Quand triomphe l'inattendu.
Face à "Aventurero", troisième toro de Castillejo de Huebra, d'encaste Murube, noble et mobile, Pablo Aguado a toréé de façon extraordinaire et livré un faenón. À la cape déjà, avec des véroniques, une media, et un quite par chicuelinas des plus suaves.
Il toréa sans forcer, comme une évidence. Un grand début de faena, et des séries à gauche en conduisant et en guidant le toro avec un temple immense. Et le final, avec des naturelles aux cites de face, fut somptueux. Petite arène, mais faena d'anthologie. La conclusion en trois temps limita la récompense à un trophée. Mais ce que l'on vit, cela faisait oublier la toiture des arènes, et voyager. Loin. Là, y'avait les palmiers, les orangers, Séville, Jerez et Sanlúcar.
En espérant pour Pablo Aguado qu'un jour prochain, il puisse réaliser ce type de faena dans une grande arène, avec la répercussion que cela mérite.
Face au dernier toro, du fer de José Manuel Sánchez, âgé de cinq ans, qui envoya cheval et picador au tapis, ce fut tout autre chose. L'adversité d'un toro brusque et difficile. Soulevé sans dommages, Pablo Aguado montra des recours, du métier, et des capacités pour vaincre. Sur le chemin afin de devenir un torero de premier plan.

Florent

(Image de Niko Darracq : Pablo Aguado face à "Aventurero" de Castillejo de Huebra)

mercredi 27 mars 2019

Roca Rey


"Roca Rey efface El Juli et Talavante de la carte de Jerez". C'est cette sentence, qui envoie du bois, que le journaliste Francisco Orgambides érigea en titre pour évoquer la corrida du 11 mai 2018 à Jerez de la Frontera.
En voyage, j'aime bien découvrir des journaux régionaux ou locaux. Là, en l'occurrence, le Diario de Jerez. Et pour cette corrida, un titre puissant, venant refléter parfaitement ce qui s'était passé en piste.
Jerez est une arène de deuxième catégorie, tout aussi secondaire sur le calendrier entre les rendez-vous de Séville et de Madrid. Mais comme cela arrive parfois pour certaines corridas qui paraissent sans enjeu, on peut tirer des enseignements.
Ce jour-là à Jerez, les toros de Núñez del Cuvillo, de modestes gabarits, n'avaient rien d'exceptionnel. Et les toros destinés à Roca Rey n'étaient pas spécialement meilleurs que ceux d'El Juli et de Talavante. Pire, par manque de forces et d'étincelles, ils semblaient davantage tirer vers le médiocre que le bon. Mais face à une telle opposition, le torero péruvien est parvenu à réaliser des prouesses, avec talent et créativité. Certes, Jerez de la Frontera est une arène où le public peut rapidement s'enflammer, bien plus qu'à de nombreux autres endroits, mais l'impression était là. Roca Rey souleva l'arène, coupant quatre oreilles et une queue, et surtout, sortit seul en triomphe.
Cette corrida, à elle seule, c'était l'illustration du tourbillon que représente Andrés Roca Rey. Une évolution très rapide de sa carrière, et la sensation que quelque chose est en train de changer dans la tauromachie. Comme une nouvelle époque.
Roca Rey a seulement 22 ans, et l'on espère qu'il tombera moins dans les travers que les vedettes auxquelles il semble succéder.
Déjà, en se prêtant au jeu du "bombo" à Madrid, il affrontera pour la prochaine feria de San Isidro la corrida d'Adolfo Martín, ce qui est quelque chose de fort intéressant. Espérons qu'il saura à l'avenir maintenir ce cap et se mesurer à une certaine variété d'élevages.
Roca Rey est arrivé au plus haut niveau avec fraîcheur, détermination, puissance dans sa cape et sa muleta, et aussi en foulant des terrains risqués, en s'exposant énormément devant les toros.
La tauromachie avait besoin d'un Roca Rey comme nouvelle vedette. Un vent nouveau. Actuellement, si l'on met à part José Tomás et le nombre restreint de corridas qu'il torée chaque année, Andrés Roca Rey est celui qui attire le plus de monde aux arènes. Et surtout, il met totalement en péril la hiérarchie établie depuis de longues années.


