mardi 26 mars 2019

Céret 2004


Le matin, déjà, on avait l'impression d'assister à un truc d'un autre siècle. Avant la novillada, le ganadero portugais Fernando Pereira Palha, ôtant son couvre-chef pour répondre à l'ovation du public, semblait tout droit sorti d'un conte. Un personnage à part. Sans le savoir, c'est la dernière fois qu'il voyait ses protégés aux pelages multicolores combattre dans une arène française.
Cette feria de Céret 2004 avait commencé la veille, sous la pluie, avec une corrida de Luis Terrón aux défenses gigantesques. C'est la première fois que cet élevage faisait combattre une corrida pour des toreros à pied. La piste de Céret, déjà étroite, paraissait minuscule quand on regardait débouler ces bestioles du toril. El Cid n'avait pas été dans un bon jour, et le jeune matador catalan Serafín Marín avait été sérieusement blessé dès les premières passes de cape. El Fundi, qui était venu en remplacement d'Encabo, avait été ce sublime lidiador dont on parle forcément aujourd'hui avec nostalgie.
Et pour terminer cette feria, le dimanche 11 juillet à six heures du soir, une corrida avec six toros de Hernández Pla, d'encaste Santa Coloma. Six toros annoncés de 520 à 560 kilos. Six toros, Damito, Tasquero, Ventilado, Candilito, Conservero et Lancero. Six toros aux pelages gris. Dans le ciel, pas un seul rayon de soleil, et que des nuages.
Sur ce seul cliché, on a l'impression d'un instant unique et figé. Mais ce fut en fait la sensation de l'après-midi dans son intégralité pour quiconque assista à cette corrida. Une bataille constante. Des combats courts et intenses, et au fur et à mesure que la corrida avançait, la dureté des tiers de piques ne faisait aucun doute. Chacun savait ce qui l'attendait. Trois picadors visitèrent l'infirmerie ce soir-là.
Aurelio García, de la cuadrilla de Luis Francisco Esplá, spectaculairement renversé par le toro Candilito, numéro 217. Les lanciers José Olmo et Marcial Rodríguez eux aussi furent touchés par la fougue des terribles toros de Hernández Pla.
Des premiers tiers épiques, et en piste, le sang-froid de Luis Francisco Esplá, chef de lidia remarquable même dans l'adversité la plus grande. Avec lui, Gómez Escorial, valeureux torero, habitué à ce genre de batailles, et Fernando Robleño, qui avait superbement toréé de la main gauche un adversaire redoutable.
Sur cette image de David Cordero, on voit le toro Candilito renverser l'équipage du picador Aurelio García avec une monture d'Alain Bonijol. En apercevant les visages en tribune, ainsi que Jean-François Coste, membre de l'Association des Aficionados Cérétans, debout en second plan en callejón, on devine comme une inquiétude, et le souffle de la sauvagerie de ces toros.


Florent

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