dimanche 24 février 2019

Céret


L'ADAC a fait paraître ce dimanche les noms des six matadors et des trois novilleros qui prendront part à la trente-deuxième édition de Céret de Toros, les samedi 13 et dimanche 14 juillet.
Pour la novillada de Monteviejo du dimanche matin, ils semblent avoir retenu le meilleur trio possible sur le papier pour une novillada torista à l'heure actuelle : Juan Carlos Carballo, Aquilino Girón et Maxime Solera. Tous les trois expérimentés en la matière.
L'après-midi, la corrida de Saltillo sera combattue par Fernando Robleño, Javier Cortés et Gómez del Pilar.
Et pour commencer la feria, le samedi après-midi, il y aura une corrida de Juan Luis Fraile pour Javier Castaño, Iván Vicente et José Miguel Pérez "Joselillo".
Il s'agira du retour fort mérité de Javier Castaño à Céret. En 2011, et alors que cela n'était plus arrivé depuis plusieurs années lors de cette feria, il avait obtenu deux oreilles d'un même toro, "Cortesano", brave et encasté, de l'élevage de José Escolar Gil. Castaño avait ce jour-là été parfait dans la lidia, réalisant ensuite une faena limpide et vibrante. Les grandes années de Javier Castaño. L'année suivante, dans la même arène mais avec une autre organisation que l'ADAC, il était sorti en triomphe après avoir affronté un lot de Prieto de la Cal. C'est à ce jour sa dernière venue à Céret.
Avec deux corridas et une novillada, c'est au final bien peu de noms que les organisateurs peuvent faire rentrer sur une affiche. Car forcément, bien d'autres viennent en tête. Et c'est bon signe, preuve qu'il y a une génération fournie de toreros candidats à ce style de corridas.
On pouvait ainsi penser à Octavio Chacón, qui est le meilleur lidiador à l'heure actuelle ; à Alberto Lamelas, qui n'est pas venu depuis plusieurs années et avait été plus qu'honnête lors de sa dernière venue ; ou encore à Imanol Sánchez, qui s'entraîne durement, y compris face à des toros de caste navarraise, et aurait bien sa place dans une arène comme Céret.

Florent

vendredi 22 février 2019

Bon oeil


"Vázquez perdit les oreilles à l'épée. On aurait tendance à dire que cela nous est égal, car beaucoup trop de toreros s'esquivent au moment de la vérité. À l'inverse de Javier qui, depuis son accident où il perdit l'usage d'un oeil à cause d'une banderille, ne s'est jamais déballonné. Fermez donc un oeil et tentez juste d'ouvrir la portière de votre automobile".
Certains écrits marquent davantage que d'autres. Des papiers que l'on conserve précieusement quelque part, et que l'on apprécie toujours de retrouver. C'est le cas de cet article de Zocato dans Sud-Ouest, datant d'il y a un peu plus de vingt ans.
Il relate une corrida de Conde de la Corte à Dax, et la prestation du torero madrilène Javier Vázquez, qui ce jour-là remplaçait Richard Milian.
Éloge à un torero borgne, car Javier Vázquez, qui était sorti en triomphe à Madrid en début de carrière, perdit totalement l'usage d'un oeil à cause d'une banderille en 1996 en estoquant un toro à Villanueva de Perales, un bled.
Bien sûr, depuis, l'afición a fait connaissance de son matador borgne le plus célèbre, en la personne de Juan José Padilla, qui réalisa un effort titanesque pour surmonter une gravissime blessure, avec la perte d'un oeil, afin de continuer à toréer.
À l'époque, et bien avant la terrible blessure de Padilla à Saragosse, plusieurs toreros en activité hormis Javier Vázquez avaient cette particularité d'avoir perdu un oeil face aux toros. Lucio Sandín, Luis de Pauloba, Niño de la Taurina, entre autres.
L'oeil du maître. Et voilà que cet article, vingt ans plus tard, nous renvoie directement à l'actualité.
Avec inévitablement une pensée pour Paco Ureña, torero tant aimé par l'afición, qui vient de perdre son oeil gauche après des mois de calvaire. Ce sont les séquelles de sa blessure du 14 septembre dernier à Albacete. Pourtant, cet après-midi là, il était resté en piste jusqu'à la fin du combat, comme s'il s'agissait d'une blessure anodine.
Malgré cette lourde intervention chirurgicale, Paco Ureña a affirmé qu'il reviendrait bientôt dans les arènes, au mois de mars à Valencia. Les toreros ont cette force et ce don, même en possédant un oeil en moins, de faire oublier l'adversité supplémentaire.
On en revient à cette anecdote d'ouvrir la portière de l'automobile avec l'oeil fermé. Alors affronter ainsi un toro de combat vingt minutes durant, c'est encore autre chose.