Florent

mardi 26 mars 2019

Céret 2004


Le matin, déjà, on avait l'impression d'assister à un truc d'un autre siècle. Avant la novillada, le ganadero portugais Fernando Pereira Palha, ôtant son couvre-chef pour répondre à l'ovation du public, semblait tout droit sorti d'un conte. Un personnage à part. Sans le savoir, c'est la dernière fois qu'il voyait ses protégés aux pelages multicolores combattre dans une arène française.
Cette feria de Céret 2004 avait commencé la veille, sous la pluie, avec une corrida de Luis Terrón aux défenses gigantesques. C'est la première fois que cet élevage faisait combattre une corrida pour des toreros à pied. La piste de Céret, déjà étroite, paraissait minuscule quand on regardait débouler ces bestioles du toril. El Cid n'avait pas été dans un bon jour, et le jeune matador catalan Serafín Marín avait été sérieusement blessé dès les premières passes de cape. El Fundi, qui était venu en remplacement d'Encabo, avait été ce sublime lidiador dont on parle forcément aujourd'hui avec nostalgie.
Et pour terminer cette feria, le dimanche 11 juillet à six heures du soir, une corrida avec six toros de Hernández Pla, d'encaste Santa Coloma. Six toros annoncés de 520 à 560 kilos. Six toros, Damito, Tasquero, Ventilado, Candilito, Conservero et Lancero. Six toros aux pelages gris. Dans le ciel, pas un seul rayon de soleil, et que des nuages.
Sur ce seul cliché, on a l'impression d'un instant unique et figé. Mais ce fut en fait la sensation de l'après-midi dans son intégralité pour quiconque assista à cette corrida. Une bataille constante. Des combats courts et intenses, et au fur et à mesure que la corrida avançait, la dureté des tiers de piques ne faisait aucun doute. Chacun savait ce qui l'attendait. Trois picadors visitèrent l'infirmerie ce soir-là.
Aurelio García, de la cuadrilla de Luis Francisco Esplá, spectaculairement renversé par le toro Candilito, numéro 217. Les lanciers José Olmo et Marcial Rodríguez eux aussi furent touchés par la fougue des terribles toros de Hernández Pla.
Des premiers tiers épiques, et en piste, le sang-froid de Luis Francisco Esplá, chef de lidia remarquable même dans l'adversité la plus grande. Avec lui, Gómez Escorial, valeureux torero, habitué à ce genre de batailles, et Fernando Robleño, qui avait superbement toréé de la main gauche un adversaire redoutable.
Sur cette image de David Cordero, on voit le toro Candilito renverser l'équipage du picador Aurelio García avec une monture d'Alain Bonijol. En apercevant les visages en tribune, ainsi que Jean-François Coste, membre de l'Association des Aficionados Cérétans, debout en second plan en callejón, on devine comme une inquiétude, et le souffle de la sauvagerie de ces toros.


