mercredi 9 octobre 2019

Toros de rues


Il ne faut pas songer à une Espagne sans toros, car cela n'existe pas. Et ce ne sera jamais le cas. Impossible, inconcevable. Et il ne s'agit pas là d'une conviction personnelle mais de quelque chose de bien réel.
Découvrir des régions taurines que l'on méconnaissait jusqu'à présent est forcément riche en enseignements, et l'on apprend toujours plein de choses. Ainsi, celui qui prétend connaître un jour une Espagne sans toros est quelqu'un qui s'égare.
Car on est au-delà du traditionnel, et au-delà du culturel. Cela touche à l'ADN.
On ne peut caractériser que de cette manière un pays où un lâcher de toros pourrait avoir aussi bien lieu à 18 heures qu'à 4 heures du matin et attirer autant de monde.
L'appel du toro, dans la région de Valencia, relève de la drogue dure, car plusieurs milliers y sont lâchés dans les rues chaque année.
Il est vrai qu'en tant qu'aficionado qui se respecte, il n'y aura rien de mieux pour "voir un toro" qu'une arène, un combat en trois tiers, et un public attentif.
Mais il ne faut pour autant pas ignorer ces festejos populares, ce que l'on appelle en valencien le "bous al carrer", avec les toros dans les rues.
Car telle est la destination de beaucoup de cornus, ce qui permet aussi à pas mal de ganaderos de s'y retrouver financièrement, car en certains lieux les prix peuvent être fort intéressants.
Le lâcher de toros dans la rue est différent de la corrida, mais il peut également être une formidable approche pour un gamin. Une première prise de contact avec cet univers.
Cela fait quelque chose aussi de voir l'exploit permanent de plein de jeunes qui, armés d'un simple pull over ou d'un survêt, esquivent ou détournent la charge des toros, en se les faisant passer extrêmement près.
Des toros qui souvent s'apparentent en âge, en volume, en trapío et en cornes à ce qui est combattu dans les arènes de première catégorie. Comme ce toro d'El Pilar dans la rue à Foios.
En ayant un tel toro à dix ou quinze mètres de distance, il vient à l'esprit ce que doit probablement ressentir un torero dans l'arène face à un tel adversaire. Une montée d'adrénaline, une drogue, à l'idée de l'appeler, de dévier sa charge avec la muleta sans même bouger les pieds. Excitant et vivifiant.
Avant que les toros ne soient lâchés, ces derniers se trouvent dans des cages individuelles. A Foios, devant les cages, une ribambelle de pétards aposée au sol sur près de trente mètres. Avant l'allumage, les discussions des gens sont vives. Puis les pétards explosent, et derrière la fumée, la brume, tout au fond, on peut voir les cornes apparaître. Dans la poussière, les voix sont beaucoup moins perceptibles et le silence s'impose. L'appréhension, le danger, l'émotion et la peur, que l'on ressent au plus près comme chaque battement de coeur.

Florent

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