Florent

mardi 12 février 2019

Les cheminées de Valdemorillo


Il existe beaucoup de lieux sur la planète taurine que l'on reconnaît du fait d'une seule caractéristique. Sans équivoque. Parfois un personnage, parfois un élément du patrimoine local.
À Valdemorillo, dans la région de Madrid, et pendant longtemps, ce furent trois cheminées. Des cheminées en briques d'une fabrique de porcelaine.
Au pied de celles-ci était dressée une arène portative, où il y avait des corridas et novilladas d'hiver, pour les fêtes de Saint-Blaise. Du froid très souvent, et même des corridas sous des tempêtes de neige, le blizzard.
Sur des affiches anciennes, on repère de nombreux élevages méconnus, de la région. Et face à eux, des toreros que l'on appelle des seconds couteaux, pas destinés à être des vedettes. Les toros à affronter étaient souvent âgés, des tontons qui n'avaient pas été combattus la saison précédente. Souvent incertains, âpres et coriaces.
Avec celle de Cenicientos, cette arène portative de Valdemorillo était l'une des plus connues de la planète taurine. Mais maintenant, aussi bien qu'à Cenicientos, il y a une arène en dur.
Celle de Valdemorillo a été inaugurée il y a maintenant un peu plus de quinze ans. C'est une arène couverte, davantage éloignée du centre du village et des cheminées. Mais pour la feria, on a gardé la référence à celles-ci, sur les affiches, ou bien avec les trophées "Chimenea de Oro" ou "Chimenea de Platino".
Récemment, c'est à Valdemorillo que le regretté Víctor Barrio avait relancé sa carrière, en 2015, face à une corrida de Cebada Gago. La course était télévisée, et le torero avait remporté le prix au triomphateur.
Deux ans plus tard, en février 2017, dans cette même arène de Valdemorillo, Iván Fandiño avait adressé un émouvant brindis au père de Víctor, assis en barrera. En lui disant que si un brindis n'était rien et n'avait aucune valeur de consolation, il l'assurait de tout son soutien. Et puis Iván a rejoint Víctor à peine quelques mois plus tard. Impitoyable réalité, tellement dure.
Cette année, une solution de dernière minute fut trouvée entre la mairie et l'empresario Tomás Entero pour que la feria ait lieu. Une novillada piquée le 4 février, et deux corridas les 9 et 10.
Les trois jours, le matador Miguel de Pablo, qui avait été récompensé l'an passé du prix à la meilleure faena de la feria, s'est habillé d'un costume noir et or et est resté devant les arènes pour protester et réclamer une opportunité. Il était là avec son apoderado Jesús Pérez "El Madrileño", et les passants ne pouvaient que déplorer son désespoir. Il est un cas extrême que d'en arriver là.
Le lundi 4, c'est Rafael González qui a triomphé face à la novillada de Hato Blanco.
Le samedi 9, il y avait une corrida de La Palmosilla, un élevage d'origine Juan Pedro Domecq et Osborne par Núñez del Cuvillo, qui va notamment être à Séville cette année et va débuter à Pamplona. Le troupeau de la Palmosilla est basé à Tarifa, tout au Sud de l'Espagne, au niveau du détroit de Gibraltar. À Valdemorillo, les toros ont été bravitos au cheval et ont généralement laissé de quoi toréer. Curro Díaz et Juan del Alamo connaissent beaucoup de doutes ces derniers temps. Curro Díaz ne profita pas réellement du très bon premier toro, tandis que Juan del Alamo coupa une oreille généreuse au cinquième, après une glissade durant la faena qui aurait pu avoir de dures conséquences. Román a été le plus en vue, face à un premier toro de charge irrégulière, et un sixième au pelage blanc, mobile et encasté. Mais un mauvais maniement des aciers le priva de toute récompense.
Le lendemain, dimanche 10, et avec une belle entrée, plus de trois-quarts d'arène, il y avait une corrida de Miura, pour la première fois à Valdemorillo. Il est rare de voir un lot de Miura aussi tôt dans la saison en Europe. Et, chose également rare dernièrement : voir un lot de Miura avec peu ou pas de cornes abîmées et escobillées. Le lot était assez sérieux, avec une présentation supérieure au niveau d'une plaza de troisième catégorie. En morphologie, il n'était pas toujours dans le style historique de la maison. En revanche, certains exemplaires comme le premier toro arboraient une silhouette typique. En comportements, ils furent compliqués à divers degrés.
Soulevé dès l'entame à la cape face à son premier toro, Pepe Moral a été malchanceux. Il ne put affronter au final que deux des trois exemplaires qui lui étaient destinés. Le Miura lui laissa une blessure handicapante, le genre de lésion qui peut davantage gêner qu'un gros coup de corne, et durer davantage dans le temps. Pour se déplacer, Pepe Moral, touché au genou et au coude, connut un véritable calvaire.
Manuel Escribano, lui, vécut un bel après-midi et laissa l'image d'un torero très en forme. Il accueillit plusieurs toros par des largas à genoux et le cinquième a porta gayola. Aux banderilles, certaines poses furent exposées et valeureuses, avec par exemple un magnifique quiebro au centre de l'arène.
A la muleta, devant des toros de Miura pas évidents, possédant souvent un danger sourd, il sut transmettre et toréer avec une technique aboutie. De l'aisance, ce qui n'est pas facile du tout avec ce genre d'adversaire. Et il porta même deux belles épées. Sortie en triomphe méritée.
Par ailleurs, c'est avec l'élevage de Miura que Manuel Escribano avait définitivement été propulsé dans le circuit. À Séville, il y a quelques années, il avait coupé deux oreilles à un toro porteur du mythique A. S'il est de terrible réputation dans l'histoire de la tauromachie, il y a aussi des toreros qui lui doivent énormément.

Florent