Florent

vendredi 22 mars 2019

La Navarre, entre vert et désert


Quand j'étais petit, je pensais que l'Espagne était un pays plat, avec des palmiers partout. Des arènes dans chaque commune, que ce soit un hameau, une ville ou un village. Avec des corridas du 1er janvier au 31 décembre, et une fête permanente.
Un pays où les manteaux n'existent pas, et où il ne fait jamais moins de 25 degrés. Au fil des années, j'ai pu mesurer à quel point je m'étais planté.
Fitero, Navarre. Samedi 16 mars. 17 heures. Corrida des fêtes de San Raimundo. Deux novillos d'El Madroñal (encaste Murube) pour le rejoneador Mario Pérez Langa, et quatre toros de Hermanos Cambronell (encaste Domecq) pour Manuel Jesús "El Cid" et Javier Marín, le sobresaliente étant Enrique Martínez "Chapurra".
Et là, tu rigoles, tu te moques, en te disant à quoi bon aller voir un tel cartel en bois. Quelque part, tu as raison. Et puis, le même jour, il y avait à Valencia la réapparition du grand Paco Ureña, pour ce qui était le véritable événement tauromachique du week-end.
À Fitero, dont les belles arènes (qui ont une architecture très similaire aux anciennes d'Arnedo) datent de 1897, il y avait donc une corrida avec un rejoneador et deux matadors. Fitero, à ne pas confondre avec le picador préféré de beaucoup d'entre nous, le regretté André Floutié dit "Fritero", disparu au printemps 2013.
Sur le papier, l'affiche de cette corrida était moins intéressante que celles des dernières années dans les mêmes arènes.
C'est le premier paseo de l'année en Navarre. La météo est de la partie, et aux gradins soleil, les locaux, joviaux, sont pleins comme des huîtres.
El Cid, qui a choisi 2019 comme année de retraite, est à l'affiche. Et si, une fois de plus, il venait à livrer des gestes de grande classe ? Ce fut effectivement le cas, mais devant une opposition indigente. Car la majorité des toros de Cambronell, de mauvaise présentation, étaient invalides. Seul le dernier toro se sauva du naufrage. Javier Marín, matador du village voisin de Cintruénigo, sortit en triomphe accompagné du Cid après avoir coupé trois oreilles, en étant généreusement primé par un public venu le soutenir.
Quant au rejón, il est bien d'en regarder de temps en temps un échantillon afin de se faire une opinion. Assez bon cavalier, Mario Pérez Langa eut toutefois tendance à être théâtral voire de mauvais goût face à de bons novillos d'El Madroñal.
Fitero est un bled situé au Sud de la Navarre, une région agricole aux paysages tellement variés et étonnants. Le vert et les montagnes au Nord, et au Sud, le désert des Bardenas près de Tudela.
Une région où plusieurs élevages de toros sont purement destinés aux corridas, et d'autres, de caste navarraise, et majoritairement de pelages roux, vont dans les "festejos populares". Ceux qui remuent la poussière, montent aux arbres, ou sur les gradins d'une arène, comme ce fut le cas l'été dernier lors d'une fête de village. Ces toros de Navarre, Céret s'était aventurée à en annoncer et à en faire combattre. Des Merino Gil, des La Bomba, des El Ruedo, et des José Arriazu.
Si Pamplona est mondialement connue, il est aussi agréable d'aller dans toutes ces arènes de villages à l'identité forte. Tafalla, Sangüesa, Peralta, Lodosa, et bien d'autres.
Le long de la petite route qui mène aux Bardenas, on peut même trouver par hasard un petit élevage aux origines diverses. La Navarre, une région taurine propice aux rencontres improbables.

