mardi 23 avril 2019

Thomas Joubert, temple arlésien


La campagne publicitaire pour la feria pascale d'Arles était basée cette année sur le retour pour un jour d'Antonio Borrero "Chamaco", qui avait pourtant rangé le matériel de torero au placard il y a pratiquement deux décennies.
Mais il y avait aussi dans cette feria un autre retour. Bien différent. Celui du matador arlésien Thomas Joubert, quasiment huit mois après la dramatique blessure subie à Bayonne. Dramatique est le terme approprié, car le jour de la corrida, sur les gradins, l'incertitude était à la fois angoissante, pesante et interminable. Jusqu'à ce que l'on annonce que l'état de santé du torero avait été stabilisé.
Le voir fouler de nouveau le sable d'une arène, vêtu d'un costume de lumières, était émouvant. Au début de sa convalescence, on avait même pu lire en divers endroits qu'il avait mis un terme à sa carrière. Faux, archi-faux, et injuste. Et surtout, une "fake news" rapidement démentie de la part du torero.
Hier à Arles, pas superstitieux, Thomas Joubert est revenu avec le même habit bleu pétrole et or qu'il portait à la fin de l'été dernier à Bayonne.
Sa modestie et son humilité sont impressionnantes. Alors que le public le faisait sortir pour saluer à l'issue du paseo, il laissa en premier son compagnon de cartel Andy Younès recevoir l'ovation. Et autant d'attention pour son picador Oscar Bernal, qu'il fit saluer après le combat du troisième toro, de Torrestrella.
Cette modestie pourrait passer pour un manque d'ambition. Mais non, c'est sa personnalité, et il convient de l'accepter ainsi. Cette année, il est annoncé – pour l'heure – à Nîmes et aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et il est surprenant de le voir toréer aussi peu. Car sa personnalité en fait un matador fort intéressant.
Hier à Arles, pas une seule séquelle du terrible coup de corne, ni physique ni psychologique. Thomas Joubert n'a pas reculé une seule fois. Calme, sans précipitation, et avec temple. Un toreo aux airs anciens, relâché, sans fioritures. À la cape déjà, avec des quites par saltilleras et gaoneras en laissant passer le toro très près. Et puis, une volonté de toréer sans jamais être brusque. Il y eut, face à chacun de ses adversaires, des passages de grande valeur. Comme ces naturelles de face en fin de parcours devant le premier toro, de Pedraza de Yeltes.
Thomas Joubert a coupé une oreille de ce toro d'ouverture, et aurait pu récolter à chaque fois un trophée supplémentaire grâce à une épée plus efficace. Hier, ce fut son unique point faible. Car avant tout, quel plaisir de le voir revenir dans l'arène.

Florent

(Image d'Alexandre Blanco : Thomas Joubert au paseo à Arles, le lundi 22 avril)

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