vendredi 22 février 2019

Bon oeil


"Vázquez perdit les oreilles à l'épée. On aurait tendance à dire que cela nous est égal, car beaucoup trop de toreros s'esquivent au moment de la vérité. À l'inverse de Javier qui, depuis son accident où il perdit l'usage d'un oeil à cause d'une banderille, ne s'est jamais déballonné. Fermez donc un oeil et tentez juste d'ouvrir la portière de votre automobile".
Certains écrits marquent davantage que d'autres. Des papiers que l'on conserve précieusement quelque part, et que l'on apprécie toujours de retrouver. C'est le cas de cet article de Zocato dans Sud-Ouest, datant d'il y a un peu plus de vingt ans.
Il relate une corrida de Conde de la Corte à Dax, et la prestation du torero madrilène Javier Vázquez, qui ce jour-là remplaçait Richard Milian.
Éloge à un torero borgne, car Javier Vázquez, qui était sorti en triomphe à Madrid en début de carrière, perdit totalement l'usage d'un oeil à cause d'une banderille en 1996 en estoquant un toro à Villanueva de Perales, un bled.
Bien sûr, depuis, l'afición a fait connaissance de son matador borgne le plus célèbre, en la personne de Juan José Padilla, qui réalisa un effort titanesque pour surmonter une gravissime blessure, avec la perte d'un oeil, afin de continuer à toréer.
À l'époque, et bien avant la terrible blessure de Padilla à Saragosse, plusieurs toreros en activité hormis Javier Vázquez avaient cette particularité d'avoir perdu un oeil face aux toros. Lucio Sandín, Luis de Pauloba, Niño de la Taurina, entre autres.
L'oeil du maître. Et voilà que cet article, vingt ans plus tard, nous renvoie directement à l'actualité.
Avec inévitablement une pensée pour Paco Ureña, torero tant aimé par l'afición, qui vient de perdre son oeil gauche après des mois de calvaire. Ce sont les séquelles de sa blessure du 14 septembre dernier à Albacete. Pourtant, cet après-midi là, il était resté en piste jusqu'à la fin du combat, comme s'il s'agissait d'une blessure anodine.
Malgré cette lourde intervention chirurgicale, Paco Ureña a affirmé qu'il reviendrait bientôt dans les arènes, au mois de mars à Valencia. Les toreros ont cette force et ce don, même en possédant un oeil en moins, de faire oublier l'adversité supplémentaire.
On en revient à cette anecdote d'ouvrir la portière de l'automobile avec l'oeil fermé. Alors affronter ainsi un toro de combat vingt minutes durant, c'est encore autre chose.

Florent

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