Florent

lundi 4 mars 2019

L'îlot de barbarie, il t'emmerde


En parcourant la presse quotidienne régionale la semaine dernière, on pouvait apprendre que le CRAC Europe avait ajouté une ligne à son catalogue de procédures. Cette fois, après avoir été déboutée en première instance, il était question de l'appel de l'association en question devant la CAA de Marseille, pour la demande d'interdiction des écoles taurines aux moins de 18 ans. Il faut dire qu'à chaque échec juridictionnel, le CRAC – et d'autres association anti-taurines – innovent en cherchant systématiquement un nouvel angle d'attaque.
La décision a été mise en délibéré et a bien peu de chances d'aboutir. Dans ses conclusions, si le rapporteur public M. Michaël Revert a demandé le rejet des requêtes car n'étant pas fondées en droit, il a également tenu des propos invraisemblables.
"Les corridas en France continuent de constituer une forme d'îlot de barbarie légale".
Loin de toute impartialité, ces propos ne correspondent à aucune réalité juridique, et méconnaissent complètement la jurisprudence : judiciaire, administrative et constitutionnelle, qui a toujours été favorable à la tauromachie.
Cette considération, au fond, est aussi dangereuse que scandaleuse.
Elle signifierait que chaque commune, chaque organisateur de courses, chaque acteur en piste, chaque spectacteur, est détenteur d'une parcelle de barbarie ! Cet ensemble formant un îlot, légal... mais barbare !
Ces propos inédits dans ces circonstances, s'ils ne risquent pas de jouer sur la procédure en cours, sont quand même fort contestables.
Car la barbarie, en saisissant le premier dictionnaire à portée de main, on remarque que c'est le caractère de quelqu'un ou de quelque chose d'inhumain.
Et la France a assez souffert en matière de tragédies barbares ces dernières années, depuis le début de l'année 2015 notamment, pour que ce terme puisse être utilisé pour qualifier des choses qui n'ont aucun rapport.
Mais nous sommes à une époque où la petite phrase et son impact importent davantage que le fond et les idées. Il est effrayant, et ce n'est pas nouveau en lisant de nombreux commentaires sur la toile, de voir que la corrida figure pour certaines personnes dans les hautes sphères d'une pyramide de l'horreur.
En France, la corrida existe depuis maintenant bien longtemps. Elle vient d'Espagne, le pays voisin, et son implantation chez nous dans des communes ou dans des régions est due à des raisons aussi nombreuses que passionnantes.
Aussi, elle perdure et intéresse, s'avérant être autre chose qu'une barbarie. Les territoires de la tauromachie en France, de la Méditerranée à l'Atlantique, sont par ailleurs bien plus qu'un petit îlot.
Et historiquement, il y eut même des corridas à Bordeaux, Marseille, Toulouse, Paris, Le Havre, Roubaix, ou même Vichy récemment encore.
Aujourd'hui, l'existence de la tauromachie est concentrée sur les régions méridionales du pays, là où elle s'est le plus profondément ancrée, pas si loin de sa terre natale.
Du fait des habituelles polémiques amplifiées par les moyens de communication actuels, la corrida est un thème qui fait parler, débattre, et couler de l'encre. Qui, pourtant, pourrait le mieux s'exprimer à son sujet que ceux qui s'intéressent à elle et en ont fait leur passion ?
Si certains médias parlent de barbarie ou d'atrocité, ils n'interrogent jamais ou presque les personnes qui aiment la corrida, afin de connaître leur vérité, et les raisons pour lesquelles elles se rendent aux arènes. Le résultat serait surprenant, et contre-productif pour les polémistes, dont l'hypothèse de spectateurs barbares et sanguinaires serait complètement contrecarrée.
Car en tant qu'aficionado, on parle avant tout d'un milieu naturel unique, celui de taureau de combat, et dans l'arène, de valeurs, de solidarité des hommes face au danger, de beauté, de force, de courage. Tant de choses.

Florent

dimanche 24 février 2019

Céret


L'ADAC a fait paraître ce dimanche les noms des six matadors et des trois novilleros qui prendront part à la trente-deuxième édition de Céret de Toros, les samedi 13 et dimanche 14 juillet.
Pour la novillada de Monteviejo du dimanche matin, ils semblent avoir retenu le meilleur trio possible sur le papier pour une novillada torista à l'heure actuelle : Juan Carlos Carballo, Aquilino Girón et Maxime Solera. Tous les trois expérimentés en la matière.
L'après-midi, la corrida de Saltillo sera combattue par Fernando Robleño, Javier Cortés et Gómez del Pilar.
Et pour commencer la feria, le samedi après-midi, il y aura une corrida de Juan Luis Fraile pour Javier Castaño, Iván Vicente et José Miguel Pérez "Joselillo".
Il s'agira du retour fort mérité de Javier Castaño à Céret. En 2011, et alors que cela n'était plus arrivé depuis plusieurs années lors de cette feria, il avait obtenu deux oreilles d'un même toro, "Cortesano", brave et encasté, de l'élevage de José Escolar Gil. Castaño avait ce jour-là été parfait dans la lidia, réalisant ensuite une faena limpide et vibrante. Les grandes années de Javier Castaño. L'année suivante, dans la même arène mais avec une autre organisation que l'ADAC, il était sorti en triomphe après avoir affronté un lot de Prieto de la Cal. C'est à ce jour sa dernière venue à Céret.
Avec deux corridas et une novillada, c'est au final bien peu de noms que les organisateurs peuvent faire rentrer sur une affiche. Car forcément, bien d'autres viennent en tête. Et c'est bon signe, preuve qu'il y a une génération fournie de toreros candidats à ce style de corridas.
On pouvait ainsi penser à Octavio Chacón, qui est le meilleur lidiador à l'heure actuelle ; à Alberto Lamelas, qui n'est pas venu depuis plusieurs années et avait été plus qu'honnête lors de sa dernière venue ; ou encore à Imanol Sánchez, qui s'entraîne durement, y compris face à des toros de caste navarraise, et aurait bien sa place dans une arène comme Céret.

Florent

vendredi 22 février 2019

Bon oeil


"Vázquez perdit les oreilles à l'épée. On aurait tendance à dire que cela nous est égal, car beaucoup trop de toreros s'esquivent au moment de la vérité. À l'inverse de Javier qui, depuis son accident où il perdit l'usage d'un oeil à cause d'une banderille, ne s'est jamais déballonné. Fermez donc un oeil et tentez juste d'ouvrir la portière de votre automobile".
Certains écrits marquent davantage que d'autres. Des papiers que l'on conserve précieusement quelque part, et que l'on apprécie toujours de retrouver. C'est le cas de cet article de Zocato dans Sud-Ouest, datant d'il y a un peu plus de vingt ans.
Il relate une corrida de Conde de la Corte à Dax, et la prestation du torero madrilène Javier Vázquez, qui ce jour-là remplaçait Richard Milian.
Éloge à un torero borgne, car Javier Vázquez, qui était sorti en triomphe à Madrid en début de carrière, perdit totalement l'usage d'un oeil à cause d'une banderille en 1996 en estoquant un toro à Villanueva de Perales, un bled.
Bien sûr, depuis, l'afición a fait connaissance de son matador borgne le plus célèbre, en la personne de Juan José Padilla, qui réalisa un effort titanesque pour surmonter une gravissime blessure, avec la perte d'un oeil, afin de continuer à toréer.
À l'époque, et bien avant la terrible blessure de Padilla à Saragosse, plusieurs toreros en activité hormis Javier Vázquez avaient cette particularité d'avoir perdu un oeil face aux toros. Lucio Sandín, Luis de Pauloba, Niño de la Taurina, entre autres.
L'oeil du maître. Et voilà que cet article, vingt ans plus tard, nous renvoie directement à l'actualité.
Avec inévitablement une pensée pour Paco Ureña, torero tant aimé par l'afición, qui vient de perdre son oeil gauche après des mois de calvaire. Ce sont les séquelles de sa blessure du 14 septembre dernier à Albacete. Pourtant, cet après-midi là, il était resté en piste jusqu'à la fin du combat, comme s'il s'agissait d'une blessure anodine.
Malgré cette lourde intervention chirurgicale, Paco Ureña a affirmé qu'il reviendrait bientôt dans les arènes, au mois de mars à Valencia. Les toreros ont cette force et ce don, même en possédant un oeil en moins, de faire oublier l'adversité supplémentaire.
On en revient à cette anecdote d'ouvrir la portière de l'automobile avec l'oeil fermé. Alors affronter ainsi un toro de combat vingt minutes durant, c'est encore autre chose.

Florent

mardi 12 février 2019

Les cheminées de Valdemorillo


Il existe beaucoup de lieux sur la planète taurine que l'on reconnaît du fait d'une seule caractéristique. Sans équivoque. Parfois un personnage, parfois un élément du patrimoine local.
À Valdemorillo, dans la région de Madrid, et pendant longtemps, ce furent trois cheminées. Des cheminées en briques d'une fabrique de porcelaine.
Au pied de celles-ci était dressée une arène portative, où il y avait des corridas et novilladas d'hiver, pour les fêtes de Saint-Blaise. Du froid très souvent, et même des corridas sous des tempêtes de neige, le blizzard.
Sur des affiches anciennes, on repère de nombreux élevages méconnus, de la région. Et face à eux, des toreros que l'on appelle des seconds couteaux, pas destinés à être des vedettes. Les toros à affronter étaient souvent âgés, des tontons qui n'avaient pas été combattus la saison précédente. Souvent incertains, âpres et coriaces.
Avec celle de Cenicientos, cette arène portative de Valdemorillo était l'une des plus connues de la planète taurine. Mais maintenant, aussi bien qu'à Cenicientos, il y a une arène en dur.
Celle de Valdemorillo a été inaugurée il y a maintenant un peu plus de quinze ans. C'est une arène couverte, davantage éloignée du centre du village et des cheminées. Mais pour la feria, on a gardé la référence à celles-ci, sur les affiches, ou bien avec les trophées "Chimenea de Oro" ou "Chimenea de Platino".
Récemment, c'est à Valdemorillo que le regretté Víctor Barrio avait relancé sa carrière, en 2015, face à une corrida de Cebada Gago. La course était télévisée, et le torero avait remporté le prix au triomphateur.
Deux ans plus tard, en février 2017, dans cette même arène de Valdemorillo, Iván Fandiño avait adressé un émouvant brindis au père de Víctor, assis en barrera. En lui disant que si un brindis n'était rien et n'avait aucune valeur de consolation, il l'assurait de tout son soutien. Et puis Iván a rejoint Víctor à peine quelques mois plus tard. Impitoyable réalité, tellement dure.
Cette année, une solution de dernière minute fut trouvée entre la mairie et l'empresario Tomás Entero pour que la feria ait lieu. Une novillada piquée le 4 février, et deux corridas les 9 et 10.
Les trois jours, le matador Miguel de Pablo, qui avait été récompensé l'an passé du prix à la meilleure faena de la feria, s'est habillé d'un costume noir et or et est resté devant les arènes pour protester et réclamer une opportunité. Il était là avec son apoderado Jesús Pérez "El Madrileño", et les passants ne pouvaient que déplorer son désespoir. Il est un cas extrême que d'en arriver là.
Le lundi 4, c'est Rafael González qui a triomphé face à la novillada de Hato Blanco.
Le samedi 9, il y avait une corrida de La Palmosilla, un élevage d'origine Juan Pedro Domecq et Osborne par Núñez del Cuvillo, qui va notamment être à Séville cette année et va débuter à Pamplona. Le troupeau de la Palmosilla est basé à Tarifa, tout au Sud de l'Espagne, au niveau du détroit de Gibraltar. À Valdemorillo, les toros ont été bravitos au cheval et ont généralement laissé de quoi toréer. Curro Díaz et Juan del Alamo connaissent beaucoup de doutes ces derniers temps. Curro Díaz ne profita pas réellement du très bon premier toro, tandis que Juan del Alamo coupa une oreille généreuse au cinquième, après une glissade durant la faena qui aurait pu avoir de dures conséquences. Román a été le plus en vue, face à un premier toro de charge irrégulière, et un sixième au pelage blanc, mobile et encasté. Mais un mauvais maniement des aciers le priva de toute récompense.
Le lendemain, dimanche 10, et avec une belle entrée, plus de trois-quarts d'arène, il y avait une corrida de Miura, pour la première fois à Valdemorillo. Il est rare de voir un lot de Miura aussi tôt dans la saison en Europe. Et, chose également rare dernièrement : voir un lot de Miura avec peu ou pas de cornes abîmées et escobillées. Le lot était assez sérieux, avec une présentation supérieure au niveau d'une plaza de troisième catégorie. En morphologie, il n'était pas toujours dans le style historique de la maison. En revanche, certains exemplaires comme le premier toro arboraient une silhouette typique. En comportements, ils furent compliqués à divers degrés.
Soulevé dès l'entame à la cape face à son premier toro, Pepe Moral a été malchanceux. Il ne put affronter au final que deux des trois exemplaires qui lui étaient destinés. Le Miura lui laissa une blessure handicapante, le genre de lésion qui peut davantage gêner qu'un gros coup de corne, et durer davantage dans le temps. Pour se déplacer, Pepe Moral, touché au genou et au coude, connut un véritable calvaire.
Manuel Escribano, lui, vécut un bel après-midi et laissa l'image d'un torero très en forme. Il accueillit plusieurs toros par des largas à genoux et le cinquième a porta gayola. Aux banderilles, certaines poses furent exposées et valeureuses, avec par exemple un magnifique quiebro au centre de l'arène.
A la muleta, devant des toros de Miura pas évidents, possédant souvent un danger sourd, il sut transmettre et toréer avec une technique aboutie. De l'aisance, ce qui n'est pas facile du tout avec ce genre d'adversaire. Et il porta même deux belles épées. Sortie en triomphe méritée.
Par ailleurs, c'est avec l'élevage de Miura que Manuel Escribano avait définitivement été propulsé dans le circuit. À Séville, il y a quelques années, il avait coupé deux oreilles à un toro porteur du mythique A. S'il est de terrible réputation dans l'histoire de la tauromachie, il y a aussi des toreros qui lui doivent énormément.

Florent